23/08/2026 reseauinternational.net  15min #324191

Cet automne, les cigognes iront vers le sud. Gaza ne le peut pas

par Laala Bechetoula

Un réquisitoire en questions.

Chaque automne, les cigognes blanches quittent l'Europe et prennent la route du sud vers l'Afrique. Elles traversent des ciels dont les routes sont plus anciennes que les frontières dessinées au-dessous d'elles. Elles ignorent la souveraineté, les murs, les contrôles. Elles connaissent le vent, l'eau, la distance, et les terres où il leur est encore possible de se poser.

Cet automne, elles repartiront vers le sud.

Gaza, elle, ne le peut pas.

Lorsqu'un oiseau trouve la terre devenue inhabitable, il peut poursuivre son vol, chercher un autre champ, une autre zone humide, un autre endroit où descendre. Deux millions d'êtres humains enfermés par la guerre, les frontières et les décisions politiques n'ont pas ce privilège. Ils ne peuvent s'élever au-dessus d'un checkpoint, franchir un blocus d'un battement d'ailes ni suivre les saisons vers un ailleurs.

C'est là que commence ce réquisitoire. Pas dans l'idéologie, encore moins dans l'identité, mais dans une différence élémentaire : un être vivant peut partir, d'autres êtres humains en sont empêchés.

Ce texte s'adresse donc à ceux qui exercent un pouvoir sur cette différence : aux responsables qui décident, aux colons qui imposent des faits sur le terrain, à une armée qui met en œuvre les décisions de l'État, aux gouvernements étrangers dont les armes, l'argent et la protection diplomatique contribuent à maintenir le système, mais aussi à ceux qui proclament leur solidarité tout en hésitant à employer les instruments dont disposent les États.

Il ne s'adresse pas à un peuple. Cette distinction n'est pas une précaution de langage. Elle est au cœur du propos.

B'Tselem est israélienne. Yesh Din est israélienne. Breaking the Silence a été fondée par des soldats israéliens. Des journalistes, des avocats, des militants, des réservistes israéliens et des familles d'otages ont contesté les politiques conduites par leur propre gouvernement. Ils ne sont pas les accusés de ce réquisitoire. Ils en sont aussi les témoins.

Écartons donc la culpabilité collective. Parlons de pouvoir, de décisions et de responsabilités.

À l'État qui appelle "provisoire" ce qui dure depuis cinquante-sept ans

Vous dites l'occupation temporaire.

Combien d'années faut-il pour qu'elle cesse de l'être ?

La Cour internationale de Justice en a examiné cinquante-sept. Le 19 juillet 2024, elle a conclu que la présence continue d'Israël dans le Territoire palestinien occupé était illicite. Elle a estimé qu'Israël devait mettre fin aussi rapidement que possible à cette présence, cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation, évacuer les colons du Territoire palestinien occupé et réparer les dommages causés. Elle a également conclu que les autres États ne devaient ni reconnaître comme licite la situation créée par cette présence, ni prêter aide ou assistance à son maintien.

La colonisation s'est pourtant poursuivie. Les avant-postes aussi. Les démolitions aussi. Et la fragmentation territoriale de ce que chaque négociation future est supposée un jour résoudre n'a pas disparu.

Si cinquante-sept années ne suffisent pas à rendre une occupation permanente, combien en faudra-t-il ? Cinquante-huit ? Soixante ? Soixante-dix ?

À partir de quand la durée cesse-t-elle d'être un accident de la diplomatie pour devenir l'indice d'un projet ?

À "la seule démocratie du Moyen-Orient"

Vous présentez Israël comme la seule démocratie du Moyen-Orient. À l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues existent des élections compétitives, des partis politiques, des tribunaux et les institutions d'un régime parlementaire.

Mais des millions de Palestiniens vivent sous différentes formes de contrôle israélien sans disposer d'une voix politique équivalente sur le pouvoir qui détermine des aspects essentiels de leur existence.

