🧱 28/10/2026 ssofidelis.substack.com  13min ⁑️ #331475

 Élections israéliennes : qui sont les principaux candidats et que défendent-ils ?

Israël : une élection sans vainqueur, une guerre qui attend le 3 novembre

Par  Jules Kaizen, le 28 octobre 2026

1. Cinquante-quatre, quarante-neuf, dix-sept

Mercredi 28 octobre, milieu de journée à Jérusalem. La commission électorale centrale annonce 77,6 % des bulletins traités. Le bloc de Benyamin Netanyahu, premier ministre sortant, tient 54 sièges sur 120. Celui de Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major, en tient 49. Les partis arabes, 17.

Il en faut 61 pour gouverner. Sept sièges manquent au premier ministre sortant. La Knesset, le parlement israélien, se remplit à la proportionnelle intégrale, avec un seuil d'entrée de 3,25 %. Un bloc réunit les partis qui recommandent le même candidat au poste de premier ministre. On vote pour des listes, non pour un chef.

Le décompte parti par parti, publié par Ynet, donne le Likoud à 27, Yashar ! à 22 et la Liste commune à 11. Le bloc Netanyahu y ajoute Shas, le Judaïsme unifié de la Torah, Otzma Yehudit d'Itamar Ben-Gvir et Sionisme religieux de Bezalel Smotrich. Le bloc Eisenkot y ajoute Yashar!, le parti de Gadi Eisenkot, et Beyachad de Naftali Bennett. S'y ajoutent Les Démocrates de Yair Golan et Israel Beytenu d'Avigdor Liberman.

Le bloc Eisenkot et les partis arabes font ensemble 66 sièges. La majorité existe sur le papier. Elle suppose qu'un ancien chef d'état-major gouverne avec des partis qu'il a exclus de sa coalition.

Le shekel, la monnaie israélienne, s'est affaibli à mesure que les résultats tombaient, selon Ynet. Netanyahu est resté inhabituellement bref et n'a pas revendiqué la victoire, selon l'AFP. Sur l'Iran, il a dit que "ce n'est pas fini".

Eisenkot a parlé dès la nuit des sondages et appelé Netanyahu à quitter la vie politique :

"Netanyahu, ne t'avise pas d'utiliser la sécurité d'Israël pour tes besoins politiques".

Le scrutin du 27 octobre est le premier en Israël tenu à la date légale depuis trente-huit ans. La Knesset ayant été dissoute, le gouvernement sortant expédie les affaires courantes au titre de gouvernement de transition.

2. Le décompte n'est pas fini

Le comptage a bougé dans la journée. À 51,8 % des bulletins, l'AFP donnait 55 sièges au bloc Netanyahu, 49 à celui d'Eisenkot et 16 aux partis arabes. Plus tard, le bloc d'Eisenkot retombait à 47 et les partis arabes remontaient à 19. Yashar ! a ensuite regagné deux sièges aux dépens de la Liste commune, et à 77,6 %, Ynet affiche 54, 49 et 17.

Un même décompte, photographié à trois heures différentes. Les chiffres oscillent au fil des bureaux dépouillés.

Plus de 500 000 enveloppes doubles restent à compter, selon Elad Naveh, responsable du centre de contrôle de la commission. Ce sont les bulletins des soldats, des diplomates et des électeurs hors de leur bureau habituel, qui exigent une vérification contre les doubles votes. Leur dépouillement devait commencer dans la nuit de mercredi et s'achever jeudi soir.

La participation militaire a atteint 79,9 %, en hausse de 6,2 points, sur plus de 890 bureaux.

Un résultat presque final jeudi soir, pas certifié pour autant. La commission prévoit d'autres vérifications la semaine suivante. La Knesset doit être investie vers le 10 novembre.

La participation nationale frôle 78 %, le plus haut taux depuis 1999, selon l'AFP. Dans les localités arabes, plusieurs villes dépassent 70 %, contre 45 à 65 % historiquement, précise Al Jazeera.

