🧠 01/10/2026 euro-synergies.hautetfort.com  6min ⁑️ #328507

Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique

Alexandre Douguine

Présentateur: Pour poursuivre dans la direction que vous indiquez: que s'est-il exactement passé en Allemagne en cinq ans ? Je précise qu'il s'agit d'élections régionales et municipales, lors desquelles le parti au pouvoir n'atteint même pas, par endroits, le seuil minimal requis. Pendant longtemps, le pays a semblé aspirer à la stabilité. Tous ces sigles — CDU, CSU — sont restés plus ou moins ce qu'ils étaient dans les années 1980. Un seuil critique a-t-il été franchi ? Les gens se sont-ils lassés qu'on leur impose des idées obscures et malsaines ? De nouvelles technologies sont-elles apparues ? Ou bien une certaine prise de conscience s'est-elle produite?

Alexandre Douguine : Je ne pense pas que les Allemands soient devenus tellement plus avisés. Beaucoup, tout simplement, n'y croyaient pas — ils ne croyaient pas au postmodernisme et considéraient comme des outrances les théories d'un passage de l'être humain à une existence rhizomatique, les idées de la "mort de l'homme", le posthumanisme ou encore la "liberté de choisir son genre" conçue comme une affaire de choix personnel. Au départ, il s'agissait d'une provocation philosophique. À partir des années 1960 et 1970, et plus particulièrement dans les années 1970 et 1980, des gens se réunissaient lors de colloques, discutaient de choses exotiques voire farfelues, puis ont commencé à exercer une influence sur des pans toujours plus vastes de l'enseignement; enfin, les étudiants formés au postmodernisme se sont retrouvés à la tête de l'État.

Même si cela demeurait cantonné à la philosophie, aux études culturelles et à l'histoire de l'art, la perversion devenait discrètement la norme. Deleuze (photo), le principal théoricien du postmodernisme, proposait un tournant vers les "masses schizo": selon lui, la schizophrénie était une bonne chose, tandis que la mauvaise chose, c'était la paranoïa — c'est-à-dire la rationalité rigoureuse. Ce qui était bon, au contraire, c'était l'individu fragmenté, éclaté en états multiples et même en organes qui ne s'accordent pas les uns avec les autres; il estimait que cette forme de schizophrénie était propre aux masses. Peu à peu, ces principes ont pénétré la haute politique. Beaucoup ont écarté la question d'un revers de main: ce n'est qu'un exposé d'intello, un vidéoclip, une métaphore; cela n'abolit pas la normalité. Or, tout l'enjeu réside précisément dans l'abolition de la normalité. Une personne est soit normale, soit elle ne l'est pas. Au départ, l'idée était qu'il fallait traiter les personnes anormales avec respect et ne pas les humilier — et cela est juste, bien évidemment. Les traiter avec la bienveillance du thérapeute ou de la personne charitable est une chose. Inverser la norme et promouvoir la pathologie, puis remettre le pouvoir à cette pathologie, en est une autre.

Tel est le sens de la philosophie postmoderniste aujourd'hui incarnée par la CDU et la CSU, par les responsables politiques britanniques et par les dirigeants de l'Union européenne: tout le pouvoir doit être donné au vice, à la folie, à l'idiotie, à la dysgénie et à la dégénérescence — le triomphe est esthétiquement mis en scène par des dégénérés, le tout étant présenté comme une nouvelle démocratie. Tout le monde affirme pourtant que ce n'est pas sérieux. Puis survient un Merz, un Starmer ou un Boris Johnson — amas de matière négligée, toujours débraillé, chemise hors du pantalon et lacets défaits, qui cahote à travers le monde tel un colis froissé, influe sur le cours d'une guerre et distribue des promesses aux nazebroques ukrainiens. Tout cela serait comique et absurde si ce n'était pas imprégné d'un appel à la guerre et si cela ne se transformait pas en crimes sanglants.

Durant toutes ces années, l'Occident a montré de plus en plus ouvertement cette facette de lui-même, conçue et mise en place depuis longtemps — et ce n'est que maintenant que le citoyen ordinaire commence à comprendre que quelque chose ne va pas. Il est peut-être trop tard. Les dissidents seront privés d'accès à la Bundeswehr, et les élections en Mecklembourg seront déclarées irrégulières sous prétexte d'"ingérence russe". Il suffira de produire une photographie: un homme marchant sur les rives de la Baltique et qui a l'air russe — qui est en bonne santé, blanc, accompagné de sa femme, de son enfant et de son chien. Qu'il soit russe ou non, en bonne santé ou non, et même qu'il ait réellement existé ou non, importe peu. Les journaux publieront la photographie sous la légende "les Russes arrivent", et, pour le dégénéré, cet argument suffira à annuler l'élection. C'est ainsi que le système est organisé, et ils ont eu recours à cette méthode plus d'une fois.

Ainsi, si l'on demande dans l'abstrait laquelle de ces deux formes de démocratie l'emportera, je pense que ce sera la nouvelle. Tel est l'avenir qu'ils ont planifié. L'ancienne démocratie n'a pas encore pleinement compris que la dysgénie, la dégénérescence et les valeurs non traditionnelles sont tout ce qu'il reste à la nouvelle démocratie à avaler et à annihiler. Et ce n'est pas une question. C'est un ordre, et un ordre ne se discute pas: c'est ainsi que cette société est construite. Nous connaissons mal l'Occident contemporain, raison pour laquelle nous sommes surpris que quiconque puisse voter pour un tel programme. En réalité, ceux qui ne voteront pas pour la nouvelle démocratie seront privés du droit de vote et envoyés en "rééducation" — dans des colonies spéciales où le changement de sexe sera obligatoire. Voilà comment tout cela finira.

Ce qui se passe est grave. Cela ne touche pas seulement la culture de l'Occident, mais aussi sa politique et son économie. L'Europe détruit sa propre économie de ses propres mains — et elle s'en réjouit. Les gazoducs qui ont explosé ne représentaient pas seulement notre argent; ils représentaient aussi l'argent des Allemands. Après avoir ruiné leur secteur énergétique et leur économie, ils décident que c'est ainsi que les choses doivent être. Il ne peut en aller autrement lorsqu'on a affaire à une Furie. Et, dans l'est de l'Allemagne, beaucoup refusent de dire "miaou" et "ouaf" sur l'ordre de Merz — cette demi-caricature d'homme, moitié cabaret des minorités, moitié Tarantino. Certains ont déjà cédé; d'autres non. Et il faut se préparer à la probabilité que, dans l'Occident, la nouvelle démocratie l'emporte. C'est à elle que nous devrons avoir affaire.

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Le mouvement LGBT et toutes les perversions, y compris celles montrées sur des photographies de responsables politiques de gauche de la République fédérale d'Allemagne, sont catégoriquement interdits dans la Fédération de Russie.

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