🧠 07/10/2026 euro-synergies.hautetfort.com  17min ⁑️ #329150

L'effondrement du récit et le césarisme

Expérimentation d'un style d'écriture plus dynamique

Source:  spenglarianperspective.substack.com

Le jour de Noël de l'an 800, le pape Léon III couronna Charlemagne «empereur des Romains» dans la basilique Saint-Pierre, jetant ainsi les bases de ce qui allait devenir le Saint-Empire romain germanique. Cet acte procédait d'une dépendance mutuelle: Charlemagne ne disposait pas d'un titre ultime susceptible de légitimer sa domination sur la majeure partie de l'Europe occidentale, tandis que le pape avait besoin de protection après avoir failli être privé de son siège. Un accord fut donc conclu: l'Église recevrait la protection du roi des Francs et le pape ferait de Charlemagne et de son empire les protecteurs temporels de l'Église. Ce fut la graine dont allait finalement éclore la culture faustienne.

Mais il ne s'agissait nullement d'un phénomène unique ou inhabituel dans les cultures complexes. En Grèce, les cultes homériques conféraient leur légitimité aux oligarques de la polis. En Chine, les dynasties Shang et Zhou constituaient les ponts spirituels entre le ciel et la terre. Lors de la bataille du pont Milvius, Eusèbe nous rapporte que Constantin eut un songe lui enjoignant d'inscrire les lettres «χ» et «ρ» sur les boucliers de son armée s'il voulait remporter la victoire; ce faisant, il devint le premier empereur chrétien.

Le monde politique est régi par les faits. Les faits sont momentanés et sont évalués en fonction des occasions qu'ils offrent. Pour un homme politique, "un plus un" n'a aucune valeur s'il ne tire aucun bénéfice à l'affirmer. Mais le monde spirituel, précurseur de toute science, philosophie et mathématique d'une rigueur intellectuelle croissante, est régi par les Vérités. Les Vérités sont jugées selon qu'elles sont immuablement vraies ou fausses, quel que soit le sens que cela revêt d'une culture à l'autre.

Spengler affirme catégoriquement que les Vérités n'existent pas en politique. Lorsqu'elles y existent, elles constituent des résistances dans le cours des opérations. Toute politique est une forme de guerre, de l'enceinte parlementaire au champ de bataille. Si l'un reste fidèle à ses principes parce qu'ils sont «justes», tandis que l'autre trahit les siens parce que cela lui permettra de l'emporter, ce dernier vaincra naturellement le premier dans la plupart des cas. Il arrive que cela puisse être évité si le premier est le plus fort, mais c'est déjà reconnaître que les vérités sont un luxe, alors que la force et la gestion de la puissance constituent le véritable langage du monde.

Cependant, un homme qui enfreint toutes les lois et trahit tous ses serments est un homme auquel on ne peut se fier. Il ne poursuit que son propre intérêt et celui de ses semblables, s'il en a; la fin naturelle d'un tel homme est donc d'être tué par ceux qu'il s'est aliénés. La version occidentale de cette idée est le contrat social, débattu parallèlement à la question de la nature humaine durant toute l'époque baroque et industrielle. Les hommes conviennent que l'état de nature, en raison de son chaos, est moins souhaitable qu'une société ordonnée. Nous acceptons donc tous de respecter les lois, les traités, les règles, les accords, etc., afin de nous garantir mutuellement un sentiment de sécurité et de confiance.

Et que sont les lois, sinon des liens fixes dont la validité est immuable ? Les Vérités constituent la meilleure forme de traité: lorsque deux personnes conviennent qu'un plus un font deux, elles peuvent coopérer sur la base d'une logique immuable, et non seulement en fonction de rapports de force changeants. Voilà pourquoi il est si essentiel que, dans une société, nous parlions tous la même langue et partagions les mêmes principes fondamentaux ainsi que les mêmes intuitions spirituelles sur le monde. Sans cela, nous ne pouvons nous accorder sur la forme la plus puissante de contrat social ni organiser la société à grande échelle.

