
par Aline de Diéguez
À l'heure où, face à un honteux silence des si morales "démocraties occidentales", seul le courageux gouvernement iranien rappelle le génocide de Gaza et la valeureuse résistance des Houthis du Yemen et du Hezbollah libanais.
Gaza, le pire lieu du monde, pire que l'enfer décrit par Dante, pire que tout ce que l'imagination la plus perverse a pu concevoir pour tourmenter un peuple. À part quelques petits glapissements timides pendant la phase la plus sanglante du génocide, Gaza est redevenu le trou de la mort et de la cruauté.
Et pourtant, il existe quelque part une Autorité palestinienne où un vieux Quisling qui règne sur des confettis cisjordaniens emmurés, est engagé depuis des décennies dans une véritable "économie des négociations" qui ressemble à la tapisserie de Pénélope, mais qui nourrit grassement toute une administration de conseillers, d'experts, de géomètres ou de secrétaires, véritables sangsues du budget de ce fantôme d'État. Il est donc urgent de remettre l'éléphant au milieu du salon.
En collaborateur conséquent, c'est contre les résistants d'une Cisjordanie composée d'une myriade de petits enfers dispersés que M. Abbas lance ses supplétifs armés, tout en mendiant des miettes aux uns et aux autres. Il se vante d'avoir empêché des prises en otage de soldats israéliens destinés à être échangés contre la libération des milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les geôles de l'occupant. Il se garde bien de protester contre l'enfermement dans des cages en plein air, et sous la pluie et le vent, de prisonniers et d'enfants raflés par une brutale et impitoyable soldatesque.
Y a-t-il une limite à l'ignominie contre les Palestiniens ?
Pendant ce temps l'occupant cligne de l'œil et s'étale sur les restes du maigre territoire imparti aux autochtones, qu'il grignote mètre carré par mètre carré et colline par colline.
Au moment où tout le monde hormis l'Iran et quelques mouvements de résistance et des individus courageux ont abandonné la Palestine et parce que la situation politique de la Palestine et celle du Moyen-Orient tout entier, sont aujourd'hui plus catastrophiques que jamais, il m'a semblé important de tenter de faire revivre une héroïque et lumineuse figure de la résistance patriotique palestinienne.
Mais auparavant, je rappellerai quelques exploits particulièrement remarquables de la manière dont le sionisme s'est imposé en Palestine.
Héroïne de la résistance et honorée par le peuple palestinien et certaines autorités locales qui ne sont pas encore atteintes par la lèpre de la collaboration et de la démission, la mémoire de Dalal al Mughrabi est délibérément occultée par la direction d'une "Autorité" dépourvue non seulement de toute autorité réelle, mais de toute légitimité, puisque M. Abbas occupe son poste par la grâce de l'occupant, de celle de l'allié privilégié et soutien américain de l'État sioniste, ainsi que de celle de bailleurs de fonds des pays du Golfe, son mandat légal ayant expiré depuis des lustres.
Le souvenir de l'action follement audacieuse de la jeune Palestinienne demeure gravé dans la pauvre histoire de la résistance palestinienne.
Il n'est évidemment pas étonnant, en revanche, que l'État d'Israël, se soit senti humilié par la "réussite" - il faut le reconnaître, même si elle ne fut que partielle et de courte durée - d'un commando dirigé par une toute jeune fille de vingt ans et que cet État, qui s'emploie à terroriser la population palestinienne par les moyens les plus vicieux et les plus pervers, la proclame une des "pires terroristes" de sa courte histoire de colonisateur de la Palestine.
Tout d'abord, je rappellerai quelques points d'un droit international dont l'État hébreu n'a jamais respecté la moindre injonction. Fort du soutien d'une diaspora sioniste puissante et fortunée, il a toujours méprisé toutes les injonctions du droit international.
Or, le droit à l'autodétermination, à l'indépendance nationale, à l'intégrité territoriale, à l'unité nationale et à la souveraineté sans interférence extérieure a été affirmé à maintes reprises par de nombreux organes des Nations unies, dont le Conseil de sécurité, l'Assemblée générale, la Commission des droits de l'homme, la Commission du droit international et la Cour internationale de justice.
Le principe de l'autodétermination stipule que lorsque le droit à l'autodétermination a été supprimé par la force, le recours à la force est permis pour contrer cette situation et atteindre l'autodétermination.
