🧠 21/10/2026 dedefensa.org  8min ⁑️ #330700

Dostoïenski, collaborateur de 'Russia Today' ?

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Dostoïenski, collaborateur de 'Russia Today' ?

• Un exercice intéressant de RT.com, suggéré involontairement dans un parallèle du 'Times Literary Supplement' de Londres. • Qu'écrirait Dostoïevski s'il vivait aujourd'hui et commentaity les événements actuelsu ?

21 octobre 2026 - Le réseau russe officiel de 'Russia Today' (en langue anglaise, RT.com) a publié le  20 octobre 2026 une tribune originale et fort intéressante à partir d'une hypothèse émise par Martin Ivens, rédacteur en chef du 'Times Literary Supplement'. Evans critiquait avec force l'interdiction et la censure de l'auteure irlandaise Sally Rooney au Royaume-Uni. Ivens critique cette mesure à partir de l'hypothèse "Fiodor DostoPievski aurait-il pu voir publier ses appréciations critiques (en, Russie ou ailleurs ?)", - appréciations embrassant également et particulièrement la situation "morale et intellectuelle" régnant actuellement en Europe sous le magistère de fer de l'UE.

La position implicite de RT.com est "Oui, il aurait été autorisé à le faire [aujourd'hui]", d'une façon loyale mais évidente dans la mesure où les conceptions que Dostoïevski exposait, et aurait exposé aujourd'hui, correspondent aujourd'hui à celle des positions officielles russes et du sentiment général régnant en Russie.

Cela met en lumière tactiquement les limites de l'exercice. Nous sommes dans une Russie aujourd'hui, majoritairement sinon unanimement, complètement dans une conception "dostoïevskienne", contrairement à ce qu'il en était dans les années 1850-1860 (années où Dostoïevski avait été condamné à dix ans de bannissement en Sibérie, - dont 4 dans un bagne et 5 en service militaire obligatoire). Mais il ne s'agit évidemment pas d'une comparaison historique ; il s'agit d'une parabole symbolique, dans l'esprit de Martin Evans, pourtant collaborateur du groupe manifestement antirusse du 'Times'.

Qu'aurait écrit ce grand écrivain si le cas d'un Dostoïevski d'aujourd'hui est considéré d'un point de vue réaliste ? Suivent alors un défilé de jugements parfaitement "dostoïevskiens", qui sont justement celui de l'opinion générale, autorités comprises, de la Russie actuelle. Cela n'intéresse sans doute pas Evans, qui s'en tient à la force du symbole d'hier pour plaider la cause de la Sally Rooney aujourd'hui. Mais cela nous intéresse pour notre compte, pour mettre en lumière la position actuelle de la Russie, qui se réfère continuellement à Dostoïevski, devenu certainement l'une des plus grandes, sinon la plus grande référence, en tant que héros symbolique, de la pensée et de la spiritualité russe actuelles. Cela renforce considérablement le tournant radical anti-occidentaliste de l'actuelle Russie.

Note de PhGBis : "La seule réserve émise par PhG devrait être la phrase : "À cet égard, l'intelligence artificielle aurait pu représenter [pour Dostoïevski] l'apothéose de ses sombres pressentiments", avec l'accent pour son compte (de PhG) sur l'emploi du conditionnel dans cette phrase : nul ne sait ce qu'en aurait pensé Dostoïevski. Ce point est largement, toujours et plus que jamais sinon en développement fondamental, une question en débat, et notamment, et fortement selon PhG. Comme l'on dit à l'imitation de la phrase fameuse, "Mais ceci est un autre débat"."

Toutes les ambiguïtés de ces divers aspects symboliques-réalistes étant levées, on peut alors apprécier la convergence exceptionnelle de la pensée du Dostïevski en Sibérie et revenant de Sibérie au XIXème siècle d'une part, de la position politique et spirituelle de la Russie d'aujourd'hui d'autre part. La position complètement antimoderne et fondamentalement spirituelle du grand écrivain-philosophe se retrouvent d'une façon lumineuse dans cet exercice et justifie absolument cet exercice. En même temps il met sous un même éclairage la critique totale de l'Europe-UE et justifie avec la même force le fondement spirituel de l'engagement radicalement antagoniste de l'actuelle Russie.

Autant de raisons de publier ici le texte de RT.com, sous le titre-soustitre :

" Dostoïevski serait-il intervenu sur RT ?

" Un éditeur littéraire britannique a suggéré que le romancier russe pourrait intervenir sur RT aujourd'hui. Nous avons imaginé ce qu'il aurait pu dire au sujet de l'Occident moderne."

dde.org

Dostoïevski serait-il intervenu sur RT ?

Fiodor Dostoïevski, grand auteur russe du XIXe siècle - à qui l'on doit "Crime et Châtiment", "L'Idiot" et "Les Frères Karamazov" - était un penseur atypique qui aurait pu intervenir sur RT. C'est du moins l'avis de Martin Ivens, rédacteur en chef du 'Times Literary Supplement', qui a évoqué le célèbre écrivain russe dans une tribune pour Bloomberg, où il s'oppose à la censure de l'auteure irlandaise Sally Rooney au Royaume-Uni.