À l'autre extrémité du parcours d'une civilisation, j'ai une autre histoire à raconter. Cicéron était un idéologue. Il s'appuyait largement sur des principes premiers pour élaborer des systèmes de défense de la République, de l'éthique stoïcienne et de la théorie politique. Écrivain et orateur, il se servit de ces talents pour attaquer Marc Antoine après l'assassinat de César. Il n'était pas un très bon homme politique et tenta de dresser Antoine et Octavien l'un contre l'autre dans le cadre d'un projet visant à restaurer la République. Il n'avait toutefois pas prévu avec quelle facilité ces deux hommes pourraient contourner les règles et les institutions grâce à leurs armées et dresser des listes de personnes à tuer. Cicéron figurait sur celle de Marc Antoine. Sa tête et ses mains furent clouées aux Rostres, dans le Forum, la tribune même depuis laquelle il avait prononcé ses discours contre Antoine. Sa tête fut ensuite envoyée à Alexandrie, où Fulvie, l'épouse d'Antoine, lui arracha la langue avant de la transpercer à plusieurs reprises.

Spengler qualifia le meurtre de Jules César de dernier souffle de l'esprit apollinien, mais c'est à la mort de Cicéron que son cœur cessa de battre. Dès lors, la moitié occidentale de l'Empire sombra lentement dans une barbarie croissante et des conflits mesquins, jusqu'à sa disparition au Ve siècle.

Le règne d'Auguste était nécessairement lié à une image de légitimité spirituelle. Mais le mensonge s'était déjà révélé, et il devint toujours plus manifeste à chaque nouvel empereur qui revêtit la pourpre. Par la notion de césarisme, Spengler tente de percer les faux-semblants et de montrer que l'histoire s'achève lorsque l'on ne croit plus en rien d'autre qu'en la politique de la force pure. Un historien pourrait d'abord se donner du mal pour en déceler la moindre trace chez un homme comme Auguste, mais avec chacun des Julio-Claudiens, il devint de plus en plus évident que le système dépendait de la force brute pour maintenir chaque souverain au pouvoir. Après la mort de Néron, la rapidité avec laquelle l'Empire fut déchiré par la question de savoir qui commanderait fut alarmante.

J'ai évoqué dans d'autres publications l'époque où nous nous trouvons aujourd'hui et la manière dont le césarisme se tient à notre porte. Si vous avez moins de trente ans, vous vivrez probablement assez longtemps pour voir notre Jules César, même si vous ne vous rendrez sans doute pas compte que c'est lui. Si nous suivons une datation exacte, 2017 fut l'année de Tiberius Gracchus, un candidat antisystème auquel les equites — les puissances financières — ont retiré le tapis sous les pieds et qui fut finalement assassiné. L'année 2106 verra l'assassinat de César et 2119 notre bataille d'Actium.

Ces événements pourraient survenir quelques décennies plus tôt ou plus tard, car bien que les universitaires insistent pour présenter Spengler comme une sorte de déterministe, ces événements sont voués à se produire sans être liés par une causalité stricte. Au vu de l'évolution actuelle, je pense que nous connaîtrons notre épisode cicéronien bien avant 2100. Nous ressentons déjà les effets d'une société qui perd son ancrage dans la vérité et, contrairement aux configurations antérieures, cet effondrement du récit sera existentiel et nous précipitera dans des conditions césariennes.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, un nouveau contrat social s'est établi, défini par une piété intransigeante envers les principes libéraux. Cet ordre fondé sur des règles a été maintenu, non par l'évidence intrinsèque de ses principes ni par leur harmonie avec la nature humaine, mais en érigeant ses vérités en objectif de la politique elle-même et en entretenant ce récit au moyen d'une production médiatique incessante.

La guerre froide est désormais suffisamment éloignée pour que nous puissions reconnaître qu'elle fut une période de propagande permanente. En dehors des différents conflits par procuration, les tensions entre les États-Unis et la Russie n'étaient en réalité qu'une guerre culturelle entre deux récits cherchant à s'approprier le consensus de l'après-guerre. Réseaux de renseignement façonnant l'opinion publique au moyen d'opérations sous faux pavillon, campagnes de relations publiques inspirées de Bernays, financement de revues politiques dans les universités de l'Ivy League par des milliardaires et des gouvernements, procès portant sur l'authenticité historique de certains événements, journaux, radio, télévision: où que l'on allât, on était soumis à une guerre des récits qui culmina dans la "fin de l'histoire", autrement dit dans la victoire du libéralisme américain.