La Commission des droits de l'Homme a régulièrement réaffirmé la légitimité de la lutte contre l'occupation par tous les moyens disponibles, dont la lutte armée (Résolution de la CDH No. 3 XXXV, 21 février 1979 et Résolution de la CDH No. 1989/19, 6 mars 1989).
Le droit international donne donc expressément à un peuple occupé le droit de se défendre par tous les moyens. En effet, la Résolution 2621 XXV, du 12.10.1970 des Nations unies affirme "le droit inhérent des peuples colonisés de lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l'indépendance", donc, y compris par les armes et par la force.
De façon explicite, la Résolution 37/43, de l'Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 3 décembre 1982 : "Réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour l'indépendance, l'intégrité territoriale, l'unité nationale et la libération de la domination étrangère et coloniale et de l'occupation étrangère par tous les moyens disponibles, incluant la lutte armée". (Voir aussi les Résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies 1514, 3070, 3103, 3246, 3328, 3382, 3421, 3481, 31/91, 32/42 et 32/154 etc.).
Le droit à la résistance est non seulement conforté, mais légitimé par l'article 1er §4 du premier protocole additionnel de Genève du 08.06.1977, qui précise que, parmi les conflits armés internationaux, figurent ceux "dans lesquels les peuples luttent contre la domination coloniale et l'occupation étrangère et contre les régimes racistes dans l'exercice du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes..."
Comme l'avait encore rappelé l'ambassadeur de la Fédération de Russie auprès de l'ONU lors d'une réunion à la suite de l'action génocidaire de l'armée sioniste, un pays occupant n'est pas fondé à revendiquer le "droit à la sécurité".
Les grands exemples de Jean Moulin, jugé terroriste par l'occupant allemand de la France de 1940, et aujourd'hui honoré au Panthéon ou celui de Mandela, considéré comme terroriste durant plusieurs décennies par de nombreux chefs d'État occidentaux avant de se métamorphoser en héros mondial de l'anti-apartheid aux yeux des mêmes et d'avoir drainé la quasi-totalité des chefs d'État de la planète à ses funérailles - hormis les dirigeants israéliens, qui jugèrent le prix du vol vers l'Afrique du Sud trop élevé - ces exemples, dis-je, sont des métamorphoses éloquentes du terroriste en héros international au gré des évolutions politiques.
Il existe néanmoins un exemple un peu moins flatteur : celui des dirigeants sionistes et par exemple, celui d'Yitzhak Shamir. Son activisme au sein du Lehi et de sa section la plus violente, le Stern Gang, qui compta entre 60 et 200 personnes, puis son action dans celui des assassins de l'Irgoun spécialisés dans les attentats anti-arabes entre 1936 et 1939 fut à l'origine de milliers de victimes. Il fut également le principal organisateur de l'assassinat du comte Folke Bernadotte et de celui de Lord Moyne. Cela ne l'a pas empêché d'occuper plusieurs postes ministériels importants lorsque le mouvement sioniste a été reconnu par l'ONU et même celui de premier ministre entre 1986 et 1992. Mais M. Shamir n'est jamais devenu un modèle moral, et pour cause ! Il n'a d'ailleurs jamais été autorisé à se rendre en Angleterre.
Lord MOYNE, secrétaire d'État britannique, avait déclaré le 9 juin 1942 devant la Chambre des Lords que "les juifs n'étaient pas les descendants des Hébreux antiques et qu'ils n'avaient aucune réclamation légitime sur la terre sainte". Déclaré "ennemi de l'indépendance hébreu", il a été assassiné le 6 novembre 1944 au Caire par le Stern Gang dirigé par Yitzhak Shamir.
Je rappelle également l'assassinat par le Lehi, toujours dirigé par le même Yitzhak Shamir, du comte Folke Bernadotte, le 17 septembre 1948 à Jérusalem - les terroristes sionistes jugeaient le médiateur des Nations unies trop "pro-palestinien". Le diplomate suédois n'avait-il pas osé s'indigner devant "le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente".
