🌎 02/09/2026 ssofidelis.substack.com  7min #325279

Quelques petits larcins

Par  Binoy Kampmark, le 1er septembre 2026

Trump vole le pétrole du Venezuela.

Lorsque l'administration Trump a kidnappé le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse le 3 janvier, elle a ouvertement incité à la violation du droit international. On a assisté à un acte d'impunité crasse, d'appropriation brutale et de pillage effréné : l'enlèvement d'un dirigeant souverain en exercice sur la base d'accusations fantaisistes de narco-terrorisme, une violente atteinte à l'inviolabilité territoriale d'un État garantie par l'article 2 de la Charte des Nations Unies, et l'exigence que le Venezuela se plie aux objectifs de Washington dans une vulgaire réitération de la doctrine Monroe. L'enjeu était clairement le pétrole.

Vers la fin du mois d'août, le président Donald Trump était d'humeur enjouée sur sa plateforme favorite, Truth Social. Dans un message, le président  a annoncé avoir conclu avec le Venezuela

"LE PLUS GRAND ACCORD PÉTROLIER DE L'HISTOIRE DU MONDE !"

Sous sa direction, le secrétaire d'État américain Marco Rubio et le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, en collaboration avec la présidente par intérim du Venezuela Delcy Rodriguez et

"en partenariat avec le secteur privé", ont obtenu "le contrôle majoritaire par les États-Unis de plus de 65 MILLIARDS DE BARILS de réserves pétrolières avérées au Venezuela, sans aucun coût pour le contribuable américain".

Cette revendication arrogante permettra de plus que doubler les réserves de pétrole des États-Unis (qui s'élèvent actuellement à 46 milliards de barils), d'augmenter les approvisionnements en pétrole et, surtout au regard des perspectives électorales des républicains, de

"faire baisser considérablement les prix des carburants pour tous les Américains à long terme, tout en contribuant à maintenir le Venezuela sur la voie d'un succès spectaculaire et d'une grande prospérité".

La présidente Rodriguez a tenté d'embellir ce qui peut être qualifié de véritable chienlit. D'une durée de 25 ans, cet accord respecterait la loi sur les hydrocarbures du pays et garantirait 100 milliards de dollars d'investissements, ainsi que 209,3 milliards de dollars en redevances et impôts. Elle s'est toutefois montrée peu loquace quant au montant des recettes fiscales générées par ces transactions.

Cette initiative pleine de suffisance est, comme bien d'autres issues de l'esprit et de la langue bien pendue de Trump, essentiellement composée d'une bonne dose de fiction. La première question est de savoir quand les bénéfices de cette opération de pillage se répercuteront sur l'économie américaine en temps opportun.

"À terme, les prix vont baisser", a  fait remarquer Trump dans le Bureau ovale. "Est-ce que cela se produira avant les élections ? Je ne peux pas vous le dire".

Les experts du secteur des matières premières sont à la fois sceptiques et enthousiastes. Patrick De Haan, responsable de l'analyse pétrolière chez GasBuddy,  a fait part de ses doutes au journal The Hill. Il se pourrait bien que les prix baissent "d'ici plusieurs années", mais cela semble peu probable à court terme. L'accord comporte, par exemple, des risques juridiques préoccupants et diverses autres incertitudes, mais s'il venait à se concrétiser,

"avec des investissements colossaux et une forte augmentation de la production pétrolière, cela pourrait avoir un impact considérable. Mais, encore une fois, les répercussions sur le prix du carburant ne se feront sentir que dans plusieurs années, et non dans quelques jours, semaines ou mois".

Ces observations rappellent naturellement les paroles accablantes de l'économiste John Maynard Keynes, consignées dans A Tract on Monetary Reform (1923) :

"Le long terme est un guide trompeur pour les affaires courantes. À long terme, nous serons tous morts".

Le prix du carburant baissera peut-être, mais à court terme, nous devrons nous contenter des analyses désinvoltes et souvent grotesques de Trump.

De nombreuses considérations expliquent pourquoi le long terme importe. Andy Lipow, de Lipow Oil Associates, nous  rappelle les infrastructures nécessaires pour que ce projet fonctionne.

"Il faudra une décennie pour moderniser le réseau d'infrastructures pour avoir un impact significatif sur le marché pétrolier", même s'il n'a pas voulu écarter la possibilité de "quelques améliorations progressives au cours des une ou deux prochaines années".

Porter la production de pétrole vénézuélien à des niveaux élevés pourrait coûter de l'ordre de 180 milliards de dollars américains, car

"une somme exceptionnelle [est nécessaire] rien que pour extraire le pétrole du sol et l'acheminer vers le marché avant même qu'il ne soit raffiné".

Cet accord présente toutes les caractéristiques brutes du capitalisme mafieux. L'administration Trump ne se montre pas vraiment loquace quant à la liste des partenaires commerciaux engagés, mais l'un des candidats, dont la réputation est notoirement entachée, n'est autre que North American Blue Energy Partners (NABEP), dirigée par l'investisseur vénézuélien Alejandro Betancourt. La société  prévoit d'installer six plates-formes de forage dans ses champs pétroliers vénézuéliens d'ici la fin de l'année, avec l'intention d'en déployer 12 autres en 2027. Le total prévu s'élève à 52. Conformément au goût de Trump pour les individus sordides et sans scrupules, Betancourt fait  l'objet d'une enquête pour avoir supervisé le détournement de 2 milliards de dollars américains au détriment de la compagnie pétrolière d'État Petróleos de Venezuela (PDVSA). Il a par ailleurs attiré l'attention des autorités espagnoles et suisses pour des faits présumés de blanchiment d'argent et de fraude fiscale. Malgré tous ces soupçons et interrogations, Betancourt bénéficie d'une  liberté quasi totale pour utiliser ses avions privés, flanqué d'une ribambelle de proches, de partenaires, d'investisseurs et d'associés issus des secteurs bancaire et minier.

Quant aux risques juridiques évoqués plus haut, ils sont difficiles à écarter. Cette transaction est-elle conforme à la Constitution vénézuélienne, puisque c'est Washington, et non Caracas, qui décide du modèle en jeu et des entreprises qui participeront à l'opération ? Trump se moque éperdument de ces subtilités juridiques, mais ce n'est pas le cas des partenaires commerciaux et investisseurs potentiels. Luisa Palacios, chercheuse associée au Center on Global Energy Policy de l'université de Columbia, est  très claire sur ce point :

"Si l'objectif est de réduire le risque lié à l'investissement au Venezuela, cette transaction risque fort d'être contre-productive pour les États-Unis, en affaiblissant davantage un cadre institutionnel américain déjà bien fragile".

Ed Chow, ancien cadre chez Chevron et chercheur senior non résident au Center for Strategic and International Studies,  ajoute :

"Dans un secteur à forts investissements et à long terme, l'incertitude freine les ardeurs. Parfois, elle peut même paralyser".

Si paralysie il y a dans toute cette affaire, elle ne tient certainement pas aux préoccupations morales des parties en présence. Quels que soient les profits, le clientélisme vénézuélien et l'initiative kleptocratique sont à l'abri.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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