La guerre, elle, a été ouverte le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Un protocole signé en juin a prévu l'arrêt des hostilités. Les frappes américaines ont repris le 8 juillet. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait un quart du commerce pétrolier mondial, est resté le point de passage surveillé.

Le décompte des voix s'arrêtera jeudi soir. Le compteur de la guerre ne s'arrête pas à la clôture d'un scrutin.

3. Les arbitres et leur prix

Dix-sept sièges. Ra'am, la Liste arabe unie, le parti islamiste conservateur de Mansour Abbas, en obtient six. La Liste commune, qui réunit Hadash, Ta'al et Balad, en obtient onze. Les Arabes israéliens font environ 21 % de la population.

Mansour Abbas a 52 ans et fut dentiste. Il a accepté le caractère juif d'Israël comme un fait imposé. Sa liste portait pour la première fois un candidat juif, Yoav Segalovitz, ancien haut responsable de la police. Plus de 170 Arabes israéliens ont été tués en 2026, selon l'organisation Abraham Initiatives citée par l'AFP.

Abbas ne se décrit pas comme un faiseur de rois. Il ne veut pas aller avec Netanyahu. La seule option est donc le bloc d'Eisenkot.

Yousef Jabareen, 54 ans, professeur de droit, préside la Liste commune. Devant la radio 103FM, il a énuméré ses exigences, rapporte JNS le 14 octobre. Il demande un horizon politique vers un État palestinien, un plan contre la criminalité et le développement des localités arabes, jeunesse comprise. C'est le premier point qui bloque.

Ahmad Tibi, de Ta'al, décrit ce qu'il offre : un filet de sécurité parlementaire, sans participation au gouvernement.

En face, Gadi Eisenkot a posé trois conditions à tout parti qui entrerait dans sa coalition. Reconnaître Israël comme État juif et démocratique. Accepter les valeurs de la déclaration d'indépendance. Accepter un devoir de service, militaire ou civil. Il y a ajouté un quatrième point : qualifier le Hamas d'organisation terroriste à démanteler.

"Et par conséquent, je ne vois aucun parti arabe qui accepte mes principes".

Il a néanmoins laissé la porte ouverte à un gouvernement minoritaire soutenu de l'extérieur par les partis arabes, selon Yle, le radiodiffuseur public finlandais. Entrer au gouvernement, il refuse. Voter la confiance sans y entrer, il n'exclut pas.

Yair Golan, patron des Démocrates, a résumé l'arithmétique :

"Netanyahu a perdu. Je sais compter jusqu'à 120. Soixante-cinq, c'est plus que 55. C'est ainsi que fonctionne la démocratie israélienne. Point final".

Le chiffre cité était celui d'un état antérieur du comptage. L'argument tient : 66 contre 54. Sauf que soixante-six sièges ne font pas une coalition quand le partenaire refuse d'y entrer.

4. Ce que l'élection change

Sur le territoire, la différence est réelle et étroite. Gadi Eisenkot et Benyamin Netanyahu soutiennent tous deux la colonisation en Cisjordanie et rejettent un État palestinien. La différence porte sur l'administration du territoire.

Un gouvernement dirigé par Eisenkot évacuerait immédiatement les avant-postes de colons des zones A et B de Cisjordanie. Ces zones sont celles qu'administre officiellement l'Autorité palestinienne, selon Yle. Dans la zone C, qui couvre environ 60 % de la Cisjordanie et près d'un demi-million de colons israéliens, les colonies resteraient.

Eisenkot critique la violence des colons, mais sa critique porte sur le contrôle. Il reproche au gouvernement et à l'armée d'avoir perdu la maîtrise des colons, selon un entretien au Times of Israel cité par Yle.

Sur l'agenda intérieur, la différence est plus concrète. La criminalité, la sécurité personnelle, le budget des localités arabes : c'est là que les partis arabes vendent leur soutien.

Le 27 octobre décide qui gouverne Israël. Il ne décide pas quand Israël frappe.

