🧠 13/09/2026 euro-synergies.hautetfort.com  10min #326540

La signification politique du Xxe siècle

La signification politique du XXe siècle

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine examine la lutte idéologique entre le libéralisme, le communisme et le fascisme au XXe siècle...

Dans cet extrait du livre Politica Aeterna: le platonisme politique et les Lumières obscures, Alexandre Douguine examine la lutte idéologique entre le libéralisme, le communisme et le fascisme au XXe siècle. Il soutient que la victoire ultime du libéralisme a ouvert la voie à la postmodernité, à la mondialisation et à l'érosion des identités collectives, tout en créant les conditions de l'émergence de la Quatrième Théorie politique.

La Quatrième Théorie politique est une matrice conceptuelle qui décrit la possibilité d'une alternative à la tendance politique devenue dominante à l'époque moderne. Elle apparaît lorsque la postmodernité s'établit pleinement sur le terrain de la philosophie politique. C'est alors que se dévoile la vérité de la modernité — c'est-à-dire la nature des Lumières obscures, auxquelles la Quatrième Théorie politique s'intéresse directement. Tant que l'essence du moderne demeurait dissimulée et que sa stratégie ontologique et anthropologique fondamentale se répartissait entre trois branches, la Quatrième Théorie politique ne pouvait exister, car l'issue de la lutte entre les trois théories politiques de la modernité dépendait de l'élucidation de son essence la plus profonde. Or, la Quatrième Théorie politique correspond précisément à cette essence — à cette vérité dans l'abîme (la matière) dont parlait Démocrite. Par conséquent, pour décrire en profondeur la Quatrième Théorie politique, il est nécessaire de se pencher de nouveau sur la modernité et sur la dialectique de l'affrontement entre les trois principales théories politiques qui lui sont inhérentes.

Répétons-le: les trois grandes idéologies politiques de l'époque moderne — le libéralisme, en tant que Première Théorie politique; le communisme, en tant que Deuxième Théorie politique; et le nationalisme, en tant que Troisième Théorie politique — épuisent et incarnent, pour l'essentiel, tous les aspects du paradigme même de la philosophie politique moderne. Comme nous l'avons indiqué précédemment, le sujet philosophique de la modernité est conçu différemment dans chacune des trois théories politiques: comme individu dans le libéralisme, comme classe dans le communisme, et comme État et comme race, respectivement, dans le fascisme et le national-socialisme.

Ces conceptions politiques se sont affrontées au XXe siècle et ont prédéterminé la structure des guerres mondiales, de la guerre froide, des alliances, des unions et des blocs. Si la Première Guerre mondiale fut un affrontement entre plusieurs grandes puissances nationales européennes, la Seconde Guerre mondiale fut déjà un affrontement entre les trois forces idéologiques: les libéraux, représentés par l'Occident — les États-Unis et l'Angleterre —, les communistes, représentés par l'URSS, et les nazis et fascistes, représentés par l'Italie de Mussolini et l'Allemagne de Hitler, ainsi que par d'autres mouvements qui leur étaient proches.

Ainsi, après la défaite de la Troisième Théorie politique — le fascisme et le national-socialisme —, il ne resta plus que deux théories politiques, la Première et la Deuxième. Une guerre froide se développa entre elles, jusqu'à ce que la Première Théorie politique — le libéralisme — triomphe de la Deuxième — le communisme — en 1989, puis définitivement en 1991.

Toute l'histoire de la modernité a été marquée par ces trois théories politiques, qui incarnaient la matrice même de la philosophie politique des Temps modernes. Toutes obéissaient à la logique de la philosophie politique de la Mère: elles étaient toutes matérialistes, évolutionnistes et progressistes; elles envisageaient toutes la structure du monde du bas vers le haut, plutôt que du haut vers le bas. Autrement dit, elles avaient été élaborées sur le fondement d'une doctrine matérialiste immanente.

