💰 23/09/2026 les-crises.fr  6min ⁑️ #327596

Palantir n'a payé aucun impôt fédéral sur le revenu. Son taux d'imposition mondial n'est que de 1,4 %

La tristement célèbre entreprise de surveillance a versé 22,7 millions de dollars d'impôts sur les sociétés à l'échelle mondiale tout en engrangeant 1,6 milliard de dollars de bénéfices.

Source :  Brett Wilkins, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Alex Karp, PDG de Palantir, invité de l'émission "The Claman Countdown" dans les studios de Fox Business Network à New York, le 27 juillet 2026. John Lamparski / Getty Images

Palantir Technologies, l'une des entreprises de technologies de surveillance les plus influentes - et les plus controversées - au monde, a bénéficié d'un taux d'imposition effectif mondial de seulement 1,4 % l'année dernière. Elle n'a payé aucun impôt fédéral américain sur le revenu malgré des bénéfices substantiels, selon une analyse publiée mercredi.

L'étude, intitulée Who Pays for the Surveillance State ? (Qui finance la surveillance d'Etat?), a été réalisée par le Center for International Corporate Tax Accountability and Research (CICTAR) en partenariat avec la Fédération syndicale européenne des services publics. Le rapport "examine comment Palantir décroche des contrats publics toujours plus importants tout en ne payant aucun impôt fédéral américain sur les sociétés et en rapatriant aux États-Unis une grande partie de ses bénéfices réalisés à l'étranger, échappant ainsi à l'impôt en Europe".

"En 2025, l'entreprise a déclaré un bénéfice avant impôt de 1,657 milliard de dollars, a comptabilisé 22,7 millions de dollars d'impôt sur les sociétés payé à l'échelle mondiale et a versé 0 dollar d'impôt fédéral sur le revenu aux États-Unis, ce qui se traduit par un taux d'imposition effectif mondial de seulement 1,4 %", a constaté le CICTAR.

"L'affirmation centrale du rapport concernant le transfert de bénéfices repose sur le décalage entre la localisation des revenus et celle des bénéfices : 26 % du chiffre d'affaires de Palantir provenait de l'étranger, alors que 96 % du bénéfice avant impôt a été comptabilisé aux États-Unis", indique l'analyse.

"L'administration Trump a non seulement attribué à Palantir des contrats d'un montant record, mais elle orchestre également une opération mondiale de protection visant à aider l'entreprise - ainsi que d'autres géants technologiques américains - à échapper à l'impôt, tant aux États-Unis qu'à l'étranger", soutient le rapport.

"En Europe, le rapport met en évidence un schéma où des filiales fournissent des services à la société mère américaine selon une tarification de type"coût majoré"(cost-plus), laissant de faibles marges imposables au niveau local, tandis que les paiements entre entités liées rapatrient la valeur vers les États-Unis", a ajouté le CICTAR.

Palantir affirme se conformer aux lois fiscales en vigueur dans toutes les juridictions où elle opère. Les représentants de l'entreprise ont déclaré que les accords de prix de transfert et autres pratiques comptables critiqués sont courants parmi les multinationales et respectent la réglementation actuelle.

La forte croissance du chiffre d'affaires de cette entreprise basée à Palo Alto (Californie) est en partie portée par les contrats publics, le département de la Défense des États-Unis étant le plus important client de ce spécialiste de l'analyse de données. Palantir joue également un rôle clé dans la répression brutale menée par l'administration Trump contre les immigrés, en fournissant des technologies utilisées par les agences du département de la Sécurité intérieure - notamment l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) - pour identifier, suivre et cibler des personnes en vue de leur arrestation et de leur expulsion, ainsi que pour gérer leurs dossiers.

Palantir a également suscité l'attention de législateurs démocrates américains, notamment le sénateur Ron Wyden (Oregon) et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez (New York). Ces derniers ont exigé des explications après la publication, l'année dernière, d'informations révélant que l'entreprise "accumulait des quantités massives de données sur les Américains afin de créer une"méga-base de données"intergouvernementale et interrogeable, contenant des informations sensibles sur les contribuables américains".

Les défenseurs de la cause palestinienne ont également dénoncé Palantir et d'autres géants de la technologie pour la vente de leurs technologies au gouvernement et à l'armée israéliens, alors même que des organisations de défense des droits humains, des universitaires, des gouvernements nationaux et une commission d'enquête des Nations unies ont conclu qu'Israël commettait un génocide à Gaza.

Alex Karp, le milliardaire cofondateur et PDG de Palantir, a déclaré le mois dernier à CNBC : "Je suis le PDG qui soutient le plus ouvertement Israël. Je pense qu'Israël se trouve du côté du bien."

En Europe, des groupes de défense des droits ont exprimé leurs inquiétudes concernant les contrats de Palantir impliquant des dossiers médicaux sensibles, des systèmes de gestion de l'immigration et des outils d'analyse prédictive. Les militants soutiennent que les plateformes de données centralisées constituent des cibles privilégiées pour les détournements d'usage, les accès non autorisés ou les dérives vers des objectifs autres que ceux initialement prévus.

Le rapport du CICTAR conclut : "Les autorités publiques européennes devraient être en mesure d'exclure les entreprises qui perçoivent des fonds publics tout en transférant leurs bénéfices hors de l'assiette fiscale nationale - laquelle finance les services publics ainsi que la sécurité nationale que Palantir prétend défendre."

Réagissant à ce rapport, Andrea Egan, secrétaire générale d'UNISON (le plus grand syndicat du Royaume-Uni), a déclaré : "Qu'une grande multinationale cherche agressivement à éviter l'impôt et à se soustraire à son obligation de payer sa juste part n'a rien de surprenant. En revanche, le fait que le Royaume-Uni et d'autres pays récompensent Palantir en lui attribuant des contrats publics massifs est tout simplement ahurissant."

"Il est impératif de changer les systèmes qui permettent d'éluder l'impôt à une échelle industrielle", a-t-elle ajouté. "Des entreprises comme Palantir doivent s'acquitter de ce qu'elles doivent. Les géants de la technologie qui engrangent des milliards de bénéfices ne peuvent pas être libres de payer ce qui leur plaît. Les ministres ne devraient pas confier la gestion de services publics à des entreprises qui les privent de ressources financières."

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Brett Wilkins est rédacteur pour Common Dreams.

Source :  Brett Wilkins, Truthout, 07-08-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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