Bien avant qu'une existence légale ait été fournie à l'ONU par un vote contesté et contestable, à la colonie de peuplement d'immigrants juifs, majoritairement orientaux, en terre palestinienne, le groupe armé radical Lehi, qui se qualifiait lui-même de "terroriste" et sa branche la plus meurtrière, le Stern Gang, auxquels s'était ajoutée une nouvelle organisation terroriste, l'Irgoun, ont compté à leur actif d'innombrables assassinats au moyen de camions, de voitures et de trains piégés, de bombes jetées contre des bus, ou au milieu d'attroupements "d'Arabes", d'assassinats individuels, d'opérations de sabotage, y compris en Angleterre où le groupe Lehi a fait exploser un engin dans le Club Colonial. L'ancien chef des opérations du Lehi, Yaakov Eliav a révélé dans ses Mémoires, que les terroristes sionistes avaient eu le projet de recourir à un attentat bactériologique en répandant du bacille de choléra dans le réseau d'eau potable de Londres.
En effet, n'étant à l'époque les représentants d'aucun État constitué, qui aurait été victime d'une agression ou d'une occupation, les commandos meurtriers ne pouvaient en aucun cas se réclamer de la moindre légitimité internationale. Il s'agissait purement et simplement de l'avant-garde meurtrière d'une colonisation de peuplement dont les membres étaient mus par le désir de s'approprier un territoire habité par un autre peuple. Les comploteurs militarisés juifs se réclamaient d'une idéologie messianique née dans les vapeurs des shtetls d'Europe orientale. Ils formaient des milices armées et des groupes d'assassins animés par un double objectif : terroriser la population indigène afin de l'inciter à fuir, tout en cherchant à évincer par la force les Anglais détenteurs d'un mandat international sur la Palestine et qui, dans un premier temps, s'étaient dressés contre eux.
C'est pourquoi il est bon de rafraîchir la mémoire des pleureuses de l'État hébreu, oublieuses de leurs propres turpitudes, et de situer leur vertueuse indignation envers de légitimes résistants palestiniens en la replaçant dans le contexte historique des évènements qui ont précédé et directement suivi la naissance de cet État.
J'ai donc rappelé quelques épisodes marquants du terrorisme violent et meurtrier auquel se sont livrés de véritables groupes organisés d'assassins qui ensanglantèrent la terre palestinienne pendant des années par des meurtres de masse et des attentats ciblés. Se considérant déjà comme jouissant de privilèges et de droits exceptionnels, poser des bombes, faire dérailler des trains et assassiner des civils en masse était aux yeux des groupes de terroristes juifs un moyen politique légitime.
Ce même moyen à petite échelle devient illégitime à leurs yeux et fait l'objet de clameurs indignées lorsqu'il est utilisé, conformément au droit international, par les victimes occupées, spoliées, volées, chassées, martyrisées par les moyens les plus sadiques et les plus cruels.
L'actuel État d'Israël repose sur des monceaux de cadavres palestiniens et, dans une moindre mesure, anglais. Ses mains, comme celles de lady Macbeth, sont couvertes d'un sang indélébile.
N'oublions pas un autre attentat sioniste marquant, commis par un autre ancien terroriste, Menahem Beguin, devenu Premier Ministre d'Israël à la fin des années 1970. Il est l'initiateur et la cheville ouvrière de l'attentat meurtrier perpétré le 22 juillet 1946 contre l'hôtel King David qui fit 91 victimes et 46 blessés. Cette attaque à la bombe a été préparée et menée par l'organisation extrémiste juive de l'Irgoun de M. Beguin. Elle visait les autorités britanniques dont les bureaux étaient situés au sein de cet hôtel à Jérusalem, ville alors sous mandat anglais.
Deir Yassin, l'Oradour palestinien, fut rayé de la carte en une nuit. Plus de 300 civils furent exécutés froidement, femmes, enfants, hommes, vieillards. Les tueurs ne faisaient pas de quartiers et pour faire bonne mesure, ils jetèrent les corps suppliciés dans le puits du village. Fiers de leur exploit, ils organisèrent des visites guidées des ruines et des cadavres. Cette initiative connut un vif succès parmi les colons.