5. Ce que l'élection ne touche pas

Le budget 2026 a été adopté le 30 mars, par 62 voix contre 55. La Knesset votait moins de quarante-huit heures avant une échéance qui l'aurait dissoute. Montant : 850,6 milliards de shekels, environ 270 milliards de dollars, le plus gros budget de l'histoire du pays. Dont 143 milliards pour la Défense, et 30 milliards pour l'opération Lion rugissant, la campagne ouverte contre l'Iran le 28 février.

Un nouveau gouvernement peut amender cet exercice en cours d'année. Il ne le refait pas. Il n'a pas de marge. Un officier cité par Israel Hayom en mai décrivait un trou de 34 milliards de shekels et un coût quotidien de 1,5 milliard.

Les exportations de défense suivent une courbe qui ne dépend pas du locataire du bureau. Le ministère israélien de la Défense compte 19,2 milliards de dollars en 2025, en hausse d'environ 30 %. C'est le cinquième record consécutif, plus de la moitié en accords d'État à État. L'Europe prend 36 % des ventes, l'Asie-Pacifique 32 %.

"Notre budget de construction de force repose largement sur ces partenariats".

L'accord grec a été signé le 31 août. Environ 3 milliards d'euros, 3,5 milliards de dollars, pour un programme baptisé Bouclier d'Achille. Le réseau est multicouche et entièrement israélien. Il associe David's Sling et SPYDER de Rafael, BARAK MX et radars MMR d'Israel Aerospace Industries, et un poste de commandement national. Le ministère parle du plus gros contrat d'exportation de défense de l'histoire des relations entre les deux pays.

"La Grèce est le deuxième pays européen à acquérir le système David's Sling".

Dimanche 25 octobre, l'amiral Brad Cooper, patron du CENTCOM, le commandement américain pour le Moyen-Orient, a survolé le détroit d'Ormuz en hélicoptère. Le commandement a annoncé plus de 3 000 navires commerciaux escortés en six mois. Les routes principales restent dégagées des mines posées par les Gardiens de la révolution. Les partenaires du Golfe ont exporté plus de 1,5 milliard de barils depuis l'été.

Le budget était voté avant la campagne. L'accord grec a été signé par des directions générales, non par des parlementaires. La sécurité du détroit dépend d'un commandement américain. Sur ces terrains, le 27 octobre ne change rien, et le compteur n'attend personne.

6. La zone grise

L'article 40 de la loi fondamentale sur le gouvernement, le texte de rang constitutionnel israélien, exige une décision du gouvernement ou du cabinet de sécurité. Il la faut pour lancer une guerre ou une action majeure qui y conduirait. Le cabinet de sécurité est le cercle restreint de ministres qui autorise les opérations. Le texte ne distingue pas gouvernement ordinaire et gouvernement de transition. Le premier ministre ne peut pas décider seul.

Un parti qui soutient un gouvernement de l'extérieur ne siège pas au cabinet de sécurité. Son seul levier est de retirer son soutien, sur une motion de censure ou sur un budget.

Un gouvernement de transition n'est pas juridiquement empêché de faire la guerre. Les directives de la procureure générale, Gali Baharav-Miara, lient les ministères. Elles lui imposent la retenue et une consultation juridique préalable hors administration courante, cadre validé par la Cour suprême. Les précédents existent : Gardien des murailles, en 2021, fut une riposte à des roquettes. Aube naissante, en août 2022, fut décidée par Yair Lapid et Benny Gantz sans cabinet de sécurité.

Le report du scrutin, lui, ne dépend pas du gouvernement. Il faudrait 80 députés, comme en 1973. Une guerre ne dispenserait donc pas Netanyahu de l'accord de l'opposition. Entre le vote et l'investiture, la surveillance parlementaire est à son minimum.

Eyal Zamir, chef d'état-major de Tsahal, l'armée israélienne, n'est pas opposé à l'opération contre l'Iran. Il est opposé à sa date. Il a bloqué les tentatives d'avancer des frappes avant les élections, selon Ynet. La chaîne 13 israélienne lui prête la même lecture : aucun besoin de frapper avant le scrutin. En mars, devant le cabinet de sécurité, il avait dit :

"Je lève dix drapeaux rouges devant vous".

