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« Le professeur qui aimait les dragons »: le nouvel essai de Gianfranco de Turris sur J. R. R. Tolkien

"Le professeur qui aimait les dragons": le nouvel essai de Gianfranco de Turris sur J. R. R. Tolkien

À l'origine du succès des œuvres du philologue d'Oxford se trouvent les valeurs traditionnelles présentes dans ses récits, telles que le courage, la fidélité à la parole donnée, le sens des responsabilités envers sa communauté d'appartenance, mais aussi le refus du pouvoir absolu.

Par Stefano Giuliano

Source:  barbadillo.it

Tolkien et les personnages du Seigneur des anneaux

Le volume, publié par la maison d'édition turinoise Lindau, avec une préface de Paolo Paron, fondateur et président honoraire de la Société Tolkienienne Italienne, et une introduction de Guido Andrea Pautasso, spécialiste des avant-gardes artistiques du XXᵉ siècle, réunit trente et un textes: préfaces et postfaces, brefs essais et articles, auxquels s'ajoute une savoureuse petite pièce de théâtre tournant quelque peu en dérision les intellectuels italiens qui firent la fine bouche lors de la parution du Seigneur des anneaux.

Ces textes ont été écrits par Gianfranco de Turris, journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef adjoint du journal radiophonique de la RAI et spécialiste reconnu de la littérature de fantasy et de science-fiction, sur une période de près de cinquante ans, de 1979 à 2026.

L'ouvrage, particulièrement substantiel — il compte près de 400 pages —, présente notamment deux éléments qui méritent tout particulièrement d'être relevés.

Le premier concerne l'analyse de l'œuvre de J. R. R. Tolkien non seulement sur le plan littéraire, mais également sur les plans historique et politique, avec une attention particulière portée à sa réception et à son influence sur la culture et la société italiennes depuis son arrivée "tardive" dans notre pays. Comme on le sait, Le Seigneur des anneaux fut publié pour la première fois en Italie en 1967 par les éditions Astrolabio — mais uniquement la première partie de la trilogie, La Communauté de l'Anneau, et avec de faibles ventes. L'œuvre parut ensuite en un seul volume, avec davantage de succès, chez Rusconi, en 1970.

Le second élément réside dans la fécondité et la continuité, au fil du temps, de l'activité intellectuelle de De Turris. Il faut lui reconnaître le mérite incontestable d'avoir contribué de manière significative à la diffusion et à la connaissance, en Italie, des écrits du créateur de la Terre du Milieu, en bravant la méfiance et l'hostilité avec lesquelles une partie de la critique accueillit initialement, et pendant longtemps, The Lord of the Rings.

Il convient en effet de rappeler que le chef-d'œuvre romanesque de Tolkien, au moment de sa parution, était coupable de plusieurs "délits" aux yeux de la gauche engagée: avoir été écrit par un catholique anglais aux idées conservatrices; appartenir au genre fantastico-héroïque et, par conséquent, ne pas être jugé suffisamment "réaliste"; avoir été publié par un éditeur, Edilio Rusconi, considéré comme étant de droite parce qu'il ne s'alignait pas sur la pensée unique marxiste; avoir été traduit par une toute jeune Vicky Alliata di Villafranca, alors inconnue; et, last but not least, avoir été voulu, dirigé et présenté par des intellectuels jugés sulfureux — encore aujourd'hui par certains jdanovistes contemporains, gardiens inflexibles et permanents de l'orthodoxie idéologique —, tels qu'Alfredo Cattabiani, Quirino Principe et Elémire Zolla, pour la seule raison qu'ils lisaient et publiaient des auteurs comme Eliade, de Maistre, La Rochelle, Jünger et Meyrink, sans parler de traditionalistes comme Guénon et Coomaraswamy ou de mystiques comme Eckhart et saint Jean de la Croix.

