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🇺🇸 25/09/2026 ssofidelis.substack.com  7min ⁑️ #327863

Stop à la guerre en Iran de Donald, le « roi fou »

Stop à la guerre en Iran de Donald, le "roi fou"

Par  Jeffrey Sachs, le 25 septembre 2026

Lettre ouverte aux membres du Congrès américain.

Chers membres du Congrès,

Dans des propos véritablement délirants adressés aux dirigeants mondiaux à l'ONU,  Donald Trump a déclaré :

"J'ai une décision importante à prendre, celle de négocier un accord avec l'Iran" ou, au contraire, d'"anéantir la République islamique" et de précipiter l'Iran "dans un enfer 'sans espoir de survie'".

Il a présenté ce choix comme une décision personnelle. Que le peuple américain soit farouchement opposé à la guerre de Trump n'a strictement aucune importance. Quant aux électeurs, il a ajouté qu'il n'accorde "absolument aucun crédit" aux prochaines  élections de mi-mandat pour décider de ses actions et du sort de l'Iran.

Rien ne contraint ce président. Il n'est lié ni par la loi, ni par la Constitution, ni par la Charte des Nations unies, ni par l'opinion publique nationale ou internationale. Lorsqu'on lui a demandé en début d'année s'il existe des limites à son pouvoir,  il a répondu :

"Oui, il y en a une. Ma propre morale. Mon intelligence. Elles seules peuvent m'arrêter".

Trump a ouvert son discours en évoquant le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, saluant la liberté américaine. Or, le fait est que l' autoritarisme de Trump dépasse de loin celui du roi George III, contre lequel les colonies s'étaient rebellées. Parmi les accusations portées par les Pères fondateurs contre le "roi fou" George, figurait celle-ci :

"Il a cherché à rendre l'armée indépendante du pouvoir civil et à la faire prévaloir sur celui-ci".

Pourtant, notre propre roi fou a décidé que la survie de toute une civilisation est entre ses seules mains.

Trump s'enhardit dans son mépris du Congrès parce que ses membres républicains ont abdiqué leurs responsabilités constitutionnelles, terrifiés par leur propre président, et ont abandonné leurs électeurs au profit des avantages électoraux offerts par l' AIPAC et le  complexe militaro-industriel.

La Constitution est sans ambiguïté quant à la responsabilité du Congrès. L'article I, section 8, attribue au Congrès, et non au président, le pouvoir exclusif de déclarer la guerre. Ce n'est ni un choix ni une option. La Constitution ne dit pas que le Congrès peut faire le mort et laisser le président déclarer la guerre. Les Pères fondateurs ont fait ce choix délibérément, car ils rejetaient explicitement le pouvoir d'un roi de mener la nation à la guerre.

Dans le Fédéraliste n° 69, Hamilton a assuré au public que les pouvoirs de guerre du président seront bien moindres que ceux du monarque britannique. Madison a clairement énoncé ce principe dans une lettre adressée à Jefferson en 1798 :

"La Constitution part du principe, comme le démontre l'histoire de tous les gouvernements, que le pouvoir exécutif est la branche du pouvoir la plus encline à la guerre et la plus susceptible d'y recourir. C'est pourquoi elle a, avec un soin minutieux, confié la question de la guerre au pouvoir législatif."

La conception minutieuse des Pères fondateurs a été bouleversée par la soumission anticonstitutionnelle des membres républicains du Congrès à Trump et au complexe militaro-industriel-numérique. Et oui, sous les présidents démocrates, la plupart des membres démocrates du Congrès ont également fermé les yeux lorsque ces présidents ont choisi d'entrer en guerre.

La guerre contre l'Iran est une folie de Trump, certes, mais aussi une honte pour le Congrès qui n'a pas cherché à l'empêcher. C'est une guerre sans objectif qui a causé des souffrances massives en Iran, des dépenses directement liées s'élevant à des dizaines de milliards de dollars, et des dégâts colossaux aux bases militaires américaines dans huit pays du Moyen-Orient.

Le blocus du détroit d'Ormuz a fait flamber les prix mondiaux et américains du  pétrole, du gaz, des engrais et plus encore. Et le monde a bien pris note que l'Iran peut résister à l'agression américaine, même au prix de grands sacrifices pour le peuple iranien et la région.