Dans le même temps, la gauche américaine poussait plus loin les présupposés de ce consensus. La théorie critique et le postmodernisme visaient à psychologiser notre histoire et notre identité. Si Spengler avait vécu jusque dans les années 1960 et 1970, il aurait volontiers reconnu dans ce mouvement universitaire ce qu'il appelait, dans les dernières lignes du dixième chapitre de son premier volume, le «scepticisme physiognomonique».

« Et il reste la possibilité d'un troisième et dernier stade de la philosophie occidentale, celui d'un scepticisme physiognomonique. Le secret du monde apparaît successivement comme un problème de connaissance, un problème de valeur et un problème de forme. Kant considérait l'éthique comme un objet de connaissance; le XIXe siècle la considérait comme un objet d'évaluation. Le sceptique traiterait l'une comme l'autre simplement comme l'expression historique d'une Culture» — Vol. 1, p. 374.

Ce que poursuivaient des penseurs comme Foucault et Derrida pourrait aujourd'hui être interprété comme une forme de nihilisme à l'égard de la philosophie. Mais, d'une certaine manière, ils l'achevaient, ou du moins jouaient leur rôle dans la symphonie. L'homme faustien devait se libérer des dernières contraintes du corps: le sexe devint le genre, la sexualité devint un spectre, la race devint une construction; parallèlement, la famille devint une oppression, l'homophobie une projection, et la nationalité la voie ouvrant la marche vers le génocide.

Aujourd'hui, le contrat social moderne considère les croyances véritablement traditionnelles et nationalistes comme le véritable état de nature. Nous sommes des cellules cancéreuses à éviter ou à combattre et contre lesquelles il faut à tout prix se prémunir dans les sphères du pouvoir, car, à leurs yeux, nous représentons l'homme déloyal qui menace de défaire ce contrat social. Celui-ci a été fondé sur les principes premiers de liberté individuelle, de démocratie et de vérité dite au pouvoir. Depuis, on s'est battu pour lui et on l'a intégré à un récit complexe qui présente tout autre ensemble de règles comme ouvrant la voie au mal absolu: la Shoah.

Si l'on peut appeler cela du libéralisme — car ce n'est certainement pas le libéralisme de l'Empire britannique —, il se retranche derrière l'autorité de la vérité pour justifier ses actes. Nous faisons confiance aux experts qui apparaissent sur nos écrans de télévision et dans nos fils X, car puisqu'ils disposent, à n'en pas douter, d'une vérité scientifique évaluée par les pairs, éprouvée et vérifiée, nous pouvons faire confiance aux responsables politiques qui s'abritent derrière eux pour gouverner avec droiture et sans corruption.

Toutefois, l'essor des réseaux sociaux a notamment engendré une vague de protestantisme à l'égard des récits officiels. Cette vague prend la forme de communautés très spécialisées qui se constituent grâce aux actuels systèmes de communication globale, s'appuyant souvent davantage sur des blogs et des forums de theorycels (*) que sur des recherches universitaires, sur des discours qualifiés de complotistes, ou sur un examen d'obédience populiste de toutes les dimensions de «l'establishment». C'est particulièrement le cas dans la droite dissidente, qui se trouve inconditionnellement exclue et rejetée pour les raisons exposées plus haut. Cela semble suffire à semer le doute sur le récit de l'establishment dominant, surtout lorsque celui-ci commet des erreurs critiques au sujet de ces récits.

La pandémie de CO VID-19 a révélé les dangers qu'il y avait à s'en remettre à des experts agréés par le gouvernement. Les dossiers Epstein ont récemment mis au jour le manque de sincérité de notre classe politique, qui tente de se présenter comme morale tout en portant préjudice aux plus jeunes d'entre nous. Le génocide commis par Israël nous montre à quel point notre «ordre fondé sur des règles» est en réalité impuissant à empêcher précisément ce qu'il est censé prévenir. Et face à tout cela, la réponse de nos élites n'est ni le dialogue ni la liberté, mais des mesures actives et une répression de la liberté d'expression. Les fissures commencent à apparaître.