En Cisjordanie occupée, un colon israélien et son voisin palestinien peuvent habiter à quelques centaines de mètres l'un de l'autre tout en vivant dans deux réalités juridiques différentes. L'un relève principalement du droit civil israélien. L'autre du droit militaire.

Cette différence touche à l'arrestation, à la détention, aux permis, à la construction, à l'accès aux terres et à la liberté de circulation.

B'Tselem, Human Rights Watch et Amnesty International ont étudié cette structure et employé, chacune dans ses analyses, le terme d'apartheid.

Israël rejette cette qualification. Il faut le rappeler.

Mais contester un mot ne fait pas disparaître la réalité que ce mot prétend décrire.

Alors, si apartheid est le mauvais mot, quel mot Israël propose-t-il ?

Aux colons qui se disent pionniers

Vous dites que la violence des colons est l'œuvre d'extrémistes.

Alors regardons les chiffres.

En octobre 2025, les Nations unies ont recensé 264 attaques de colons israéliens ayant provoqué des victimes, des dégâts matériels ou les deux - le niveau mensuel le plus élevé depuis que l'ONU a commencé à enregistrer systématiquement ces incidents en 2006.

Environ huit attaques par jour.

Ce n'est plus une anecdote.

Yesh Din a, de son côté, étudié deux décennies d'application de la loi israélienne concernant les infractions à motivation idéologique commises par des Israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie. Plus de 93% des dossiers d'enquête suivis ont été clos sans inculpation. Seule une fraction infime a abouti à une condamnation.

Une société ne se juge pas seulement à l'existence d'une loi interdisant la violence. Elle se juge aussi à ce qu'il advient lorsque cette loi est violée.

Lorsque, pendant vingt ans, plus de neuf enquêtes sur dix se terminent sans inculpation, peut-on encore parler simplement d'échec ?

Des communautés palestiniennes continuent de signaler agressions, intimidations, destructions de biens, entraves à l'accès aux terres agricoles et déplacements forcés. Certains auteurs sont arrêtés. Certains incidents font l'objet d'enquêtes. Certains responsables condamnent ces violences.

Cela doit être reconnu.

Mais condamner n'est pas dissuader.

Si les violences persistent alors que la sanction demeure l'exception, qui, exactement, est dissuadé ?

À "l'armée la plus morale du monde"

Vous affirmez que vos opérations militaires distinguent les combattants des civils.

Ce n'est pas seulement une affirmation politique. C'est une obligation juridique.

En 2026, les autorités sanitaires de Gaza faisaient état de dizaines de milliers de morts, parmi lesquels des milliers d'enfants. Les organisations internationales ont décrit à plusieurs reprises une destruction catastrophique des logements, des infrastructures médicales, des réseaux d'eau et des équipements civils.

Israël conteste certains aspects du décompte des victimes à Gaza et souligne que des combattants du Hamas figurent dans le bilan global.

Très bien. Alors la question devient plus précise : combien de morts Israël identifie-t-il comme combattants ? Selon quelle méthodologie ? Et où se trouvent les éléments suffisamment transparents pour permettre un examen indépendant ?

Si la distinction entre civils et combattants constitue le fondement de votre défense, les preuves permettant de l'établir ne peuvent rester soustraites au regard extérieur.

En juin 2026, la Commission internationale indépendante d'enquête des Nations unies - créée en 2021 et présidée par le juge Srinivasan Muralidhar - a rapporté que les forces israéliennes avaient tué plus de 20 000 enfants palestiniens et blessé plus de 44 000 autres depuis octobre 2023. Elle a conclu que ces faits s'inscrivaient dans une stratégie portant atteinte à la continuité biologique du groupe palestinien.

Le commissaire Chris Sidoti a notamment rapporté le cas d'un garçon de quatorze ans, touché par une patrouille israélienne alors qu'il sortait de chez lui, dans une zone où aucun combat n'était signalé à cet instant. Gravement blessé, l'adolescent est resté au sol. Selon Sidoti, les soldats qui lui avaient tiré dessus sont demeurés à proximité pendant quarante-cinq minutes, discutant, certains fumant, tandis qu'il se vidait de son sang.

