🦅 07/10/2026 reseauinternational.net  7min ⁑️ #329137

 Brésil : Bolsonaro 47 %, Lula 45 %, un second tour sous haute tension

Brésil : Le second tour se jouera entre Lula et la Maison Blanche

par Daniel Kersffeld

Dans un contexte difficile, Lula devra centrer la dernière étape de cette longue campagne sur une confrontation directe avec Flávio Bolsonaro qui, inévitablement, aura un impact direct et profond sur ses relations avec le gouvernement des États-Unis.

Donald Trump ne perdra pas l'occasion de faire un coup d'État électoral au Brésil seulement pour donner du pouvoir à son allié et l'amener au palais du Planalto mais aussi pour infliger une défaite humiliante à l'un des rares dirigeants du monde qui a osé le défier publiquement.

L'affrontement pour le second tour sera tout à fait inégal, surtout si on tient compte du niveau d'ingérence de la Maison Blanche, des mesures de déstabilisations comme la récente fermeture de l'ambassade des États-Unis et des engagements qui sont en train d'être tissés au cas où l'extrême droite dirigée par la famille Bolsonaro reviendrait au pouvoir à partir du 1er janvier 2027.

Au-delà du fait que Flávio et son frère, le député en fuite Eduardo Bolsonaro, soient accusés d'être les véritables instigateurs de l'imposition de droits de douane et de sanctions commerciales, et en raison de leur influence probable dans la désignation du "Premier Commando de la Capitale" et du "Commando Vermelho" comme organisations terroristes étrangères afin de favoriser une éventuelle ingérence militaire des États-Unis au Brésil, aujourd'hui, les principales préoccupations de Lula portent sur un nouvel élément, particulièrement sensible dans les relations déjà éprouvantes qu'il entretient avec Trump et Marco Rubio, son ambitieux secrétaire d'État.

Une nouvelle expression d'ingérence politique serait en train de se manifester dans ce pays d'Amérique du Sud par le biais de Rockbridge Network, un réseau de donateurs créé en 2019 par Christopher Buskirk, rédacteur en chef du site web nationaliste conservateur American Greatness, et JD Vance, actuel vice-président des États-Unis, sous l'inspiration directe du techno-oligarque Peter Thiel.

Considérée comme une entreprise de capital risque centrée sur la politique, Rockbridge a été critique, au début, envers le mouvement MAGA qu'elle percevait comme un puissant réseau rival dans la course au pouvoir, centré sur la figure de Trump, mais dont le fonctionnement manquait de coordination et qui était constamment dépassé par le radicalisme de sa base. Avec un sens beaucoup plus pratique, le cercle de donateurs a eu l'un de ses premiers succès lors de l'élection de Vance comme sénateur en 2022.

Loin de toute tentative de massification, Rockbridge s'est renforcé comme un club super-exclusif avec un petit nombre de membres plusieurs fois multimillionnaires et qui compte parmi ses membres les plus connus et les plus influents Donald Trump Jr., fils de l'actuel président.

Les initiatives de cette fondation sont larges et vont du lobbying pour des entreprises au financement de candidats, à l'influence directe sur les médias ou à la mobilisation d'électeurs. Pour les Cern hères élections présidentielles, elle est arrivée à engager 3000 personnes pour collaborer à la campagne et au dépouillement des élections, dans une bonne mesure, grâce aux plus de 100 000 000 de $ de dons qu'elle a réussi à collecter. Ce financement en a valu la peine, d'autant plus s'il faut tenir compte du fait qu'il a permis d'imposer Vance comme colistier de Trump.

Au-delà de son rayon d'action centré sur les États-Unis, la fondation Vance & Thiel a engagé une politique d'expansion internationale qui vise à établir des relations avec des gouvernements d'extrême droite déjà installés comme ceux de l'Argentine et de la Colombie ou à soutenir des candidats qui expriment un alignement ferme sur leurs intérêts, comme au Brésil.