Avant d'aborder les effets futurs de cette situation, déterminons pourquoi nous vivons sous ce régime si particulier. Comme je l'ai indiqué, l'ordre existant ne repose pas tant sur sa propre évidence que sur des récits hermétiques destinés à le maintenir à flot. Spengler expose longuement les principes de la politique. Le monde-comme-histoire s'organise en «formes», c'est-à-dire en groupes unis par une conviction émotionnelle tenue pour évidente. Mais lorsqu'un groupe perd cette confiance intérieure, soit il se dissout, soit il remplace cette incertitude par des éléments constitutionnels. Son caractère de mouvement au sein de l'histoire est alors remplacé par la stabilité des constitutions, des lois, de l'écrit et des vérités du monde-comme-nature.

Il ne devrait pas être nécessaire de dire qu'il ne faut pas jeter de déchets par terre; pourtant, nos trottoirs sont tout de même couverts de chewing-gums séchés. Nous pouvons donc adopter des lois déclarant que cela est interdit, et il s'ensuivra un processus de cause à effet selon lequel jeter des détritus entraînera une amende de 100 livres sterling si l'on se fait prendre. Les rues d'un pays comme le Japon sont parfaitement propres, de sorte qu'une telle loi n'y est guère nécessaire. Mais lorsqu'on vit dans une société remplie de gens qui ne se sentent plus partie prenante de celle-ci, il faut déclarer explicitement, de manière toujours plus autoritaire, ce qui sera ou ne sera pas attendu d'eux.

Les pays totalement dépourvus de forme étendent cette logique à tous les aspects de la société et deviennent des machines hypertrophiées qui imposent la manière dont les choses devraient être selon un ensemble de comportements entièrement philosophiques et dénués de sens pratique. Le simple fait que nos gouvernements doivent mener contre nous des guerres de l'information témoigne de l'état de stagnation de nos pays, puisque personne n'est naturellement convaincu de leur légitimité. Et la situation ne fait qu'empirer lorsque ce qui nous est imposé est étranger aux principes intuitifs de l'intérêt national et leur est contraire.

« Et désormais, des lois étaient adoptées non seulement pour des objectifs nationaux, mais aussi pour des cas particuliers, et jamais les lois ne furent plus nombreuses que lorsque la chose publique était la plus corrompue. »— Tacite, Annales, livre III, chapitre 27.

Les récits politiques ne sont qu'un substitut au fait d'être en forme, un mythe religieux de création substitué à une véritable politique. Le monde moderne dépend à tel point de ces récits qu'il ne reste presque rien pour nous retenir s'ils s'effondrent. C'est pourquoi, alors qu'à une autre époque le peuple aurait pu s'unir et renverser le système, les individus se replient. Il n'existe aucune vision alternative d'un avenir collectif.

Lorsqu'il s'avère que tout le système est conçu pour permettre à des psychopathes de violer et de dévorer nos enfants, et à des étrangers de violer et de dévorer nos enfants, on se sent quelque peu aliéné par rapport au processus. Mais cela s'étend également à toutes les situations où le pouvoir contredit les sensibilités qui nous ont été inculquées. On peut imaginer à quel point la plèbe fut abattue lorsque Tiberius Gracchus, dont le potentiel de réforme populaire était sans égal, fut simplement poussé à bout puis assassiné sous ses yeux. Chaque fois qu'un événement de ce genre se produit, le récit expliquant le fonctionnement du monde, ce qui est vrai et moral, ainsi que ce que l'on peut attendre en matière d'équité et d'honneur, subit des dommages irréversibles.

Ce processus était déjà à l'œuvre bien avant la révélation de quoi que ce soit de malfaisant. Une enquête de l'Office for National Statistics nous montre que près de la moitié des participants — 44% — déclaraient avoir peu ou pas confiance dans leur capacité à participer à la vie politique. La plupart des gens — 63% — avaient peu ou pas confiance dans leur capacité à peser sur l'action du gouvernement. Deux tiers des participants ont également indiqué clairement qu'il existait un lien entre leur confiance dans un gouvernement et la capacité de ses dirigeants à respecter les mêmes règles que tous les autres.

Le cabinet de Starmer n'est arrivé au pouvoir qu'en raison de la progression de l'abstention cette année-là, ce qui lui a conféré un mandat moins important que celui du Brexit, contre lequel des manifestations incessantes avaient pourtant eu lieu. C'est par pure chance pour nous que certains des projets qu'ils avaient élaborés et contre lesquels nous avions lancé des pétitions — avant d'être de toute façon contournés — se sont effondrés. Le sentiment, chaque année plus marqué, que voter ne résoudra rien a atteint un tel niveau qu'un initié comme Dominic Cummings peut affirmer que, si Reform ne redresse pas le pays, les gens se concentreront sur les moyens d'en faire sortir leurs enfants. Car lorsque la promesse échoue et que le récit s'effondre après s'être imposé partout, les individus renoncent tout simplement aux solutions politiques et se tournent vers leur sphère privée.

