🧠 09/09/2026 dedefensa.org  7min #326124

 Le mirage du luxe et le piège du désir à l'ère du « capitalisme tardif »

La stratégie folle du « capitalisme tardif »

 Ouverture libre  
• Ce qu'on nomme le "capitalisme tardif" entretient avec une brutalité extrême la souffrance psychologique du "vouloir sans pouvoir". • Certains, comme Giovanni Balducci dont on publie une rapide analyse, estime que nous nous trouvons ainsi dans une "prison invisible où la société accepte de vivre chaque jour". • Mais nous constatons que ces excès monstrueux du "capitalisme tardif" créent des tensions et des colères qui ne cessent de le menacer de plus en plus. • D'où la GrandeCrise, qui se nourrit de cette folle stratégie.

Dans un texte récemment paru (dans ' geopoliticaesistemi.com', repris en français le 5 septembre dans ' euro-synergies.hautetfort.com'), l'auteur italien Giovanni Balducci donne une rapide et juste analyse de ce que nous nommerions la "stratégie" du "capitalisme-tardif" en exposant comme principaux moyens d'action le "mirage du luxe" et le "piège du désir". Il y a longtemps que ces moyens sont connus et ont déjà été diversement exposés, mais souvent dans le désordre, c'est-à-dire sans former une véritable stratégie. Désormais, et cela avec l'aide de certains facteurs de la communication qu'il exploite et certains aspects du développement de la globalisation, on peut effectivement identifier une stratégie. Son problème est que son efficacité (de son point de vue, bien entendu) est à double effet ; de plus en plus négatif à mesure qu'elle prétend grossir démesurément dans un sens "positif", - les deux effets étant strictement liés et en développement strictement parallèle, avec des effets psychologiques en confrontation permanente et antagoniste jusqu'à une situation crisique explosive.

Le titre que donne Balducci à son analyse, - que nous allons ensuite apprécier, - est hautement suggestif : "Le mirage du luxe et le piège du désir à l'ère du"capitalisme tardif"". Nous donnons en effet le texte avant notre commentaire, selon une méthode différente du classique arrangement d' 'Ouverture libre' que nous utilisons désormais épisodiquement, surtout quand les textes cités sont courts et que leur exposé préliminaire permet de mieux apprécier.

"Mirage du luxe et Piège du désir

"Le capitalisme tardif a pleinement révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine: un processus d'oppression totale qui, à bien des égards, rappelle, de manière symétrique et opposée, les dérives autoritaires du socialisme réel.

"Nous vivons immergés dans une surabondance omniprésente d'images de bien-être et de luxe effréné qui, à y regarder de près, ne sont accessibles qu'à un cercle extrêmement restreint de privilégiés. Ce qui entoure désormais la vie quotidienne des individus, ce ne sont que des simulacres de richesse, tandis que l'ensemble de la population connaît un appauvrissement constant et une réduction drastique de son pouvoir d'achat.

" Ce contexte économique et social ne se limite pas à la compression matérielle des salaires: il se nourrit également d'une stratégie de contrôle plus subtile. Les situations d'urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d'éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales.

"Dans la philosophie bouddhiste, l'une des situations psychologiques les plus douloureuses, associée aux royaumes inférieurs de l'existence ou aux enfers, réside précisément dans la torture de vouloir sans pouvoir: le désir ardent de quelque chose, allié à l'impossibilité absolue de l'obtenir.

" Le système capitaliste contemporain a fait de ce tourment existentiel le moteur ultime de son économie et de sa publicité. Il tapisse notre existence de stimuli visuels, d'écrans et de vitrines numériques présentant un mode de vie clinquant comme s'il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible.

"Il déclenche ainsi un court-circuit dévastateur: alors que, dans la vie réelle, nous nous appauvrissons matériellement, on nous invite dans le même temps à poursuivre des standards inaccessibles, nous soumettant à une frustration psychologique constante. Nous voyons sans cesse le bien-être brandi sous nos yeux, tout en étant maintenu hors de portée de nos mains. C'est la logique infernale décrite dans le célèbre monologue d'Al Pacino dans L'Associé du diable:"Regarde, mais ne touche pas; touche, mais ne goûte pas; goûte, mais ne savoure pas...".