Israël a rejeté les conclusions de la Commission, les qualifiant de biaisées et infondées et leur reprochant de s'appuyer sur des sources insuffisamment corroborées tout en négligeant l'utilisation de zones civiles par le Hamas.

Ce rejet existe. Mais les quarante-cinq minutes existent aussi.

Si c'est cela, l'armée la plus morale du monde, que fait donc l'armée la moins morale ?

Et puis il y a la faim.

Le 2 mars 2025, les autorités israéliennes ont interrompu l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza. Pendant plus de onze semaines, jusqu'à une reprise limitée en mai, nourriture, médicaments et autres biens essentiels ont été bloqués. L'objectif déclaré était d'exercer une pression sur le Hamas concernant les otages.

Cette explication mérite d'être entendue.

Elle ne répond pas à tout.

Le Hamas n'a pas été seul à subir cette pression. Les enfants l'ont subie. Les malades aussi. Les femmes enceintes, les hôpitaux, les familles qui n'avaient aucun pouvoir sur le Hamas.

Un enfant ne mange pas du rapport de force.

Que devait-il faire en attendant que la pression produise ses effets ?

À ceux pour qui "le 7 octobre explique tout"

Le 7 octobre a eu lieu.

Des civils israéliens ont été assassinés. Des personnes ont été enlevées. Des familles ont été détruites. Le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens ont commis des crimes graves, notamment des attaques délibérées contre des civils et des prises d'otages.

Rien dans ce texte ne les efface. Rien ne les excuse.

Mais rien de ce qu'Israël a fait ensuite ne peut rendre rétroactivement ces crimes licites.

Et l'inverse est tout aussi vrai.

Rien de ce que le Hamas a commis ne peut rendre légal ce que le droit international interdit à Israël.

Il n'existe aucune exception "7 octobre" dans les Conventions de Genève. Aucune exemption née du deuil qui abolirait la protection des civils. Aucune clause relative aux otages qui légaliserait la punition collective. Aucune atrocité commise la première qui conférerait une innocence juridique à l'atrocité commise ensuite.

Ce n'est pas de l'équivalence morale.

C'est la responsabilité individuelle.

Chaque crime répond de lui-même.

Si le droit ne s'applique qu'à l'adversaire, en quoi demeure-t-il encore du droit ?

Au ministre qui appelle la déshumanisation "sécurité"

Itamar Ben-Gvir n'est pas un extrémiste anonyme parlant depuis les marges. Il est ministre israélien de la Sécurité nationale. Il exerce une autorité sur la police et les prisons et siège au cœur du pouvoir gouvernemental.

En août 2026, lors d'un échange avec l'ancien otage Rom Braslavski, Ben-Gvir a préconisé de tuer "30 à 40" personnes à Gaza chaque nuit. Il a défendu des éliminations allant au-delà des personnes représentant une menace immédiate. Il a parlé d'êtres "qui ne méritent pas de vivre" et déclaré qu'ils "ne sont même pas des personnes". Il a également plaidé pour une émigration massive des Palestiniens de Gaza et pour le rétablissement de colonies israéliennes dans l'enclave.

Ce ne sont pas des accusations inventées par les ennemis d'Israël. Ce sont ses paroles.

La question n'est évidemment pas de savoir si tous les Israéliens les partagent. Des millions ne les partagent pas.

La question est autre : que se passe-t-il lorsqu'un langage de cette nature ne vient plus des marges, mais du gouvernement ?

Quelle déclaration suffirait réellement à disqualifier un ministre de l'exercice du pouvoir ?

Si appeler à tuer des dizaines de personnes chaque nuit ne franchit pas la ligne rouge, où se trouve cette ligne ?

Les gouvernements étrangers peuvent condamner. Les diplomates peuvent déclarer ces propos inacceptables. Des communiqués peuvent être publiés.

Ben-Gvir reste ministre.

L'impunité n'exige pas l'approbation. Elle exige simplement que rien de décisif ne se passe après la condamnation.

À Washington, défenseur de "l'ordre international fondé sur des règles"

Vous qualifiez votre relation avec Israël d'alliance.

