25/08/2026 ismfrance.org  4min #324468

 La Palestine fait des adieux émus au peintre Sliman Mansour

La Palestine fait ses adieux à Sliman Mansour, l'artiste qui a peint la mémoire d'une nation, décédé à 79 ans

Quds News Network, 24 août 2026.- La Palestine pleure Sliman Mansour, l'un des artistes les plus aimés et les plus influents de son histoire, décédé à l'âge de 79 ans. Pendant plus de cinq décennies, Mansour a doté l'identité palestinienne d'un langage visuel, peignant la terre, le peuple et leur résilience avec une tendresse et une détermination qui ont rendu son œuvre indissociable du récit palestinien lui-même.

Sa famille a annoncé son décès sur son  compte Instagram certifié, peu après avoir fait savoir qu'il se trouvait dans un état critique. "Le dernier chapitre a été écrit", ont-ils écrit. "Le cœur lourd au-delà des mots, nous annonçons le décès de notre père bien-aimé." Ils ont évoqué une vie empreinte de beauté et de mémoire, ainsi qu'un héritage qui perdurera à travers tous ceux qu'il a touchés. Aucune cause de décès n'a été révélée, et les détails des funérailles seront communiqués ultérieurement.

Né à Birzeit, près de Ramallah, en 1947 - un an avant la Nakba -, Mansour a été une figure de proue de l'art palestinien pendant des générations. Ses peintures puisaient sans cesse leur inspiration dans les oliviers, la broderie, les visages des anciens et, surtout, dans Jérusalem, ville qui apparaissait dans son œuvre à la fois comme un lieu vivant et comme un objet de désir ardent. Il trouvait ses sujets dans les paysages et la vie quotidienne qui l'entouraient, transformant les éléments ordinaires de l'existence palestinienne en symboles durables d'appartenance.

Il était surtout connu pour Jamal al-Mahamel (Le Chameau du fardeau) (ci-dessous), une œuvre peinte dans les années 1970 représentant un vieux porteur palestinien portant la ville entière de Jérusalem sur son dos. Cette figure, lasse mais indomptée, a fini par incarner le sumud - le concept palestinien de résilience et de fermeté inébranlable. L'image a largement dépassé le cadre des galeries d'art, étant reproduite sous forme d'affiche accrochée dans les foyers palestiniens et les espaces publics du monde entier. Elle demeure l'une des images les plus emblématiques de tout l'art palestinien.

L'art de Mansour a toujours été indissociable de la résistance. Il racontait comment, en 1980, l'armée d'occupation israélienne avait fait fermer une exposition de ses œuvres à Ramallah au bout de trois heures, avant de le convoquer, lui et ses collègues artistes, pour les mettre en garde contre la peinture politique. Il se souvenait qu'on lui avait signifié l'interdiction de peindre le drapeau palestinien - et même d'utiliser ses couleurs (rouge, vert, noir et blanc) ; un officier israélien avait alors prévenu que même une pastèque représentée avec ces couleurs serait confisquée, donnant ainsi naissance au motif de la pastèque qui deviendrait plus tard un symbole mondial de la résistance palestinienne.

Il a fait de cet esprit de défi une véritable méthode de travail. Membre fondateur et dirigeant de la Ligue des artistes palestiniens, Mansour a cofondé le collectif "New Visions" durant la Première Intifada aux côtés de Vera Tamari, Tayseer Barakat et Nabil Anani ; ils boycottaient alors le matériel artistique israélien pour privilégier des matériaux issus de la terre elle-même, tels que la boue, le henné et les teintures naturelles. La boue est devenue un élément central de son œuvre : appliquée en couches sur des supports en bois et laissée à se fissurer en séchant, elle permettait à la terre même de Palestine d'incarner à la fois la fragilité et la résilience de son peuple.

Au-delà de ses propres toiles, Mansour a consacré sa vie à bâtir les fondations de l'art palestinien. Il a cofondé le centre d'art Al-Wasiti à Jérusalem-Est (sous occupation) en 1994 afin de préserver l'art palestinien et de créer des liens entre les artistes restés au pays et ceux en exil ; il a également contribué à la création de l'Académie internationale d'art de Palestine à Ramallah et a enseigné à toute une génération d'étudiants à l'université Al-Quds. Il a reçu plusieurs distinctions, dont le prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe et le prix de Palestine pour les arts visuels, et ses œuvres ont été exposées dans tout le monde arabe et au-delà.

Durant ses dernières années, alors même qu'un accident vasculaire cérébral survenu en 2021 avait affaibli sa main, Mansour a continué de se rendre dans son atelier de Ramallah, refusant de s'arrêter. Alors que se déroulait le génocide perpétré par Israël à Gaza, il confiait être hanté par des images insoutenables qu'il ne parvenait à exorciser que par la peinture. Il est demeuré, jusqu'au bout, un artiste témoin. Avec sa disparition, les Palestiniens ont perdu non seulement un maître peintre, mais aussi l'un des grands gardiens de leur mémoire collective - un homme qui a consacré sa vie à faire en sorte que le visage de la Palestine, sa terre, ses villes et son peuple ne soient jamais effacés de la toile du monde.

Article original en anglais sur  Quds News Network / Traduction MR

 ismfrance.org