21/02/2026 reseauinternational.net  10min #305549

 L'Iran privilégie la diplomatie tout en se tenant prêt à toute agression (ministre des A.e.)

Pékin prend des mesures pour contenir l'influence croissante du Mossad en Iran

par Nadia Helmy

Les opérations de renseignement israéliennes en Iran ont alarmé Pékin, qui les a perçues comme un nouveau modèle de guerre du renseignement, ce qui a incité à une coopération technologique, sécuritaire et stratégique plus étroite avec Téhéran.

Les experts militaires et les agences de renseignement chinoises décrivent de plus en plus l'infiltration profonde du Mossad en Iran comme l'ouverture d'une "boîte de Pandore" de risques pour la sécurité mondiale.

Du point de vue de Pékin, les opérations de renseignement israéliennes et américaines - en particulier celles qui se sont intensifiées après 2015 et accélérées jusqu'en 2025-2026 - marquent l'avènement d'un nouveau champ de bataille. La capacité du Mossad à  infiltrer des agents, à compromettre des bases de données sensibles, à neutraliser des réseaux radar et à faciliter des frappes de précision  depuis le territoire iranien est interprétée comme un tournant vers ce que les analystes chinois  appellent la guerre "informationnelle et intelligente".

Cela représente la convergence du sabotage informatique, du recrutement interne, de la pénétration technologique et de la coordination opérationnelle - un modèle hybride dans lequel les opérations de renseignement sapent l'infrastructure défensive avant le début de l'action cinétique.

Pour la Chine, les implications vont bien au-delà de l'Iran.

La guerre du renseignement comme précurseur

Dans le discours sécuritaire chinois, les opérations israéliennes en Iran sont fréquemment citées comme preuve que la guerre de renseignement précède désormais l'engagement cinétique.

L'expert militaire Fu Qianshao, ancien analyste de l'armée de l'air chinoise, a qualifié le succès du Mossad dans l'infiltration d'agents et la neutralisation des systèmes radar et de défense aérienne iraniens de "nouveau modèle de guerre du renseignement". Les frappes israéliennes de juin 2025 contre la République islamique, qui auraient rencontré une résistance minimale en raison de systèmes compromis, ont conforté cette analyse.

Fu a soutenu que de telles tactiques transcendent les engagements traditionnels sur le champ de bataille. Au lieu de s'attaquer aux défenses aériennes de l'extérieur, le Mossad les sapait de l'intérieur, neutralisant ainsi la dissuasion avant même que les aéronefs ne pénètrent dans l'espace aérien contesté.

Un autre expert militaire chinois, Yan Wei, a partagé cette inquiétude, soulignant que l'infiltration d'installations iraniennes sensibles révélait des faiblesses structurelles plutôt que de simples lacunes technologiques. Selon lui, les garanties juridiques et les protocoles de sécurité habituels sont insuffisants face aux opérations de renseignement qui exploitent les vulnérabilités bureaucratiques et les points d'accès internes.

Le professeur Li Li, spécialiste chinois des affaires du Moyen-Orient, a souligné que les cyberopérations israéliennes ciblant des centres de recherche et des infrastructures témoignent du rôle décuplé de la guerre du renseignement. Contrairement aux attaques conventionnelles, ces opérations brouillent la frontière entre espionnage et sabotage, rendant les représailles plus complexes.

Tian Wenlin, directeur de l'Institut d'études du Moyen-Orient de l'Université Renmin, a averti que des incursions de renseignement soutenues pourraient contraindre Téhéran à accélérer le développement de ses capacités nucléaires à titre de contre-mesure défensive.

Vulnérabilités structurelles et enseignements stratégiques

Des analystes chinois ont affirmé que les opérations du Mossad avaient révélé des failles structurelles au sein des systèmes de sécurité et administratifs iraniens. Dans les commentaires diffusés sur les plateformes militaires et politiques chinoises, ces intrusions ont été citées comme preuve de faiblesses dans l'infrastructure numérique et les mécanismes de contrôle internes.

Ces failles ont mis en lumière des lacunes dans les procédures de vérification interne, la sécurité numérique et la coordination inter-agences. À Pékin, cet épisode a été perçu comme un avertissement, un rappel que la guerre du renseignement peut exploiter les failles administratives avec autant d'efficacité que les vulnérabilités sur le champ de bataille.

Si un État doté d'institutions de sécurité importantes peut faire face à une telle pénétration, des méthodes similaires pourraient cibler des infrastructures stratégiques ailleurs, notamment les corridors commerciaux et énergétiques liés à l'initiative "la Ceinture et la Route" ( BRI).

Dans les cercles politiques chinois, l'essentiel est mis en avant : la souveraineté à l'ère numérique repose autant sur l'intégrité des systèmes que sur les capacités militaires.

Le rôle de l'Iran dans l'initiative "la Ceinture et la Route".

L'engagement de la Chine envers l'Iran repose sur une planification stratégique  à long terme.

L'Iran occupe une position géographique centrale, reliant l'Asie orientale à l'Asie occidentale et, par conséquent, à l'Europe. Les voies maritimes via le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb demeurent  essentielles à la sécurité énergétique et aux échanges commerciaux de la Chine.

L'instabilité en Iran aurait des répercussions sur ces axes de transport. Pour Pékin, les perturbations ne se limiteraient pas à la politique régionale ; elles affecteraient directement les chaînes d'approvisionnement et les investissements dans les infrastructures liés à l'initiative "la Ceinture et la Route".

