11/03/2026 reseauinternational.net  5min #307438

 La défense aérienne américano-israélienne en échec

Les États-Unis et Israël nourrissent des doutes croissants quant à la guerre contre l'Iran

par Larry C Johnson

Malgré les déclarations péremptoires de Donald Trump et de son secrétaire à la Guerre, selon lesquelles l'Iran aurait perdu la guerre et serait sur le point de capituler, l'Iran n'a pas tenu compte de ce constat et poursuit ses attaques incessantes de drones et de missiles contre des cibles américaines dans le golfe Persique et en Israël. Lors d'une interview accordée à CBS News, Donald Trump a affirmé que l'"opération militaire" contre l'Iran était bel et bien terminée. Il a déclaré :

"Je pense que la guerre est, dans l'ensemble, terminée. Ils [les Iraniens] n'ont plus de flotte, plus de moyens de communication, plus d'aviation".

Cependant, en privé, les conseillers de Trump l'ont exhorté à élaborer un plan de sortie de la guerre contre l'Iran, face à la flambée des prix du pétrole et aux craintes qu'un conflit prolongé n'entraîne des répercussions politiques, d'après le Wall Street Journal. Des responsables proches du président l'incitent à définir une stratégie de retrait du conflit, tout en présentant la campagne militaire comme ayant largement atteint ses objectifs. À Washington, les discussions portent de plus en plus sur la nécessité de déclarer la victoire et d'opter pour un retrait contrôlé avant que les coûts économiques et politiques ne s'aggravent.

Je pense que cela explique pourquoi le président Trump a appelé Vladimir Poutine. Le Kremlin a publié un compte rendu d'un récent appel téléphonique entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine, qui a eu lieu le lundi 9 mars 2026 et a duré environ une heure. L'entretien a été qualifié de "franc", "pragmatique", "constructif" et "sérieux" par Youri Ouchakov, conseiller du Kremlin pour la politique étrangère. C'est Trump qui a pris l'initiative de la conversation. Le principal sujet abordé était la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, Poutine présentant des propositions pour un "règlement politique et diplomatique rapide". Il a notamment fait référence à ses contacts antérieurs avec des dirigeants des États du Golfe, le président iranien et d'autres personnalités.

Cela ne signifie pas pour autant que le président Poutine va trahir l'Iran. Je pense qu'il poursuit deux objectifs : 1) empêcher l'escalade du conflit, et 2) obtenir un accord levant les sanctions économiques imposées à l'Iran et garantissant que ce pays ne subira pas de futures attaques des États-Unis et d'Israël.

Trump et ses conseillers en sécurité nationale s'illusionnent, croient à tort que l'Iran est à court de missiles. Alors que l'armée américaine célèbre la destruction de lanceurs de missiles, l'Iran s'appuie sur des lanceurs enterrés qui tirent ses missiles les plus sophistiqués depuis des tunnels dissimulés. Je pense que l'Iran adoptera une position inflexible lors des négociations... Il exigera la levée de toutes les sanctions économiques et le retrait des forces militaires américaines du golfe Persique. Bien que les États-Unis soient susceptibles de rejeter ces demandes - du moins pour l'instant -, l'Iran est prêt à poursuivre ses attaques et devrait vraisemblablement déployer un nouveau missile plus sophistiqué dans les prochains jours.

Trump n'est pas le seul à douter du succès potentiel des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran. La confiance d'Israël s'amenuise. Selon David Ignatius, qui écrit dans le  Washington Post :

Quelques hauts responsables israéliens commencent à exprimer leur inquiétude face à l'escalade et à la durée indéterminée des attaques contre l'Iran, et suggèrent des pistes de sortie pour mettre un terme à la guerre avant qu'elle ne nuise davantage à la région et à l'économie mondiale.

Ce qui inquiète ce responsable et d'autres personnes avec lesquelles je me suis entretenu ces derniers jours, c'est le coût croissant de la guerre : pour les États du Golfe bombardés par les missiles iraniens, pour une économie mondiale confrontée à une forte hausse des prix du pétrole et du gaz naturel susceptible de déclencher une crise économique mondiale, et pour Trump lui-même, qui a entraîné les États-Unis dans cette guerre sans le soutien populaire.

"Je ne suis pas certain qu'il soit dans notre intérêt de continuer à combattre jusqu'à la chute du régime", a déclaré le responsable israélien. "Personne ne souhaite une histoire sans fin".

Les contrats à terme sur le pétrole ont grimpé en flèche lundi matin, atteignant 120 dollars, avant de retomber autour de 100 dollars suite aux déclarations de Trump qui ont laissé penser aux opérateurs que l'arrêt des approvisionnements en pétrole du Golfe persique pourrait être de courte durée. Je pense qu'il y a beaucoup de déni à Wall Street et parmi les partisans les plus fervents de Trump... Ils croient que l'arsenal de missiles iraniens s'épuise rapidement et qu'il existe des dissensions au sein du pouvoir politique et militaire iranien. Je crois qu'ils se trompent lourdement sur la situation. L'Iran est loin d'épuiser son stock de missiles balistiques puissants et sophistiqués. La plupart des Américains ne comprennent pas que l'indignation de l'Iran suite à l'attaque surprise du 28 février est comparable à la fureur qui s'est emparée des États-Unis après l'attaque de Pearl Harbor en 1941 et les attentats du 11 septembre 2001. L'Iran continuera d'attaquer des cibles américaines et israéliennes et ne s'arrêtera pas tant que sa sécurité, tant économique que militaire, ne sera pas assurée.

source :  A Son of the New American Revolution via  Marie-Claire Tellier

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