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Faisal bin Farhan et Hakan Fidan.
Les États-Unis maintiennent la pression militaire sur l'Iran, tandis que Téhéran menace de riposter, notamment via le détroit d'Ormuz. Les puissances régionales, en première ligne, multiplient les médiations pour éviter une guerre. Entre menaces et ouvertures diplomatiques, l'équilibre reste fragile et l'issue profondément incertaine.
À mesure que le compte à rebours s'accélère avant une possible frappe américaine contre la République islamique d'Iran, les capitales du Moyen-Orient redoublent d'efforts pour empêcher que l'escalade verbale ne bascule dans l'affrontement militaire. Donald Trump, qui a récemment reconnu avoir été briefé sur de nouvelles options militaires, entretient une stratégie de pression maximale mêlant menaces ouvertes et signaux ambigus en faveur d'un éventuel accord.
Dans le même temps, une armada américaine, incluant un porte-avions et plusieurs bâtiments d'escorte, reste déployée dans le golfe Persique, renforçant la crédibilité d'une option militaire toujours « sur la table ».
Face à cette posture, Téhéran affiche une fermeté sans équivoque. Les autorités iraniennes assurent être prêtes à répondre à toute attaque et excluent catégoriquement toute négociation sur leurs capacités balistiques ou défensives. La menace d'un blocage du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial du pétrole et du gaz, plane de nouveau, faisant craindre un choc énergétique mondial et une déstabilisation durable des marchés. D'ailleurs, les Américains autorisent les Iraniens à s'exercer dans le détroit d'Ormuz tant qu'ils « ne menacent pas leurs navires », selon le commandement militaire du Centcom.
Le branle-bas de combat de la diplomatie régionale
Consciente de ces risques, la région s'est muée en véritable théâtre diplomatique. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a multiplié les échanges avec ses homologues du Qatar, d'Oman, d'Égypte, des Émirats arabes unis, du Pakistan et de la Turquie, afin de coordonner une réponse politique à la montée des tensions.
Ankara s'est positionné comme un intermédiaire central. Le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, a plaidé pour une approche graduelle, invitant Washington à rouvrir d'abord le dossier nucléaire avant d'aborder les autres contentieux. Une option jugée acceptable par Téhéran, car elle permettrait d'éviter une capitulation globale difficilement soutenable sur le plan intérieur. L'Arabie saoudite joue également un rôle clé en coulisses.
Riyad, inquiet d'être la cible d'éventuelles représailles iraniennes, a clairement indiqué qu'il n'autoriserait ni le survol de son espace aérien ni l'utilisation de son territoire pour une attaque contre l'Iran. Le même message a été relayé par les Émirats arabes unis, traduisant une volonté commune du Golfe de se prémunir contre une extension du conflit.
Derrière les déclarations martiales de Donald Trump, le flou demeure. Le président américain souffle le chaud et le froid, évoquant tantôt l'urgence d'agir, tantôt l'espoir de ne pas avoir recours à la force. Cette stratégie rappelle celle adoptée face au Venezuela, nourrissant les inquiétudes d'une région déjà marquée par des décennies de conflits. Si la diplomatie régionale reste à l'œuvre, l'intransigeance des positions et la militarisation croissante du dossier laissent planer le spectre d'un scénario que tous cherchent à éviter, mais que plus personne n'exclut réellement.