Deir Yassin, Haïfa, Jaffa, Acre, Oum Al Fahem et AL-Ramla, Al-Daouayma, Abou Shousha, Qazaza, Jaffa à plusieurs reprises, Tannoura, Tireh, Kfar Husseinia, Haïfa encore et encore, Sarafand, Kolonia, Saris, Biddu, Lod, Bayt Surik, Sasa, Balad al-Cheikh, hier Jenine, Gaza hier et aujourd'hui l'action génocidaire par les armes de la soldatesque et vicieusement par une famine délibérément programmée, ont expérimenté dans leur chair la mise en pratique des directives vétéro-testamentaires en usage dans l'armée et l'efficacité des criminels militarisés des organisations juives chargées de semer la terreur et la mort.
Benjamin Netanyahou est le digne successeur des assassins de l'Irgoun et du Lehi.
Il m'est impossible de citer ici - la liste en serait trop longue - les innombrables meurtres, exactions et attentats commis par les terroristes du Lehi, de l'Irgoun, de la Haganah créée un peu plus tard, en attendant les attentats du Mossad plus ciblés, redoutablement efficaces - organisation qui opère désormais sur la planète entière et dont les scientifiques iraniens ont été les innombrables victimes.
L'histoire est rédigée par les vainqueurs. La résistance palestinienne a été diabolisée et la narration israélienne s'est donc imposée - en tout cas en Occident - si bien que le pauvre État d'Israël est toujours présenté par la quasi-totalité d'une presse paresseuse, oublieuse ou complice comme une malheureuse victime du "terrorisme palestinien". Sa "sécurité" n'est jamais suffisamment assurée. C'est pourquoi la mise en garde de Malcolm X est plus que jamais d'actualité : "Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et à aimer ceux qui les oppriment".
En application de ce qui précède, il m'a semblé important de citer une lettre du savant suisse, d'origine juive, émigré aux États-Unis.
*Lettre d'Albert Einstein à l'éditeur du New York Times, New York, 2 décembre 1948
Les dirigeants israéliens sont des fascistes
Parmi les phénomènes politiques les plus inquiétants de notre époque, il y a dans l'État nouvellement créé d'Israël, l'apparition du "Parti de la Liberté" (Tnuat Haherut), un parti politique étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social aux partis nazis et fascistes. Il a été formé par les membres et partisans de l'ancien Irgun Zvai Leumi, une organisation terroriste d'extrême-droite et nationaliste en Palestine. [...]
Avant que des dommages irréparables ne soient faits par des contributions financières, des manifestations publiques en soutien à Begin et avant de donner l'impression en Palestine qu'une grande partie de l'Amérique soutient des éléments fascistes en Israël, le public américain doit être informé sur le passé et les objectifs de M. Begin et de son mouvement. Les déclarations publiques du parti de Begin ne montrent rien quant à leur caractère réel. Aujourd'hui ils parlent de liberté, de démocratie et d'anti-impérialisme, alors que jusqu'à récemment ils ont prêché ouvertement la doctrine de l'État fasciste. C'est dans ses actions que le parti terroriste trahit son véritable caractère. De ses actions passées, nous pouvons juger ce qu'il pourrait faire à l'avenir.
Attaque d'un village arabe : Un exemple choquant fût leur comportement dans le village Arabe de Deir Yassin. Ce village, à l'écart des routes principales et entouré par des terres juives, n'avait pas pris part à la guerre et avait même combattu des bandes arabes qui voulaient utiliser comme base le village. Le 9 avril, d'après le New York Times, des bandes de terroristes ont attaqué ce village paisible, qui n'était pas un objectif militaire dans le combat, ont tué la plupart de ses habitants - 340 hommes, femmes et enfants - et ont maintenu quelques-uns en vie pour les faire défiler comme captifs dans les rues de Jérusalem. (Imitation des défilés de "triomphe" des empereurs romains. N.de l'A)
La majeure partie de la communauté juive a été horrifiée par cet acte, et l'Agence Juive a envoyé un télégramme d'excuses au Roi Abdullah de Trans-Jordanie. Mais les terroristes, loin d'avoir honte de leurs actes, étaient fiers de ce massacre, l'ont largement annoncé et ont invité tous les correspondants étrangers présents dans le pays à venir voir les tas de cadavres et les dégâts causés à Deir Yassin. [...]