Cette suggestion n'est pas dénuée de fondement. Dostoïevski a connu la persécution : il a notamment passé dix ans en Sibérie - quatre années en captivité, suivies de cinq années d'exil militaire, après avoir purgé sa peine initiale en février 1854.

Sally Rooney est une auteure à succès qui a publiquement pris position en faveur de "Palestine Action", un groupe dont le soutien - tout comme toute manifestation publique de soutien - est illégal au Royaume-Uni. La police britannique a procédé à des centaines d'arrestations, parfois surprenantes, de manifestants âgés qui brandissaient des pancartes en faveur de ce groupe. Ses livres ont été interdits en Grande-Bretagne.

Dans sa tribune pour le 'Times Literary Supplement', Martin Ivens souligne que les écrivains russes endossent souvent le rôle de prophètes. Dans son article pour Bloomberg, il réaffirme que la censure de la littérature est contre-productive : elle ne fait qu'alimenter, au sein du corps social, un ressentiment à l'égard de la pensée dominante.

Toutefois, l'idée qu'il a avancée - selon laquelle Dostoïevski pourrait apparaître sur RT - nous a incités à nous demander sur quels sujets ce grand homme pourrait s'exprimer en 2026.

Sur l'Europe

Comme beaucoup après lui, Dostoïevski envisageait l'Europe occidentale à travers un mélange complexe d'admiration culturelle, de répulsion morale et d'inquiétude spirituelle. Son expérience en captivité - durant laquelle il fut soumis à une simulation d'exécution - aurait, dit-on, anéanti sa foi en l'humanisme séculier. Il soutenait que l'abandon de Dieu conduisait inévitablement à un chaos moral où "tout est permis".

"La conscience sans Dieu est une chose terrible ; elle peut s'égarer dans les profondeurs de l'immoralité."

Il a également prédit que toute tentative d'édifier un prétendu paradis sur terre, en s'appuyant uniquement sur le rationalisme et la laïcité, mènerait inéluctablement à une tyrannie politique.

Sur la crise de l'UE

Dostoïevski soutiendrait sans doute, avec force, que les dirigeants d'Europe occidentale ont fait preuve d'une faillite politique totale, et que les Européens de l'Ouest devraient renoncer au matérialisme pour privilégier des relations sociales porteuses de sens. Les émeutes qui secouent les grandes capitales européennes, ainsi que la quête effrénée du profit et l'immigration - sources de telles tensions - ne sont que les symptômes d'un malaise profond de l'esprit européen occidental. Vouloir contraindre l'humanité à une conformité rationaliste ne peut, selon lui, qu'aboutir à un bain de sang.

"Partant d'une liberté illimitée, j'aboutis à un despotisme illimité."

Sur le libéralisme

Dostoïevski aurait sans aucun doute déploré l'émergence de l'Union européenne en tant qu'entité bureaucratique porteuse de prétendues "valeurs libérales". Il aurait souligné comment son roman 'Les Démons' préfigurait ce que l'on appelle le "déficit démocratique" qui caractérise l'UE : une élite bureaucratique restreinte, en grande partie non élue et inaccessible au commun des citoyens, lesquels se retrouvent, quant à eux, privés de leurs libertés.

Il aurait sans doute qualifié la pandémie de Covid-19 d'événement brutal, venant restreindre l'expérience humaine.

Dostoïevski estimait qu'abandonner Dieu et tenter, avec zèle, de remplacer l'autorité spirituelle par un relativisme moral où tout est permis ne peut mener qu'à un effondrement social et spirituel. Il aurait défendu avec vigueur l'importance accordée aux valeurs traditionnelles au sein de la culture populaire russe, ainsi que le respect qui leur est dû.

"Les occidentalistes se sont placés au-dessus du peuple, en tant qu'intelligentsia paternaliste, rejetant ainsi le peuple."

Il appréciait également le désordre - ce qui lui aurait probablement valu des ennuis avec Bruxelles. L'Union européenne cherche, comme on le sait, à tout réglementer, alors que Dostoïevski soulignait la nature irrationnelle et fondamentalement spirituelle des êtres humains.

À propos du technofétichisme

Il avait pressenti la disparition de la grâce dans le monde, remplacée soit par un catholicisme autoritaire, soit par un protestantisme rationnel et individualiste, ou encore par un technofétichisme. À cet égard, l'intelligence artificielle aurait pu représenter l'apothéose de ses sombres pressentiments.

De même, Dostoïevski rejetait l'idée que les êtres humains puissent être réduits à des entités entièrement rationnelles et quantifiables ; il aurait, sans aucun doute, été horrifié par la législation et la judiciarisation croissantes de la vie quotidienne.

Le "Digital Services Act" (règlement sur les services numériques) de l'Union européenne - qui permet à ce mastodonte de s'immiscer dans les élections locales des pays membres - constituerait une telle intrusion bureaucratique et juridique. Dostoïevski se serait fermement opposé à la neutralisation des discours antisystème, tout en soulignant qu'une telle dérive du pouvoir politique était inévitable, compte tenu de l'effondrement de la religion et de la morale.

Dostoïevski aurait été tout autant stimulé qu'horrifié par les événements de 2026. S'il était parmi nous aujourd'hui, il est fort probable que sa voix viendrait s'ajouter à celle des commentateurs courageux et sans détour qui font l'identité de cette chaîne.

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