Dans les limites d'un compte rendu, il serait impossible de rendre convenablement compte de la multiplicité et de la variété des thèmes liés à Tolkien qu'aborde De Turris, ce dont témoigne déjà un simple coup d'œil aux titres des articles. Certains développent des motifs liés au mythe, au symbole et au fantastique: "Les racines sacrées et symboliques de la littérature fantastique", "Mythes et symboles", "Tolkien et"l'évasion du prisonnier"", "L'imaginaire médiéval dans le fantastique contemporain", etc., tandis que d'autres s'attardent sur la réception culturelle de Tolkien dans notre pays, l'Italie: "Le"cas Tolkien"", "Le Seigneur des anneaux n'est jamais passé de mode", "Mademoiselle Schlein et le professeur Tolkien", "Léon XIV, J. R. R. Tolkien, le magicien Gandalf", etc.

Nous nous limiterons donc ici à dégager quelques-uns des thèmes abordés par le journaliste romain, en essayant de mettre en évidence ceux qui paraissent les plus révélateurs de sa perspective interprétative.

Le rapport à la fantasy

Un important axe de réflexion concerne l'inscription de l'œuvre de Tolkien dans le genre de la fantasy, entendue non pas simplement comme une forme d'évasion hors de la réalité, mais comme la possibilité d'élaborer des mondes alternatifs, de véritables "mondes secondaires" selon la célèbre formule de Tolkien. Il s'agit de réalités qui transgressent les lois du monde primaire tout en demeurant autonomes et, surtout, crédibles en elles-mêmes.

À cette réflexion proprement littéraire s'ajoute la reconstitution de la réception des récits de Tolkien en Italie. Avec sa verve habituelle, De Turris revient sur les polémiques idéologiques qui, comme nous l'avons déjà évoqué, accompagnèrent leur diffusion, en mettant en lumière leur caractère souvent instrumental et en les rapportant, du moins en partie, à une incapacité fondamentale à comprendre le message ultime de l'écrivain d'Oxford. Dans la perspective de De Turris, à laquelle on peut largement souscrire, son œuvre est bien davantage qu'un simple exemple, aussi éminent soit-il, de littérature de fantasy.

Les racines mythiques

Dans ses textes, De Turris a constamment cherché à attirer l'attention sur les racines mythiques et épiques du Légendaire de Tolkien. Ces racines plongent dans les sagas nordiques et les poèmes chevaleresques médiévaux, mais se rattachent également à la tradition des mythes classiques, contribuant ainsi à expliquer la richesse et la densité conceptuelle de l'univers narratif créé par Tolkien.

Une large place est en outre accordée à une interprétation symbolique du Légendaire, tout en gardant à l'esprit l'aversion bien connue de Tolkien pour l'allégorie. Cette position n'exclut cependant pas la présence d'une dimension symbolique riche et significative, abondamment mise en évidence, entre autres, par l'un des plus éminents spécialistes mondiaux de Tolkien, Tom Shippey. On peut en effet reconnaître dans le récit de Tolkien des symboles particulièrement prégnants, tels que l'Anneau de Pouvoir, l'Épée brisée et le Roi guérisseur.

Soit dit en passant, une lecture tendant à minimiser cette composante symbolique risque de donner une vision partielle de la création de Tolkien, surtout lorsqu'elle la ramène principalement à une perspective politique, en prétendant "défendre la Terre du Milieu", mais avec l'intention avouée de rabaisser et de stigmatiser les interprétations d'autrui tout en proclamant que la sienne est la seule correcte. Une telle approche se révèle inévitablement réductrice, car elle néglige cette stratification mythico-symbolique, cet élan mythopoétique qui constitue l'un des fondements de la beauté et de l'extraordinaire vitalité de l'œuvre de Tolkien.

Tolkien philologue

Un autre aspect mis en relief par De Turris concerne la figure de Tolkien en tant que philologue, amoureux des mots et des langues. On sait en effet qu'il définissait The Lord of the Rings comme un "essai d'esthétique linguistique", soulignant l'importance des langues qu'il avait inventées pour la compréhension du récit.