Par conséquent, l'ordre dans lequel elles apparurent et celui dans lequel elles disparurent — ou furent marginalisées — reflétaient eux aussi une certaine logique, car le combat entre les trois idéologies politiques visait à déterminer laquelle d'entre elles correspondait le plus étroitement au paradigme de la modernité, à sa vérité. Le communisme prétendait contenir cette vérité, en se présentant comme la société socialiste et communiste appelée à être édifiée après l'achèvement du cycle historique du capitalisme. Le libéralisme se concevait lui aussi comme une expression de la modernité en tant que telle. Mais — et cela est moins évident — le fascisme se considérait également comme une doctrine révolutionnaire reflétant l'esprit de la modernité, quoique dans un autre contexte, selon d'autres proportions et avec des valeurs différentes de celles du libéralisme et du communisme.

Quoi qu'il en soit, les trois idéologies luttaient pour être celle qui incarnerait l'esprit de la modernité. Chacune se considérait comme étant la modernité. Après la défaite du nazisme, seules deux idéologies — le libéralisme et le communisme — se disputèrent ce droit; après 1989-1991, il apparut que le libéralisme avait remporté cette longue bataille.

Autrement dit, parmi les trois théories politiques du paradigme moderne, une seule s'est révélée véritablement paradigmatique. C'est à cela que se rattachent le processus de mondialisation et l'universalisation de l'idéologie libérale, désormais devenue l'idéologie mondiale et la seule à avoir triomphé au cours du déploiement de l'histoire politique. En d'autres termes, elle a remporté la victoire en Occident et, en raison de l'influence fondamentale exercée par celui-ci, s'est largement diffusée à travers le monde.

Il existe ici un lien direct avec l'affirmation de Francis Fukuyama relative à «la fin de l'histoire». «La fin de l'histoire» désigne la victoire finale et irréversible du libéralisme sur ses rivaux. Après 1991, le libéralisme ne fut plus l'une des trois idéologies: il devint l'idéologie de la modernité elle-même.

À l'origine, le capitalisme — le libéralisme — se considérait comme l'incarnation de l'esprit de la modernité, mais cela n'avait rien d'évident pour quiconque, hormis pour les représentants du libéralisme eux-mêmes. Cette prétention fut contestée par les communistes et les fascistes et, en principe, le différend entre les trois théories politiques ne fut tranché que quelques siècles plus tard. À chaque étape demeurait la possibilité que les événements politiques prennent une autre tournure — et le communisme revendiqua sérieusement le statut d'incarnation de la modernité et de formule idéologique de la «fin de l'histoire». À un certain moment, les succès de l'Allemagne hitlérienne furent si impressionnants qu'il a fort bien pu sembler que ce serait le nazisme qui déterminerait le fondement idéologique de l'avenir.

Ce n'est qu'à la fin du XXe siècle que la matrice inconditionnelle de l'histoire politique mondiale s'est pleinement réalisée, lorsque l'esprit de la modernité a triomphé sous la forme du libéralisme. Le libéralisme a défendu son droit à être non pas simplement une idéologie, mais l'Idéologie avec un grand "I". Ainsi, la Première Théorie politique de la modernité devint également la dernière, la théorie définitive. C'est de la victoire du libéralisme qu'est née la philosophie politique de la postmodernité. Corrélativement, le triomphe de l'individu en tant qu'atome nous a permis de passer au niveau subatomique.

Le vainqueur de la rivalité entre les trois versions idéologiques de la modernité fut ainsi désigné. Et pratiquement à la même époque, le libéralisme, devenu dominant et sans rival, commença à révéler rapidement sa nature totalitaire. Dans le même temps, le changement de paradigme en direction de la postmodernité — dont les prémisses philosophiques avaient été élaborées quelques décennies auparavant, mais qui commença à acquérir une dimension pratique dans le domaine politique au cours des années 1990 — s'engagea avec une accélération constante. Simultanément, une vague de politiques du genre et de politiques écologiques se développait également, annonçant l'essor du «libéralisme obscur».