Ont signé : ISIDORE ABRAMOWITZ, HANNAH ARENDT, ABRAHAM BRICK, RABBI JESSURUN CARDOZO, ALBERT EINSTEIN, HERMAN EISEN, M.D., HAYIM FINEMAN, M. GALLEN, M.D., H.H. HARRIS, ZELIG S. HARRIS, SIDNEY HOOK, FRED KARUSH, BRURIA KAUFMAN, IRMA L. LINDHEIM, NACHMAN MAJSEL, SEYMOUR MELMAN, MYER D. MENDELSON, M.D., HARRY M. ORLINSKY, SAMUEL PITLICK, FRITZ ROHRLICH, LOUIS P. ROCKER, RUTH SAGER, ITZHAK SANKOWSKY, I.J. SHOENBERG, SAMUEL SHUMAN, M. ZNGER, IRMA WOLPE, STEFAN WOLPE.
*
"Point your guns in only one direction- your enemy - Israel". Telle était la prière en forme de testament laissée par la jeune résistante avant de se lancer dans une mission qu'elle savait sacrificielle pour elle et ses treize compagnons et qui, a posteriori, paraît effectivement d'une folle témérité.
Dalal avait vingt ans. Née en 1958 dans le camp de réfugiés de Sabra, au Liban, qui connaîtra, en 1982, le triste sort des massacres supervisés par le moribond comateux à l'époque - Ariel Sharon - durant l'une des nombreuses guerres d'agression de l'État hébreu contre le Liban, la jeune Palestinienne poursuivait un double objectif : officiellement, il s'agissait de kidnapper des soldats israéliens afin de les échanger contre des prisonniers palestiniens. Mais surtout, elle était consciente que même si ses chances de réussite étaient minces, seule une action d'éclat pouvait remettre dans la voie d'un juste combat une résistance encalminée et embourbée dans des conflits entre factions à l'intérieur et à l'extérieur des camps. Hier comme aujourd'hui, certains chrétiens libanais se présentaient en collaborateurs actifs d'Israël et donc violemment hostiles aux Palestiniens.
L'exil et la déportation mûrissent les êtres d'exception. Peut-être savait-elle que le fil de sa vie serait court. À peine sortie de l'enfance, la jeune étudiante infirmière était déjà une militante et une fervente patriote, aguerrie aux techniques de la guérilla et au maniement de tous les types d'armes en vigueur à l'époque.
Elle avait compris que la liberté n'est pas quelque chose qui serait donné aux peuples. C'est quelque chose qui se conquiert. À la tête du groupe qui prit le nom de Deir Yassin, le célèbre village martyrisé par la soldatesque, les quatorze volontaires se sont lancés dans une incroyable épopée. Partis de la côte libanaise, le groupe a d'abord voyagé dans un navire marchand, puis a tenté d'aborder la côte israélienne près de Tel-Aviv à l'aide de bateaux gonflables, mais une météo défavorable a contraint les combattants à passer une nuit en mer. Ayant fini par gagner la terre ferme, ils ont réussi à arrêter deux bus, dont l'un rempli de soldats. Ils disposaient donc à ce moment-là de soixante-huit otages.
Dalal a averti les otages de leur intention, qui n'était nullement de les tuer, mais de les échanger contre des prisonniers palestiniens. Le bus contraint de se diriger vers Tel-Aviv, un drapeau palestinien accroché à une fenêtre figurait symboliquement la patrie reconquise. Le groupe a alors entonné l'hymne national palestinien et, disent les survivants, s'est mis à sauter de joie - voilà qui révèle une gaminerie qui n'était pas le fait de meurtriers.
Les forces israéliennes ont fini par découvrir la prise d'otages. Malgré les tentatives de négociation avec Ehud Barak, le responsable des soldats et des garde-frontière envoyés sur place, malgré l'assurance que les otages ne seront pas touchés, il a refusé tout compromis face à des "saboteurs", exigeant une reddition pure et simple. Les soldats ont commencé à tirer. Dalal a alors ordonné à ses compagnons de riposter.
Un combat à mort s'est trouvé engagé. Après une résistance acharnée six compagnons de Dalal blessée ont été tués. De plus, très rapidement le groupe mal équipé a manqué de munitions. Des explosions ont retenti dans le bus. Les Israéliens prétendent que c'est le groupe de Dalal qui aurait lancé des grenades à l'intérieur, d'autres témoins parlent de mitraillages par l'armée. Comme il est dit ci-dessus, l'histoire est écrite par les vainqueurs, et surtout... par les survivants. Dalal et onze de ses compagnons ont été tués ainsi que trente soldats israéliens. Des civils ont également péri dans la fusillade. Il y eut quatre-vingts blessés.