" Le véritable chef-d'œuvre de ce modèle socio-économique ne consiste pas seulement à dépouiller les individus de leurs ressources économiques, mais aussi à coloniser l'imaginaire collectif, en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible dans laquelle la société accepte de vivre chaque jour. Tout bien considéré, même un véritable misanthrope n'aurait pas su concevoir de meilleur système pour punir les hommes. "

De la provocation à la colère

En fait, ce"capitalisme"à destin"tardif"a toujours fonctionné de cette façon, entre"mirage"et"désir". Mais, en devenant"tardif", c'est-à-dire hypermoderniste, exacerbé, sans mesure ni équilibre, il a largement transformé le mirage en provocation et le désir en colère et s'est lui-même mis en état d'agonie apocalyptique transformée en  GrandeCrise. Ce que décrit Balducci existait largement au XIXème siècle et même au XXème siècle, où il s'était avéré supportable et en général d'une certaine structuration assurant sa stabilité. Toutes les révolutions se cassèrent le nez sur lui. Mais avec l'incursion de l'hypermodernité et de la communication débridée (qui peut aussi bien servir ses adversaire,  Ô Janus) il a perdu complètement cette stabilité en se déstructurant très rapidement, ayant

"révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine.

"Les situations d'urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d'éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales."

Cette remarque, tout à fait juste en théorie dans l'esprit débile des capitalistes tardifs, suscite exactement son contraire. La réductions des espaces de démocratie et des protections sociales, si elle nous permet de critiquer ce fameux capitalisme en en désignant sa pourriture jusqu'à l'os, l'a en fait privé de deux de ses principaux alliés : le simulacre démocratique et la légende des syndicats, chargés en réalité de maintenir un bon ordre dans les rangs des plus démunis.

Quant aux "situations d'urgence", elles provoquent surtout des crises et des guerres où le capitalisme-tardif s'il fait des bénéfices (de toutes les façons, la planche à billets est là), achève de pourrir sur place et de renforcer d'une façon drastique l'esprit et la volonté de la dissidence et de l'opposition. On sait que "dissidence" et "opposition" sont contrôlées selon les analystes antiSystème qui se piquent de lucidité sarcastique, mais on devrait aussi savoir que le contrôleur a complètement perdu la tête et fait n'importe quoi. Il arrive à pousser l'AfD à 44%, à faire de la Russie et de la Chine (dont les États ne cessent de resserrer leur contrôle sur leurs propres capitalismes, différents du nôtre) les premières puissances militaire et économique respectivement. Beau résultat.

Pour le reste, les admirateurs du mirage pleins de désirs inaccessibles sont aujourd'hui de bien mauvaise humeur et les milliardaires-tardifs et déchaînés s'enferment dans des forteresses avec une armée de gardes du corps qui ne valent pas mieux que les services de sécurité de Louis XVI.

"Le rêve se transforme, comme s'il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible [...] déclenchant ainsi un court-circuit dévastateur [...] en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible où la société accepte de vivre chaque jour..."

Et pourtant, non, comme on a vu plus haut et pour en conclure là-dessus. Au contraire, la société accepte de moins en moins "cette prison invisible", justement sous la pression de cette "situation psychologique si douloureuse" que provoque le "vouloir sans pouvoir". Vendeur de rêves-bidons et adepte de la torture ("la torture de vouloir sans pouvoir"), le capitalisme-tardif n'obtient que des résultats mensongers de la victime, comme la torture suscite en général, et fait naître à chaque occasion de nouveaux résistants.

Seul le capitalisme-tardif pouvait arriver à ce résultat puisque la stratégie qu'il a choisi suit en vérité la méthodologie selon laquelle, - surprise, surprise, - la surpuissance produit l'autodestruction.

Mis en ligne le 9 septembre 2026 à 18H45

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