C'est dans ce terreau que commence à pousser le césarisme. Le césarisme ne signifie pas qu'un certain type d'homme se hisse au sommet; c'est une attitude à l'échelle d'une civilisation, selon laquelle: 1. la vérité en politique a toujours été un mensonge; 2. l'idéalisme est puni par le pouvoir; et 3. si la politique n'est pas orientée vers le bien, elle se réduit par défaut à la question de savoir qui détient le pouvoir et qui ne le détient pas.

On gère la situation telle qu'elle se présente parce que tout ce qui dépasse notre condition immédiate échappe à notre contrôle. Les intérêts nationaux se dégradent donc en intérêts régionaux, puis locaux, puis personnels, tandis qu'en surface, les lois et les systèmes créés par une religion à laquelle plus personne ne croit demeurent en place.

Spengler établit des comparaisons entre le césarisme et certains grands hommes de la période de l'État absolu, comme Oliver Cromwell. Ce qui les distingue toutefois, c'est l'absence de forme sous-jacente. À l'époque de Cromwell, une énergie était nourrie par un sentiment de race — au sens où Spengler entend ce terme — et d'identité nationale. Cela signifiait que si un homme tombait, dix autres pouvaient prendre sa place, car tous comprenaient inconsciemment la tâche à accomplir. Mais le césarisme émerge d'une période où la mort de la forme a été dissimulée par l'idéologie, le récit, la philosophie, les constitutions, les lois, les vérités et les mensonges, qui ont lentement remplacé le navire planche après planche avant de finir par pourrir et de ne plus rien laisser avec quoi travailler. Lorsque ces récits s'effondrent, il ne subsiste plus aucune force motrice en dehors de ce que tel ou tel grand homme est susceptible de faire pour vous.

Il faut le comprendre à mesure que nous nous enfonçons dans ce siècle. Derrière la promesse du multiculturalisme, de l'antiracisme et d'un avenir progressiste se trouve un réseau de centaines de milliers de bureaucrates et de dirigeants d'entreprise uniquement préoccupés par leur intérêt personnel, qui ne veulent pas perdre leurs positions corrompues. Ils ne forment pas un groupe uni par une forme; ils ne font que sauver leur propre peau. À l'instar de Trump et de Tiberius Gracchus, ils sont les proto-Césars, mais appartiennent simplement au camp opposé. La seule chose qui justifie leur position est un récit déchiqueté expliquant pourquoi ils se trouvent là au départ. Pourtant, chaque année, un nouveau scandale les fait trébucher et révèle la corruption. Ils ont fait tomber Musk tout en conservant Thiel; ils feront à Reform ce qu'ils ont fait à Trump 1.0. Combattre tout cela uniquement au moyen d'un récit idéologique qui nous serait propre est vain, parce que: 1. l'époque dans laquelle nous entrons est post-narrative; et 2. lorsque l'establishment est démasqué, cela ne fait qu'amener les gens à créer un million de récits complotistes qui leur sont propres, lesquels convergent tous vers une religiosité secondaire gnostique nous disant: «Il est de toute façon trop inutile d'essayer de les arrêter». L'histoire future revient ainsi entre les mains de factions d'élite, qui se concentrent progressivement autour d'hommes capables de démanteler le système et de «restaurer la République» en ne renforçant que leur propre pouvoir et celui de leur famille, quel que soit le nombre d'entre nous qui en souffriront. C'est dans ce fragment de connaissance que réside la voie à suivre.

Je voulais expérimenter avec un article qui ne soit pas simplement une simplification de ce que Spengler a déjà écrit, et je me suis dit qu'il n'avait pas très bien expliqué la politique intérieure propre à la transition vers le césarisme.

Note:

(*) Les theorycels sont des personnes qui se focalisent lourdement sur des idées compliquées, abstraites et académiques sans avoir de bonnes compétences pratiques, liées au monde réel. 

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