Le champ de bataille de l'IA tant vanté par les États-Unis a été démasqué de la manière la plus terrible qui soit. Le premier jour de la guerre, un missile américain a frappé une école primaire de filles, tuant plus de 150 personnes, pour la plupart des fillettes âgées de sept à douze ans, et l'enquête menée par l'armée elle-même aurait conclu qu'un recours excessif à l' intelligence artificielle aurait contribué au ciblage de ces victimes. Trump a rejeté la responsabilité sur "l'Iran, ou autre" et, sept mois plus tard, l'administration n'a présenté aucune conclusion, aucune excuse ni aucune indemnisation aux familles.

La menace du président d'anéantir un État membre des Nations unies, prononcée depuis la tribune de l'Assemblée générale, ont déshonoré Trump aux yeux du monde entier. Elle a également constitué une violation de l'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies, qui interdit toute menace de recours à la force contre un autre État. La quasi-totalité du monde est consternée.

Je vous écris car vous ne pouvez pas simplement fermer les yeux sur les agissements irresponsables de Trump en hochant simplement la tête en silence. Vous avez un devoir à accomplir, alors accomplissez-le. Le  Parti républicain, qui fait preuve d'une lâcheté crasse, doit trouver ne serait-ce qu'un minimum de courage pour dire à Trump : "Non, vous n'avez pas le pouvoir de détruire l'Iran. Toute guerre contre l'Iran dépend de nous, et nous ne vous soutenons pas. Nos électeurs veulent que cette guerre puisse prendre fin". Une nette majorité d'Américains s'oppose à cette guerre, et sondage après sondage, on constate que l'opposition à la guerre ne cesse de croître.

Quelques  républicains ont trouvé ce courage. La semaine dernière, trois nouveaux Républicains ont rompu les rangs pour soutenir l'arrêt de la guerre. Leurs collègues doivent suivre.

Beaucoup d'entre vous reçoivent des contributions de campagne de la part de sous-traitants militaires et d'entreprises  technologiques profondément impliquées dans la guerre. Beaucoup d'entre vous acceptent l'argent de l' AIPAC, qui défend cette guerre que Netanyahu a tant contribué à déclencher. Cette situation doit cesser, car elle constitue un manquement à votre devoir constitutionnel et une violation de votre serment.

Le Congrès détient le pouvoir budgétaire. L'exercice fiscal se termine le 30 septembre, et chaque projet de loi finançant le  Pentagone est pour vous l'occasion d'interdire le financement d'opérations offensives non autorisées contre l'Iran.

La voie à suivre pour les États-Unis est simple. Le Congrès doit couper les vivres, et les États-Unis doivent mettre fin à toute nouvelle attaque et rentrer chez eux. Nous n'avons besoin d'aucun accord avec l'Iran ni avec qui que ce soit d'autre pour mettre fin à la guerre que nous avons déclenchée. En y mettant un terme, vous rétablirez immédiatement un peu de stabilité et de sécurité sur les marchés énergétiques mondiaux, dans l'approvisionnement alimentaire et sur les prix auxquels sont confrontés les Américains et le reste du monde.

Quel déclin pour l'Amérique depuis les heures glorieuses où John F. Kennedy se tenait à cette même tribune de l'ONU le 20 septembre 1963, après avoir négocié le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires avec l'Union soviétique ! Il déclarait aux dirigeants réunis que ce traité peut faire office de levier, et on raconte qu'Archimède, en expliquant les principes du levier, aurait déclaré à ses disciples : "Donnez-moi un point d'appui, et je déplacerai le monde".

Chers concitoyens de cette planète : prenons position ici, au sein de cette Assemblée des nations. Et voyons si, aujourd'hui, nous pouvons faire évoluer le monde vers une paix juste et durable.

Chers membres du Congrès, pour sauver l'honneur de notre nation et notre Constitution, vous devez accomplir votre devoir en mettant fin à cette guerre et en stoppant la mainmise éhontée, destructrice et anticonstitutionnelle de Trump sur le pouvoir.

Respectueusement,
Jeffrey D. Sachs
Professeur d'université, Université de Columbia

Traduit par  Spirit of Free Speech

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