25/08/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #324461

À Niamey, le Parlement de l'Aes veut donner un nouveau souffle à l'intégration sahélienne

Komla YAWO

L'Alliance des États du Sahel (AES) amorce une nouvelle phase dans la mise en place de ses institutions communes. Après avoir été créée principalement autour des enjeux sécuritaires, l'organisation réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger cherche désormais à consolider son projet politique et à renforcer son intégration. L'installation, lundi 24 août à Niamey, des 45 députés confédéraux marque ainsi un tournant dans cette évolution.

Quinze représentants de chacun des trois pays composent cette nouvelle assemblée. Leur première session doit permettre de définir les bases du fonctionnement du Parlement et de préciser son rôle au sein de la Confédération.

De la sécurité à une intégration politique

Créée en septembre 2023,  l'AES est d'abord née dans un contexte de fortes tensions sécuritaires et diplomatiques. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger souhaitaient renforcer leur coopération militaire et leur souveraineté face aux menaces auxquelles ils sont confrontés.

La  transformation de l'Alliance en Confédération, en juillet 2024, a cependant élargi les ambitions. Les trois pays veulent désormais coordonner leurs politiques dans plusieurs domaines : défense, diplomatie, économie, développement et infrastructures.

Le Parlement confédéral s'inscrit dans cette dynamique. Il doit permettre aux trois États de disposer d'un espace commun de discussion sur des questions dépassant les frontières nationales. À terme, les parlementaires pourront notamment se pencher sur le commerce, la circulation des personnes, les infrastructures, les investissements et l'harmonisation de certaines politiques publiques.

L'objectif est également de donner une dimension représentative à la Confédération. Jusqu'ici, la construction de l'AES a surtout été portée par les chefs d'État et les exécutifs. L'installation de députés doit désormais introduire une dimension parlementaire dans le processus.

Un Parlement aux pouvoirs encore limités

La création de cette institution constitue une avancée symbolique importante, mais sa portée réelle dépendra de ses prérogatives. Le Parlement confédéral n'est pas encore comparable à une assemblée supranationale disposant d'un véritable pouvoir législatif contraignant.

Son rôle sera notamment de délibérer, formuler des recommandations et contribuer à l'harmonisation des textes et politiques communes. La question de son influence sur les décisions des organes exécutifs reste donc essentielle.

Pour devenir une véritable institution d'intégration, le Parlement devra pouvoir porter les préoccupations des populations et participer réellement aux grandes orientations de la Confédération. Sa crédibilité dépendra aussi de sa capacité à dépasser le simple cadre protocolaire.

Les députés seront particulièrement attendus sur les questions concrètes qui préoccupent les citoyens : sécurité, emploi, commerce, mobilité, accès aux services sociaux et développement des infrastructures.

L'AES, le défi de passer des institutions aux résultats

C'est sans doute le principal enjeu auquel l'AES est désormais confrontée. La multiplication des institutions ne suffira pas à convaincre les populations de la pertinence du projet confédéral. Les trois États devront démontrer que leur rapprochement produit des résultats visibles.

Le contexte est particulièrement difficile. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger restent confrontés à une situation sécuritaire préoccupante et à d'importantes difficultés économiques. L'intégration devra donc répondre à des besoins concrets.

La présence à Niamey de délégations étrangères, notamment du Togo et du Tchad, montre également que le projet AES ne peut être analysé indépendamment du reste de l'Afrique de l'Ouest et du Sahel. Malgré les divergences politiques, les échanges commerciaux, la circulation des populations et les enjeux sécuritaires imposent de maintenir des relations avec les autres pays de la région.

L'installation des 45 députés constitue donc moins l'aboutissement que le début d'une nouvelle phase. L'AES cherche désormais à transformer une alliance principalement sécuritaire en un espace politique, économique et social intégré.

Le Parlement confédéral peut devenir un instrument essentiel de cette transformation, à condition de disposer d'une réelle capacité d'action et de représenter effectivement les aspirations des populations.

À Niamey, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont posé une nouvelle pierre à leur édifice commun. Le véritable test sera désormais de transformer cette architecture institutionnelle en résultats concrets pour les citoyens.

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