La modernité, victorieuse sous la forme du libéralisme, entra dans la postmodernité au cours d'une nouvelle étape — l'étape postlibérale. Mais cela ne fut possible que parce que toutes les formes d'identité collective — relevant du paradigme de la Tradition — ainsi que les définitions artificielles alternatives du sujet politique proposées par la Deuxième Théorie politique — la classe — et la Troisième Théorie politique — l'État et la race — avaient été abolies.

L'individu est affirmé par les libéraux comme la version ultime de l'atome humain le plus authentique et, par conséquent, comme le fondement philosophique et le sujet politique. Ce n'est qu'après la victoire de cette idéologie et le triomphe de l'individu humain — tels qu'ils s'expriment dans l'idéologie de la société civile, l'idéologie des droits de l'homme, l'idéologie de la mondialisation et celle du marché capitaliste libéral mondial, avec le passage de la politique mondiale à l'économie mondiale et l'abolition de l'histoire, comme l'écrivait Fukuyama — que la porte de la postmodernité s'est véritablement ouverte. Ce sont les libéraux qui l'ont ouverte et, par conséquent, dans le paradigme des «Lumières obscures», c'est au «libéralisme obscur» que revient la primauté doctrinale et épistémologique.

Une fois l'atome confirmé comme le moment fondamental de l'être, tout mouvement ultérieur s'est orienté vers le niveau subatomique. C'est à cela qu'est liée la phénoménologie de la postphilosophie politique, autrement dit la philosophie politique de la postmodernité.

Ainsi, sans la victoire du libéralisme, celle de la postmodernité n'aurait pas été possible. Pour être plus précis, la postmodernité aurait théoriquement pu revêtir une autre forme — communiste, plus vraisemblablement, ou fasciste, de manière moins probable. Toutefois, le bilan idéologique du XXe siècle est sans ambiguïté: la postmodernité politique repose sur la domination absolue acquise par l'idéologie libérale, la Première Théorie politique, qui a totalement vaincu la Deuxième et la Troisième.

Tel est, dans ses grandes lignes, le contexte dans lequel se construit la société globale. La société globale n'est pas encore une réalité: elle constitue un projet. Elle existe néanmoins en tant que «concept» et correspond à un concept analogue, celui de «l'Occident global». Lorsque nous parlons de «l'Occident», nous ne désignons pas seulement l'Occident géographique, mais aussi, par exemple, le Japon et même le littoral pacifique de la Chine, où prédominent les modèles occidentaux dans les domaines de l'économie, de la culture et de la société, ainsi que certains pays de la région Pacifique qui suivent la voie occidentale du développement — Singapour, Taïwan, etc. « L'Occident » est à la fois global et idéologique.

Certes, l'Occident n'a pas encore entièrement pénétré la chair et le sang de toutes les sociétés, de tous les peuples et de toutes les civilisations; néanmoins, cette pénétration progresse à plein régime, par l'intermédiaire des marchés, des technologies, de la culture, de l'information, de l'économie, de la politique, etc. L'Occident n'est pas simplement un ensemble de puissances et de sociétés européennes et nord-américaines. Il est le processus même de mondialisation, de «postmodernisation» et d'extension progressive, à l'ensemble de la planète, des codes — et des stratifications, pour reprendre le terme de Deleuze et Guattari — propres à la culture euro-américaine ou euro-atlantique. Après la victoire décisive du libéralisme dans la guerre froide, le monde entier est devenu, en un certain sens, «l'Occident», c'est-à-dire un espace où s'opère une territorialisation/déterritorialisation correspondant précisément au code libéral de l'«agencement».

Par conséquent, le programme qui oriente aujourd'hui les processus globaux de la politique mondiale est celui de la domination du libéralisme et de l'affirmation de sa victoire à l'échelle planétaire, de l'élimination des États-nations — comme nous le constatons en Europe — et de la destruction de toutes les formes d'identité collective — nation, religion, genre, etc.

Au cours de cette phase, la modernité achève la destruction des symétries verticales et des identités collectives organiques qu'elle avait entreprise lorsque commença à se dessiner le passage de la société traditionnelle — platonisme, aristotélisme et religion — à la société moderne — matérialisme, démocratie et sécularisme.

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