💰 14/10/2026 reseauinternational.net  5min ⁎️ #329931

Diesel : le G7 annonce 100 millions de barils, l'Europe n'en ajoute aucun

par Jules Kaizen

Le G7 a annoncé 100 millions de barils. Trois diplomates européens l'ont confirmé cinq jours plus tard : pas un seul baril n'était neuf. L'Europe n'en a pas ajouté un.

La bascule

Le G7 a annoncé une libération coordonnée. Elle ne crée pas un baril : elle active des volumes déjà engagés en mars. C'est l'Agence internationale de l'énergie, l'IEA, qui coordonne les réserves stratégiques des pays industrialisés. Trois diplomates européens le confirment, cités par POLITICO le 7 octobre.

La séquence ne laisse guère de place au doute. Le 9 octobre, Donald Trump annonce un accord avec Vladimir Poutine pour des livraisons de diesel russe. Une licence temporaire autorise la vente, la livraison et l'importation jusqu'au 7 avril 2027. Elle vient du Trésor américain, l'OFAC. Moscou lève partiellement son interdiction d'exporter : 500 000 tonnes autorisées.

Les volumes ne concordent pas. Reuters avance 2,25 millions de barils de gazole pour la première tranche. Côté russe, TASS donne 500 000 tonnes autorisées à l'export. Deux unités, deux périmètres. D'autres chiffres circulent encore, entre 300 000 et 480 000 tonnes selon les sources. Nous ne tranchons pas.

Ce que Reuters ajoute est plus politique que commercial : l'accord ouvrirait la voie à des négociations de paix. Ni Moscou ni Kiev ne l'ont confirmé.

La pince

Deux mâchoires se referment sur le même produit.

La première est maritime. Ormuz, par où passe l'essentiel du diesel du Golfe, se vide. Sept navires ont traversé le détroit le 6 octobre 2026, le chiffre le plus faible depuis le 23 juillet. Avant la guerre, environ 125 navires commerciaux passaient chaque jour.

L'IEA confirme, dans son rapport de septembre, un quart des niveaux d'exportation d'avant-guerre pour le diesel du Golfe. Goldman Sachs, sur un périmètre plus large, parle de 40% pour les carburants et de 70 à 80% pour le brut.

La seconde mâchoire est russe. Le ministère ukrainien évalue à 51% la capacité de raffinage hors service. S&P Global dit "environ la moitié". La synthèse de la fenêtre de veille, qui agrège plusieurs canaux, donne 45%.

Six grandes raffineries produisent à elles seules environ la moitié du diesel russe. Trois d'entre elles avaient réduit ou arrêté leur production à la mi-septembre. La raffinerie de Volgograd, qui pèse environ 5% du raffinage national, a cessé ses activités après une attaque de drones le 2 octobre.

La pince se referme sur le même produit, aux deux extrémités de la chaîne.

Le chiffre

Amin Nasser, PDG de Saudi Aramco, a donné le chiffre qui manquait, le 6 octobre à Londres, au forum Energy Intelligence.

"Moins de six milliards de barils de stocks commerciaux subsistent aujourd'hui, et la grande majorité n'est pas réellement disponible, donc le système est déjà sous tension".

Il ajoute, plus loin :

"Les stocks atteignent un niveau de stress. Seulement 10% ou moins sont disponibles, c'est pourquoi ils peinent à trouver 100 millions de barils".

Russell Hardy, PDG de Vitol, complète le tableau depuis la même tribune.

"Le monde dépend des exportations pétrolières maritimes qui s'échappent du Moyen-Orient pour maintenir l'équilibre pendant l'hiver, parce qu'il n'y a plus de stocks à drainer en Occident".

Nasser donne le chiffre. Hardy donne la conséquence. Les réserves existent sur le papier, pas dans les faits.

Le levier

La France a choisi d'agir seule, vite, à crédit.

Le 12 octobre 2026, Sébastien Lecornu annonce une baisse de 12 à 18 centimes par litre à partir du 1er novembre. Environ 10 euros par plein. La mesure court jusqu'à fin janvier 2027.

Le financement vient de la vente à prix coûtant de 10 millions de barils prélevés sur les réserves stratégiques. Ils avaient été achetés avant la guerre à 0,28 € le litre.

À côté, 1,4 milliard d'euros d'aides ciblées. La pêche est couverte jusqu'à 70% de ses hausses de coûts. Des prêts à taux zéro sont ouverts. TotalEnergies plafonne ses prix en station.

La France a déjà libéré 3 millions de barils de diesel. Elle en conserverait environ 61 millions en réserve, selon JP Morgan.

C'est peu, et c'est beaucoup. Peu à l'échelle du marché mondial. Beaucoup à l'échelle d'un budget.

Le revers

La dette française dépasse 5% du PIB. Les coûts d'emprunt sont au plus haut depuis 24 ans.

Le levier fonctionne à court terme : le prix à la pompe baisse, le consommateur respire. Mais chaque baril vendu à prix coûtant est un baril qu'on ne rachètera pas au prix d'avant-guerre. Les subventions ne créent pas de diesel. Elles en déplacent le coût, du présent vers le futur.

C'est un sursis acheté à crédit.

Le consommateur

Le consommateur ne verra pas le mécanisme. Il verra le chiffre à la pompe.

Avec un jour de salaire, un travailleur français achète 52,8 litres de diesel. Un Allemand en achète 62,3. Un Italien, 47. Un plein représente 4,4% du salaire net mensuel moyen en France.

Le chauffage suit la même pente. Le mazout coûte 1907,08 euros les 1000 litres en France, soit 165,14 euros de plus que la moyenne européenne. L'Allemagne paie 1726,40 euros. La Belgique 1533,40. L'Espagne 1 495,34.

L'hiver sera inégal selon les pays. Il ne se jouera pas seulement à la pompe.

Ailleurs, le signal est déjà là. Au Royaume-Uni, le diesel a dépassé 200 pence le litre le 2 octobre 2026, une première au-dessus de 2 livres. Le pays importe environ 55% de son diesel et dispose de six semaines de couverture. L'inflation de la zone euro est remontée à 3,8% en septembre, au plus haut depuis septembre 2023. La composante énergie grimpe de 18,8%.

Le diesel, ce n'est pas le pétrole. C'est le carburant du camion, du tracteur, du chalutier. Le produit qui fait tourner l'économie avant de la faire ralentir.

Le G7 a annoncé 100 millions de barils. L'Europe n'en a pas ajouté un seul. Combien de temps peut-on tenir un hiver sur un chiffre ?

source :  Georisk Watch

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