L'intérêt pour la principale économie sud-américaine est évident, surtout dans le cadre de l'intense compétition mondiale pour l'infrastructure de l'intelligence artificielle à laquelle se livrent les États-Unis et la Chine. Dans ce contexte, la position stratégique du Brésil et surtout l'éventuelle alliance avec les États-Unis sont importantes pour la Maison Blanche, c'est pourquoi elle soutient par tous les moyens possibles Flávio Bolsonaro pour qu'il s'impose lors de ces élections.

Des représentants du groupe Rockbridge auraient déjà eu des contacts directs avec des patrons. et des politiciens brésiliens et, en particulier, avec le candidat de l'extrême droite pour assurer ainsi son insertion dans la scène économique brésilienne : dans ce contexte, les soupçons portent sur le financement de sa campagne électorale. Cette affaire revêt une gravité particulière car les contributions financières étrangères aux campagnes électorales, qu'elles soient directes ou indirectes, sont interdites. Une demande d'enquête a donc déjà été déposée auprès de la Cour suprême fédérale.

Les liens entre Rockbridge et Flávio Bolsonaro semblent être bien établis. Un "mémorandum stratégique" rédigé par le candidat au poste de gouverneur de Río de Janeiro pour le Parti Novo, André Marinho, proche du candidat d'extrême-droite, explique comment fonctionnerait une alliance entre le Brésil et les États-Unis pour l'exploitation des minerais stratégiques et des terres rares dans une accusation politique qui, ces derniers jours, a suscité une polémique grandissante.

Dans ce document intitulé "Alliance pour la prospérité", on affirme que le Gouvernement de Bolsonaro prendrait ses distances avec la China et placerait le Brésil comme l'un des 3 principaux fournisseurs de minerais stratégiques tout en en faisant le principal centre de traitement de l'hémisphère occidental et un maillon clef des chaînes de fourniture alignées sur les États-Unis, en particulier dans les secteurs de la défense, de l'énergie et de l'intelligence artificielle.

Cette donnée n'est pas sans importance si on tient compte du fait que le Brésil possède 21 000 000 de tonnes de gisements de terres rares mais qu'il n'a pu en extraire que 2000 tonnes en 2025, ce qui révèlerait une large brèche entre les réserves et la production de ces ressources stratégiques.

L'intérêt des États-Unis pour les minerais stratégiques brésiliens est tangible. Le 20 avril, USA Rare Earth a acquis, pour 2 800 000 000 de $, le groupe brésilien Serra Verde, propriétaire de la seule mine de terres rares au Brésil avec cette acquisition, le nouveau propriétaire aspire à devenir un leader mondial dans la production d'aimants utilisés surtout dans les systèmes de guidage des missiles et d'autres armes spéciales.

Sans un régime de contrôle adéquat pour les concessions étrangères, et étant donné la valeur stratégique de cette opération, le gouvernement de Lula da Silva a tenté de la bloquer. Enfin, le 2 septembre, le Congrès brésilien a approuvé une loi destinée à préserver les réserves de minerais stratégiques et de terres rares. Si l'actuel président est réélu, il est possible qu'on revienne sur la vente de Serra Verde : l'impact politique de cette décision serait très fort car, à travers le Pentagone, le gouvernement des États-Unis possède 10% de USA Rare Earth.

Avec le Mexique, le Brésil est un autre morceau de l'Amérique latine convoité par la Maison Blanche : pas seulement pour ses grandes richesses et pour son potentiel économique mais aussi pour son empreinte géopolitique déterminante. Une victoire de l'extrême-droite aux élections non seulement éloignerait le Brésil de la Chine mais porterait un coup dur aux BRICS et, en général, à toute proposition progressiste émanant du Sud mondial et visant à dépasser les conditions économiques actuelles.

Le défi pour la gauche brésilienne est immense, d'autant plus qu'il existe un risque que le gouvernement des États-Unis ne reconnaisse finalement pas les résultats si, au second tour, c'est l'actuel président qui est réélu. Lula da Silva devra compter avec de nouvelles alliances hétérogènes et un ferme soutien social et économique au niveau national mais aussi international pour faire face à la tempête extrémiste et régressive qui, depuis le Nord et depuis déjà deux ans, se prépare contre l'un des rares bastions du progressisme à l'échelle mondiale.

source :  Resumen Latinoamericano via  Bolivar Infos

 reseauinternational.net