Au seul survivant palestinien du groupe, Yahya Skaf, depuis lors enfermé à vie dans les geôles
israéliennes sous l'appellation "Prisonnier X", Barak a demandé qu'il désigne le chef du groupe. Il montra le cadavre de Dalal.
La fureur de Barak s'est alors déchaînée sur la dépouille encore chaude de la jeune fille qu'il a atrocement martyrisée. Après l'avoir tirée par les cheveux en lui donnant des coups de pied, il
a arraché ses vêtements, découvert sa poitrine et a frappé ses seins et son bas-ventre à coups de poignard.
Lors de l'échange de prisonniers qui eut lieu en 2000 entre le Hezbollah et Israël, les noms de Yahya Skaf et la dépouille de Dalal figuraient sur la liste proposée par le valeureux mouvement de résistance libanais, Hezbollah. Israël a prétendu que les autorités de son Goulag n'avaient aucun détenu de ce nom dans leurs geôles. En revanche, un cercueil censé contenir les restes de Dalal fut livré.
Lorsque la famille l'ouvrit, elle vit qu'il contenait des pierres et un peu de terre. Les os de Dalal sont toujours emprisonnés en Israël dans le fameux cimetière-prison dont les tombes ne portent qu'un numéro.
Le célèbre poète et écrivain syrien, Nizar Kabbani (1923-1998), a rendu un hommage vibrant à la jeune résistante palestino-libanaise par l'émouvant poème ci-dessous qui constitue la plus belle conclusion de texte d'hommage à la résistance d'un peuple martyrisé.
Nizar Kabbani
Je suis pour le terrorisme
De terrorisme on nous accuse
Si nous osons prendre défense
De notre femme et de la rose
Et de l'azur et du poème
Si nous osons prendre défense
D'une patrie sans eau sans air,
D'une patrie qui a perdu
Sa tente et sa chamelle
Et même son café noir.
(...)
De terrorisme on nous accuse
Quand nous décrivons les dépouilles
D'une patrie
Décomposée et dénudée
Et dont les restes en lambeaux
Sont dispersés aux quatre vents...,
D'une patrie
Cherchant son adresse et son nom...
D'une patrie ne conservant
De ses antiques épopées
Que les élégies de Khansa...,
D'une patrie
Où ni le rouge, ni le jaune, ni le vert
Ne teignent plus les horizons...,
D'une patrie qui nous défend
D'écouter les informations
Ou d'acheter quelque journal...,
D'une patrie où les oiseaux
Sont censurés dans leurs chansons,
D'une patrie où, terrifiés,
Les écrivains ont pris le pli
D'écrire la page du néant...,
(...)
Dans notre nation,
Il n'y a plus de Mu'awya
Plus de Abu Sufiane
Plus personne pour crier "Gare" !
A la face de ceux qui ont abandonné
A autrui notre foyer
Et notre huile et notre pain
Transformant notre maison
Si heureuse en capharnaum.
Il ne reste plus rien de notre poésie
Qui n'ait sur le lit d'un tyran
Perdu sa virginité.
Du mépris nous avons pris
Le pli de l'habitude.
Que reste-t-il donc de l'homme
Lorsqu'il s'habitue au mépris ?
(...)
De terrorisme on nous accuse
Quand nous refusons notre mort
Sous les râteaux israéliens
Qui ratissent notre terre
Qui ratissent notre Histoire
Qui ratissent notre Évangile
Qui ratissent notre Coran
Et le sol de nos prophètes.
Si c'est là notre crime
Que vive le terrorisme !
De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons que les juifs
Que les Mongols et les Barbares
Nous effacent de leur main.
Oui, nous lançons des pierres
Sur la maison de verre
Du Conseil de Sécurité
Soumis à l'empereur suprême.
De terrorisme on nous accuse
Lorsque nous refusons
De négocier avec les loups
Et de tendre nos deux bras
A la prostitution.
L'Amérique
Ennemie de la culture humaine
Elle-même sans culture,
Ennemie de l'urbaine civilisation
Dont elle-même est dépourvue,
L'Amérique
Bâtisse géante
Mais sans murs.
(...)