Elle est davantage que cela.

Dans le cadre du mémorandum d'entente décennal couvrant les exercices budgétaires 2019 à 2028, les États-Unis se sont engagés, sous réserve des crédits votés par le Congrès, à fournir 38 milliards de dollars d'aide militaire.

Après le 7 octobre sont venus des milliards supplémentaires : armes, défense antimissile, financements et protection diplomatique.

Puis vint la Cour pénale internationale.

Le 21 novembre 2024, la CPI a délivré des mandats d'arrêt contre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

Washington a rejeté cette décision. Un gouvernement a le droit de contester la compétence d'une juridiction.

Mais Washington est allé plus loin.

Il a sanctionné des responsables de la Cour.

En août 2026, les personnes visées comprenaient plusieurs membres de la CPI et neuf de ses dix-huit juges, dont sa présidente, la juge Tomoko Akane. Leur accès au système financier américain a été restreint et leurs avoirs relevant de la juridiction américaine pouvaient être gelés. Le Japon, l'un des alliés les plus proches de Washington et pays d'origine de la juge Akane, a protesté publiquement. La CPI a dénoncé une attaque contre l'indépendance judiciaire.

Alors une question demeure.

Si vous êtes certains que la Cour a tort, pourquoi faut-il que juger votre allié devienne coûteux pour les juges ?

Une puissance sûre de son droit répond à une juridiction.

Elle n'a pas besoin de faire payer ceux qui jugent.

Et si des magistrats internationaux peuvent être sanctionnés lorsque leur travail atteint un allié protégé, quelle leçon tous les autres gouvernements puissants du monde sont-ils invités à retenir ?

À Paris, "patrie des droits de l'homme"

Vous avez reconnu l'État de Palestine.

Cette décision possède une portée politique et historique. Mais reconnaître n'est pas seulement accomplir un geste.

Reconnaître crée une obligation de cohérence.

La France a continué d'autoriser certaines exportations liées au secteur militaire vers Israël, tout en affirmant que les équipements concernés étaient défensifs, destinés à la réexportation ou compatibles avec ses obligations françaises et internationales.

Une enquête publiée en 2026 a recensé plus de 525 expéditions de composants militaires de fabrication française vers des entreprises israéliennes de défense entre octobre 2023 et mars 2026 - notamment des moteurs électriques destinés à la plateforme de drones Hermes, dont une variante a été impliquée dans la frappe qui a tué sept humanitaires de World Central Kitchen en avril 2024.

Le gouvernement français conteste l'idée que ces transferts constituent un soutien aux opérations offensives israéliennes.

Soit.

Mais la contradiction demeure.

Que signifie reconnaître un État si le territoire de cet État demeure occupé tandis que les relations matérielles avec la puissance occupante continuent de suivre leurs circuits administratifs ordinaires ?

La reconnaissance peut être diplomatiquement importante.

Mais protège-t-elle un village ? Rouvre-t-elle une route ? Empêche-t-elle une démolition ? Nourrit-elle un enfant ?

À quel moment la reconnaissance doit-elle devenir politique ?

À ceux qui les appellent leurs frères - qu'y a-t-il après نندد ?

Et puis il y a ceux qui appellent les Palestiniens leurs frères.

Les gouvernements arabes et musulmans ont condamné. Ils ont dénoncé. Ils ont publié des communiqués, organisé des sommets, réclamé des cessez-le-feu, envoyé de l'aide humanitaire, soutenu l'État palestinien et invoqué le droit international.

Certains ont assuré des médiations. Certains ont acheminé de l'aide. Certains ont pris des positions diplomatiques qui avaient un coût réel.

Rien de cela ne doit être effacé.

Mais un mot ne peut éternellement tenir lieu de politique.

نندد. Nous condamnons.

نندد بالقصف. Nous condamnons les bombardements.
نندد بالقتل. Nous condamnons les massacres.
نندد بالحصار. Nous condamnons le blocus.
نندد بالاستيطان. Nous condamnons la colonisation.

Encore et encore : نندد.

