🔀 13/10/2026 elucid.media  3min ⁑️ #329779

« L'alimentation est un bien commun » - Marie Hégly, Charles Adrianssens, Paul Montjotin

Par  Laurent Ottavi

Les prises de conscience citoyennes ne sont pas suivies d'effets politiques. Dans Mal-bouffe, on arrête tout et on réfléchit ! (Rue de l'échiquier, 2026), Marie Hégly, Charles Adrianssens et Paul Montjotin font un état des lieux de ce qu'ils appellent le bien-manger. Il dépasse la seule question de l'alimentation dans la mesure où il relève également de l'écologie, du social ou encore de la culture, formant un projet de société. Les auteurs promeuvent une politique de l'alimentation, symbolisée par la proposition d'un ministère du Bien-manger, fondée notamment sur une sécurité sociale de l'alimentation.

Élucid : Quelle est la situation actuelle en termes de précarité alimentaire, de malbouffe et de leurs effets sanitaires ?

Marie Hégly : 8 millions de Français bénéficient aujourd'hui de l'aide alimentaire. 1 Français sur 3 ne mange pas à sa faim. Et, quand les Français mangent, ils peuvent tomber malades à cause d'un système agro-industriel qui fait passer la santé au second plan  ! Nous sommes pourtant la première puissance agricole européenne, et le repas gastronomique français, dont nous sommes tous si fiers, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il y a là une vraie dissonance ! Nous avons essayé dans ce livre de montrer la transversalité du sujet, alors qu'il est compartimenté politiquement. La cause des agriculteurs est beaucoup reprise à droite et à l'extrême droite, le sujet de la précarité alimentaire est lui très repris à gauche et à l'extrême gauche.

Paul Montjotin : La mal-bouffe fait partie du quotidien des Français, aussi bien du point de vue de leur consommation que des effets sanitaires des produits consommés. Les produits ultra-transformés représentent en France plus d'un tiers de l'apport calorique moyen des consommateurs. Ce chiffre, plus élevé au Royaume-Uni et aux États-Unis, témoigne de l'existence d'une nouvelle question sociale concernant la mal-bouffe. Il y en a d'autres, tout aussi éloquents. Nous consommons en France environ 100 grammes de sucre par jour (chiffre de Santé publique France), alors que l'OMS préconise de ne pas dépasser 25 grammes. Pour ce qui est des conséquences sanitaires de la malbouffe, on constate une augmentation des maladies chroniques. L'obésité a ainsi doublé au cours des 25 dernières années et elle représente un coût pour la collectivité de 20 milliards d'euros par an. De même, le diabète touche aujourd'hui 4 millions et demi de personnes du fait de la malnutrition et coûte environ 10 milliards d'euros. Enfin, on observe une explosion des cancers chez les plus jeunes. Dans ces conditions, la santé s'est imposée comme la première préoccupation des Français depuis quelques années.

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