À Gaza, des milliers d'enfants vivent avec des amputations. Pourtant, les restrictions imposées par Israël sur l'acheminement de l'aide humanitaire et les fournitures médicales privent nombre d'entre eux de prothèses adaptées, d'interventions chirurgicales ou de rééducation.
Pour ces enfants, survivre à leurs blessures n'est que la première étape. Faute de prothèses en nombre suffisant et d'un accès adéquat à la rééducation, dans un environnement où chaque déplacement constitue un obstacle, ils doivent réapprendre les gestes les plus simples du quotidien.
Avant de perdre une jambe, Shaimaa al-Qadi pouvait se déplacer librement, aller où elle voulait et accomplir seule les tâches de son quotidien. Elle n'avait pas besoin de penser à chaque déplacement ni de dépendre de quelqu'un pour avancer.
À 23 ans, Shaimaa vit aujourd'hui sous une tente près de la "ligne jaune", à Al-Bureij. Elle se déplace en fauteuil roulant et dépend en partie de sa mère. Sans prothèse, elle ne peut pas retrouver l'autonomie qu'elle avait avant sa blessure.
Reem, elle, a perdu une main en octobre 2023, à seulement 11 ans, alors que sa famille fuyait son domicile à Gaza. Une frappe aérienne a touché les environs. Depuis, des gestes autrefois naturels sont devenus difficiles : elle ne peut plus s'habiller seule, se coiffer ou attacher ses lacets.
Au Centre de réadaptation Hamad, à Khan Younès, Bisan Abou Shalouf, 26 ans, accompagne des enfants amputés et des patients atteints d'atrophie cérébrale. Pour elle, la rééducation des enfants amputés ne consiste pas seulement à renforcer leurs muscles ou à améliorer leur équilibre. Il s'agit également de les aider à retrouver leur autonomie et à reprendre des activités importantes à leurs yeux.
Elle adapte les exercices à leurs capacités et à leurs envies : apprendre à se tenir debout, parcourir une plus grande distance ou participer à un jeu. Chaque progrès contribue à renforcer leur confiance. Mais le manque de prothèses limite considérablement les possibilités de rééducation.
Bisan accompagne ainsi des enfants qui doivent réapprendre à bouger sans toujours disposer des équipements nécessaires pour gagner en autonomie. Les progrès réalisés pendant les séances ne suffisent pas, à eux seuls, à leur rendre les gestes et les activités de leur quotidien.
L'accompagnement concerne aussi les familles. Le manque d'espace complique les déplacements en fauteuil roulant. Dépendance à des familles pour de nombreuses tâches illustrent les difficultés de vivre avec une amputation dans un environnement inadapté.
À Gaza, l'accès aux prothèses, aux équipements de réadaptation et aux soins spécialisés est devenu urgent. L'acheminement de ces équipements dans la bande de Gaza doit être facilité, tout comme les évacuations médicales des patients qui ne peuvent y recevoir les traitements nécessaires.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 5 000 personnes ont perdu un membre dans le territoire depuis octobre 2023, les enfants en représentent une sur cinq.
Entre septembre 2024 et mai 2026, l'OMS a évalué 2 277 personnes amputées. Seules 502 avaient reçu une prothèse. Les enfants représentaient 18 % des personnes évaluées, tandis que 32 % avaient subi une amputation au-dessus du genou. Par ailleurs, 225 personnes avaient besoin des chirurgies correctives du membre résiduel, et seuls huit prothésistes exerçaient à Gaza.
L'OMS a également signalé qu'aucun matériel de réadaptation n'était entré à Gaza entre mai 2024 et le 14 avril 2026. À cette date, 18 cargaisons contenant notamment des prothèses et des fauteuils roulants pour enfants étaient toujours en attente de dédouanement. Leur retard atteignait 136 jours en moyenne, et jusqu'à 526 jours pour la plus longue attente. Quatre autres cargaisons avaient été refusées au cours des six mois précédents.
En juin, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a indiqué que les autorités israéliennes avaient refusé des demandes d'importation de prothèses de main, de genou et de cheville, de doublures en silicone et de chaussures médicales spécialisées.