Le mot n'est pas mauvais. Le silence serait pire.

Mais après Gaza, il appelle une question qui ne peut plus être évitée :

Qu'y a-t-il après نندد ?

Cette question ne s'adresse pas aux peuples arabes et musulmans qui ont manifesté, donné, boycotté, prié, protesté et réclamé à leurs gouvernements d'agir avec des pouvoirs qu'eux-mêmes ne possèdent pas.

Elle s'adresse précisément aux gouvernements.

Parce qu'eux possèdent des pouvoirs.

Pas un pouvoir illimité. Pas nécessairement celui d'imposer seuls une issue.

Mais un pouvoir diplomatique, commercial, financier, énergétique. Des espaces aériens. Des ports. Des marchés publics. Des investissements. Des traités. Des institutions internationales. Une capacité collective de négociation.

Et surtout le pouvoir de décider si les relations avec un État peuvent continuer exactement comme avant tandis que se poursuivent des actes qu'ils déclarent eux-mêmes inacceptables ou contraires au droit.

Si Gaza est réellement la cause de vos frères, quelle relation est devenue conditionnelle à cause de ce qui leur est arrivé ?

Quel accord a été reconsidéré ? Quel privilège commercial a été suspendu ? Quel coût diplomatique a été imposé ? Quel instrument collectif a rendu la poursuite de la destruction plus coûteuse que son arrêt ?

Aucun gouvernement n'est sommé de déclarer la guerre. Aucun peuple ne devrait être précipité dans une nouvelle catastrophe pour prouver sa solidarité avec les Palestiniens.

Le choix n'est pas entre la guerre et le silence.

Entre la guerre et نندد, il existe presque tout le vocabulaire de l'action d'un État.

Alors utilisez-le.

Car une fraternité qui ne se mesure qu'aux déclarations n'est pas encore une politique. Et une solidarité qui n'impose aucune conséquence à celui qui agit finit par laisser toutes les conséquences à celui qui subit.

Si, après tout ce que Gaza a enduré, l'instrument collectif le plus puissant reste encore un communiqué commençant par نندد, alors la question n'est peut-être plus de savoir ce que ressent le monde arabe et musulman.

La question est de savoir ce que ses paroles changent réellement.

À l'État qui affirme être injustement désigné

Pas aux Israéliens.

Pas aux juifs.

À l'État.

Cette distinction doit survivre à chacune des lignes qui précèdent.

Un gouvernement n'est pas un peuple. Une armée n'est pas une ethnie. Un cabinet ministériel n'est pas une religion.

Le crime d'un Israélien ne devient pas un crime juif.

Le crime du Hamas ne devient pas un crime palestinien.

Lorsque ces distinctions disparaissent, la culpabilité collective entre dans la pièce comme elle l'a toujours fait : d'abord sous la forme d'une permission, avant de devenir autre chose.

Ce réquisitoire refuse cette permission.

Et une fois la culpabilité collective écartée, ce qui reste n'est pas moins grave. C'est plus précis.

Un État. Une armée. Un mouvement de colonisation. Des puissances étrangères. Des gouvernements proclamant leur fraternité.

Chacun interrogé selon sa responsabilité. Chacun mesuré à l'aune du pouvoir dont il dispose. Chacun confronté à ses propres actes plutôt qu'à l'identité de ceux qui partagent avec lui un passeport, une religion ou une frontière.

Les cigognes, elles, ne poseront aucune de ces questions.

Cet automne, comme le précédent, elles survoleront simplement ce qui reste de la terre et poursuivront leur route vers les lieux où il leur est encore possible de se poser.

Les hommes, les femmes et les enfants qui vivent au-dessous d'elles n'ont aucun corridor vers le sud.

Et c'est peut-être là que tout se résume.

Non pas dans la question de savoir qui vous êtes.

Mais dans celle de savoir ce que vous êtes encore disposés à faire, maintenant que les faits sont à ce point accumulés et que le monde continue d'attendre de voir si, un jour, cette accumulation finira enfin par produire une conséquence.

 Laala Bechetoula

 reseauinternational.net