Les responsables chinois ont donc constamment réaffirmé leur soutien à la souveraineté de l'Iran tout en s'opposant à ce qu'ils qualifient de pression unilatérale.

Activation de la coordination du contre-espionnage

Face à l'intensification des informations faisant état d'infiltrations israéliennes en 2025 et début 2026, Pékin a renforcé sa coordination en matière de contre-espionnage avec Téhéran. Les institutions de sécurité chinoises sont passées de la simple surveillance des méthodes du Mossad à l'analyse de leurs implications structurelles, considérant l'expérience iranienne comme un cas opérationnel concret.

À partir de janvier 2026, la coopération se serait étendue à des évaluations conjointes des voies d'infiltration, des vulnérabilités numériques et des points d'accès administratifs exploités par les services de renseignement étrangers. Ces violations étaient perçues non comme des incidents isolés, mais comme des indicateurs d'une vulnérabilité systémique nécessitant une réponse institutionnelle.

Par l'intermédiaire du  Neuvième Bureau du ministère chinois de la Sécurité d'État, la Chine a commencé à mettre en œuvre en janvier 2026 une stratégie globale visant à démanteler les réseaux d'espionnage israéliens et américains en Iran. Alors que la Chine renforce la souveraineté numérique de l'Iran, Pékin exhorte Téhéran à abandonner les logiciels occidentaux et à les remplacer par des systèmes chinois sécurisés et cryptés, difficiles à pénétrer, érigeant ainsi une véritable "Grande Muraille" numérique.

L'objectif allait au-delà du simple confinement immédiat de la brèche. Il s'agissait de protéger les infrastructures critiques qui sous-tendent les corridors commerciaux des Nouvelles Routes de la Soie contre toute perturbation durable des services de renseignement.

La Chine a également promu l'intégration de son  système de navigation BeiDou comme alternative aux plateformes GPS occidentales, réduisant ainsi l'exposition aux interférences et renforçant l'autonomie de guidage des systèmes de missiles et de drones. Les améliorations apportées aux radars, notamment aux plateformes telles que le YLC-8B, auraient renforcé les capacités de détection, y compris contre les aéronefs furtifs.

Les systèmes de défense aérienne avancés, notamment le HQ-9B, ont renforcé les capacités de surveillance de l'espace aérien. La coopération s'est également  étendue aux composantes de l'infrastructure des missiles et aux systèmes techniques contribuant à la résilience de la dissuasion.

Les capacités de surveillance spatiale, reliées aux réseaux satellitaires chinois, auraient permis d'améliorer les capacités de surveillance et de soutien à la reconnaissance.

Intégrer l'Iran dans une architecture de sécurité plus large

Au-delà de la coordination bilatérale, Pékin a cherché à inscrire l'Iran dans des mécanismes de sécurité multilatéraux plus larges par le biais de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

L'architecture de sécurité formelle de l'OCS repose sur sa Structure régionale antiterroriste ( RATS), basée à Tachkent, qui coordonne le partage de renseignements et la coopération antiterroriste entre les États membres. Bien que conçue initialement pour lutter contre les menaces extrémistes, cette structure offre des canaux institutionnels pour l'échange d'informations sur les risques sécuritaires transfrontaliers.

Dans ses analyses politiques, la Chine présente de plus en plus l'OCS comme bien plus qu'une simple plateforme de lutte contre le terrorisme. Face aux opérations de renseignement et aux campagnes de déstabilisation clandestines, Pékin a insisté sur le potentiel de l'organisation pour renforcer la  coordination en matière de sécurité et la résilience collective contre les ingérences extérieures.

Bien que l'OCS n'affiche pas publiquement de mandat ciblant des services de renseignement spécifiques, ses mécanismes de coopération en expansion - notamment après  l'adhésion de l'Iran en tant que membre à part entière en 2023 - ont renforcé l'intégration de Téhéran dans un réseau de sécurité eurasien plus vaste.

L'intégration de l'Iran dans ce cadre remplit des fonctions à la fois opérationnelles et politiques : elle diffuse la connaissance du contre-espionnage de manière multilatérale et signale que la pression des services de renseignement sur Téhéran a des répercussions au-delà des relations bilatérales.

Renforcement économique et engagements à long terme

La coordination sécuritaire ne constitue qu'un volet de l'approche de Pékin. L'intégration économique en constitue un autre.

La Chine demeure le principal partenaire commercial de l'Iran. Les exportations iraniennes vers la Chine, essentiellement énergétiques, avoisinent les 22 milliards de dollars par an, tandis que les importations en provenance de Chine s'élèvent à environ 15 milliards de dollars. L'accord de coopération global de 25 ans entre les deux pays prévoit des investissements chinois à long terme dans les secteurs pétrolier, gazier, des infrastructures et industriels iraniens, avec des projections souvent estimées entre 300 et 400 milliards de dollars sur la durée.

Parallèlement, Pékin a eu recours à des mécanismes de financement  alternatifs destinés à atténuer son exposition aux  sanctions. Des accords de troc liant les exportations de pétrole à des projets de développement d'infrastructures, notamment les réseaux de transport et les installations industrielles, permettent la poursuite des transactions en dehors des circuits financiers traditionnels.

La continuité économique renforce la stabilité stratégique. Les flux commerciaux et les engagements en matière d'infrastructures créent des amortisseurs qui contribuent à atténuer l'impact d'une pression politique et de renseignement soutenue.

source :  10 Mehr Group via  China beyond the Wall

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