Quatre pièces datées, et elles ne se contredisent pas toutes. Axios a rapporté le 13 octobre, selon Anadolu le 14, une discussion entre Trump et Netanyahu sur une opération majeure avant les deux scrutins. La Maison-Blanche a qualifié l'information de fausse.

Zamir a dit à Dan Caine qu'une reprise dans les trois semaines pouvait entraîner le report du vote israélien. Le Financial Times, cité par JFeed, avait rapporté une campagne préparée pour le week-end du 10 octobre. Trump a refusé de la lancer avant les élections de mi-mandat. Netanyahu a démenti le 22 octobre.

Le 26 octobre, CNN a rapporté, dans une dépêche reprise par TASS, que Netanyahu voulait une frappe conjointe et n'avait pas obtenu le feu vert. L'avertissement de Zamir en est l'une des raisons. Israël prépare la suite après les élections de mi-mandat, en partie par besoin du soutien américain pour sa défense antimissile.

Le 27 octobre, le Wall Street Journal a rapporté, cité par Ynet, que Washington demandait aux États du Golfe de se préparer. La campagne serait courte et intense, après le 3 novembre.

Le ministre de la Défense, Israel Katz, a qualifié ces informations de complètement infondées et fausses. Il a affirmé qu'Israël n'avait pas l'intention d'attaquer avant le vote. Le bureau du premier ministre a parlé de fake news, et la Maison-Blanche avait déjà démenti la discussion rapportée par Axios. Ces démentis portent sur l'ensemble du récit, pas sur un détail.

Le 21 octobre, devant la promotion des officiers, Benyamin Netanyahu cite le nom du nouveau Guide iranien. Il s'agit de Mojtaba Khamenei, fils de son prédécesseur tué au début de la guerre. Il ajoute qu'une seule voie subsiste pour éliminer la menace : renverser le régime. C'est la directive qu'il dit avoir donnée à Tsahal, au Mossad et aux services de sécurité.

L'état-major est divisé sur l'exactitude de cette déclaration, selon Ynet. Certains la jugent exacte, d'autres disent ne pas savoir de quoi le premier ministre parle. Ils craignent que ses propos, dont l'envoi de dizaines d'avions de chasse vers la frontière iranienne, ne fabriquent un mauvais calcul. Téhéran frapperait le premier et fournirait le prétexte.

7. L'heure de la reprise

Le décompte des voix s'achève jeudi soir. La Knesset sera investie vers le 10 novembre. Le 3 novembre, les Américains votent, et c'est leur date qui figure dans les rapports de ceux qui préparent la suite.

Le compteur tourne depuis le 30 mars, date à laquelle la Knesset a voté un budget de guerre que personne n'a défait depuis. Il tournera quand la coalition sera faite ou défaite.

Le 27 octobre décide qui gouverne Israël. Il ne décide pas quand Israël frappe.

L'heure de la reprise ne se règle pas à Jérusalem.

Le seuil qui changerait cette lecture : une frappe iranienne pendant les négociations de coalition, ou un gouvernement soutenu de l'extérieur par les partis arabes. Le premier ferait du gouvernement de transition un gouvernement de guerre sans mandat frais. Le second obligerait à compter avec des partis qui refusent de cautionner une escalade.

Analyse arrêtée le 28 octobre 2026, en début d'après-midi en Europe. Le décompte des voix n'était pas terminé, et les chiffres cités sont ceux de la mi-journée à Jérusalem. Les reports de sièges et la répartition des enveloppes doubles peuvent modifier cette lecture. La date de reprise des opérations contre l'Iran aussi. Nous ne prévoyons pas l'issue : nous posons ce qui est déjà là et le seuil qui la rendrait lisible.

Sources

 ynetnews.com

 afp.com

 ynetnews.com

 ynetnews.com

 i24news.tv

 yle.fi

 jns.org

 aljazeera.com

 newindianexpress.com

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 jns.org

 globes.co.il

 mod.gov.il

 reuters.com

 iranintl.com

 aa.com.tr

 tass.com

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 israelnationalnews.com

 georiskwatch.com

 ssofidelis.substack.com