L'un de ses principaux centres d'intérêt en tant que chercheur consistait à tenter de retrouver et d'éclaircir, à l'aide des outils de la philologie, les passages fragmentaires, obscurs ou énigmatiques présents dans les sagas nordiques, dont il pressentait la richesse linguistique cachée. Il contribuait ainsi à faire redécouvrir au lecteur moderne la profondeur et la vitalité d'une importante tradition littéraire, perçue comme lointaine et étrangère. Ce processus d'élaboration se reflétait également dans ses récits, où intrigues et personnages prenaient forme autour de noms et de mots particuliers.

De Turris ne s'est toutefois pas limité à l'examen des motifs récurrents et des sources de Tolkien. L'une des questions qui traversent ses écrits porte sur les raisons profondes de son succès: un véritable phénomène éditorial, capable de toucher des millions de lecteurs dans le monde entier, et qui s'est renouvelé et encore amplifié grâce aux adaptations cinématographiques et aux productions télévisées plus récentes, bien que controversées.

Cette popularité est d'autant plus significative qu'elle est capable de franchir les barrières culturelles, sociales, linguistiques et idéologiques. Selon De Turris, elle découle de l'extraordinaire aptitude de Tolkien à refléter, à travers ses récits, les désirs et les aspirations de générations entières, contribuant ainsi à façonner l'imaginaire collectif depuis les années 1960.

À l'origine de ce succès se trouvent les valeurs traditionnelles présentes dans ses récits, telles que le courage, la fidélité à la parole donnée et le sens des responsabilités envers sa communauté d'appartenance, mais aussi — et de manière tout aussi importante — le refus du pouvoir absolu, symbolisé par l'Anneau unique, fondé sur la surveillance et le contrôle et conçu comme une source de corruption, ainsi que la critique des ravages et des transformations provoqués par l'industrialisme et le mercantilisme.

Ce succès acquiert une signification encore plus grande lorsqu'on considère le contexte de la société contemporaine: une société sceptique et désenchantée, caractérisée par le matérialisme, l'affairisme, l'individualisme et la perte progressive du sens du sacré, dans laquelle l'individu s'enfonce toujours davantage dans une existence anonyme et se trouve soumis à l'influence de puissances mondiales désincarnées, perçues comme capables de comprimer non seulement les identités individuelles et les droits collectifs, mais aussi les racines historiques et culturelles des peuples.

Un univers de valeurs antimoderne

Cet aspect mérite d'être souligné, car c'est précisément le caractère sceptique et démythifié de notre époque qui confère une telle puissance à l'attrait de l'univers de Tolkien. Là où le mythe semble s'être retiré de la vie quotidienne, le lecteur peut retrouver, à travers le récit héroïque, des valeurs et des significations que la modernité tend à dissoudre. Il ne s'agit naturellement pas d'un vague désir de revenir aux sociétés du passé, mais plutôt du besoin de se confronter à des idéaux et à des valeurs qui paraissent aujourd'hui plus incertains et relativisés, mais qui n'ont pas perdu leur pouvoir de fascination. Tolkien les fait revivre dans ses histoires à travers des figures comme Frodon, Sam, Aragorn, Faramir et Éowyn, permettant ainsi de faire une sorte d'expérience narrative de l'héroïsme.

Ce ne sont là que quelques-uns des thèmes abordés dans les articles réunis dans Le professeur qui aimait les dragons, où Gianfranco de Turris dresse le portrait d'un écrivain capable de susciter l'émotion et l'intérêt de lecteurs de tous âges, de tous milieux sociaux et de toutes orientations. C'est peut-être précisément dans cette capacité à s'adresser à un public aussi divers que réside l'une des raisons les plus profondes de l'universalité de Tolkien et de son influence durable sur la culture contemporaine.

Gianfranco de Turris, Il professore che amava i draghi. Miti e simboli in J. R. R. Tolkien [Le professeur qui aimait les dragons. Mythes et symboles chez J. R. R. Tolkien], Lindau, Turin, 2026, 396 pages — 26,00 euros.

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