🧠 13/10/2026 dedefensa.org  5min ⁑️ #329836

 Quand l'ordre se brise: les cycles du pouvoir et des générations

Puissance métahistorique de la thèse cyclique

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Puissance métahistorique de la thèse cyclique

• Nous suivons un historique, ou plutôt une métahistoire de la thèse cyclique de l'histoire (de la métahistoire). • Pour constater que nous sommes évidemment à un moment-clef de notre cycle.

Ce qui est remarquable, à la fois étrange et naturel, c'est la différence de l'intensité du discours entre l'évocation souvent furieuse et apocalyptique des problèmes immédiats et courant dans une situation de  GrandeCrise, et la sérénité et le calme qui accompagnent les grandes études des différentes conceptions sur la philosophie de l'histoire cyclique, - métahistoire pour nous.

Pour aujourd'hui où ce contraste est très marquant, on parlerait de l'extrême fureur pour débattre des problèmes historiques en cours qui sont emprisonnés dans le concept dépassé du développement linéaire de l'histoire, et de la sérénité accompagnant la vision nécessairement cyclique de la métahistoire. Il ne s'agit rien moins que d'un argument irrésistible pour la métahistoire en tant qu'enseignement de l'apaisement et de la mesure pour l'esprit, c'est-à-dire la sauvegarde de l'esprit auquel sont donnés les choix par la liberté de choix.

Face à la dévastation suscitée par la  GrandeCrise, absolument nécessaire lorsqu'on a correctement identifié ce qu'elle dévaste qui est l'univers corrompu et catastrophique du Système, - la réflexion métahistorique apparaît comme une sauvegarde de l'âme poétique, de l'art de l'intuition et de la pérennité dans le changement que nous offre la tradition. (Pour sourire : "pérennité dans le changement" comme une sorte d'"indépendance dans l'interdépendance" selon la formule du sémillant Edgar Faure pour rendre en 1955 son indépendance à la Tunisie.)

L'énoncé des possibilités de l'histoire cyclique, une fois écarté l'utopie de la vision linéaire intimement liée à des critères religieux ou idéologiques impératifs enfermant l'esprit dans les choix qui les accompagnent, permet par contraste une très grande liberté à l'esprit, et par conséquent l'enrichissement de l'âme poétique et de l'art de l'intuition. Il est extrêmement significatif de constater combien cette méthodologie métahistorique n'a jamais quitté le devant de la scène de l'esprit depuis l'Antiquité, - ce qui lui donne une réelle légitimité en chassant l'histoire prisonnière des événements au profit de la métahistoire créatrice des événements.

Le texte ci-dessous, écrit par l'excellent Markku Siira déjà cité dans nos analyses, montre une accélération significative des hypothèses d'histoire cyclique depuis le XXème siècle, correspondant à la maturation de la  GrandeCrise. Cette situation implique une dynamique qui n'existe pas dans la monotonie de la thèse linéaire, d'où l'emploi (signalé en caractère gras par l'auteur) d'un constat impératif du mouvement impliqué par les soulèvements de la  GrandeCrise dont nul ne sait sur quoi elle débouchera : "la stabilité n'est pas permanente " et " aucun ordre ne reste inchangé "...

"Ces penseurs ont en commun une même observation fondamentale: la stabilité n'est pas permanente. Un ordre établi accumule en son sein des tensions qu'il est incapable de résorber. La richesse se concentre, les institutions se rigidifient afin de défendre ceux qui bénéficient de la situation existante, et une nouvelle génération - dépourvue de tout souvenir personnel de la crise précédente - considère l'ordre en vigueur comme allant de soi. Lorsque le système subit un choc suffisamment puissant, il ne plie pas: il se brise.

" Les différences entre ces théories restent néanmoins considérables. Polybe et Vico parlaient d'un cycle revenant au point de départ. Spengler et Toynbee décrivaient la mort et la renaissance. Strauss et Howe s'appuient sur des archétypes générationnels, Turchin sur des cycles statistiques et Dalio sur les marchés de la dette. Les méthodes varient fortement, mais l'observation essentielle demeure la même: aucun ordre ne reste inchangé."

La question en suspens est de savoir si ces constats constituent des données intangibles ou s'ils surgissent aujourd'hui dans leur état implicite de puissance à cause de notre situation crisologique si extrême. Un facteur essentiel et sans précédent caractérisant notre actuelle situation justifient ou expliquent ces deux constats et les questions qui les accompagnent : la puissance extraordinaire du système de la communication. Est-elle susceptible de modifier, non pas l'aspect cyclique de la métahistoire, mais bien son orientation, son issue finale, sa forme décisive, sa capacité de donner au cycle une impulsion qui le fasse quitter les différents modèles envisagés par les chercheurs pour créer quelque chose de tout à fait différent. De ce point de vue, la  GrandeCrise est, elle aussi, absolument sans précédent. Il faut voir que Markku Siira a pris une voie d'analyse inverse, partant de la conséquence ("L'ordre se brise") qu'il présente comme absolue, pour s'interroger sur les modèles qui en sont la cause.

Texte de Markku Siira. Original de "Quand l'ordre se brise: les cycles du pouvoir et des générations" sur ' markkusiira.substrack.com' et traduction sur ' synergies.heutetfort.com'.

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