Alors que le pétrole et le gaz de la mer du Nord sont perçus comme une "zone de stabilité" appréciable pour nos approvisionnements en hydrocarbures, c'est pourtant de là que pourrait émerger la prochaine crise énergétique. En effet, les prévisions des spécialistes, ainsi que celles des autorités norvégiennes elles-mêmes, montrent que les réserves restantes de pétrole et de gaz sont en voie d'épuisement, ce qui entraînera un nouveau déclin de la production dès 2027. La dépendance actuelle de l'Europe au pétrole de la mer du Nord - et plus encore à son gaz - constitue donc une vulnérabilité majeure en cas de baisse rapide de leur production. Analyse.
La crise du détroit d'Ormuz rappelle la dépendance de l'Europe aux combustibles fossiles importés, comme l'avait déjà fait, il y a à peine quatre ans, la crise d'approvisionnement provoquée par le conflit russo-ukrainien. Certains voient dans la mer du Nord une nouvelle planche de salut capable de stabiliser l'approvisionnement européen en hydrocarbures. L'annonce récente de la réouverture de plusieurs champs gaziers par la Norvège a ainsi fait les gros titres de la presse française et européenne. Pourtant, peu s'interrogent sur les raisons profondes de cette dépendance européenne aux importations d'énergie.
Cette situation ne découle pas d'une volonté délibérée de dépendre de l'extérieur, mais d'une contrainte géologique : les stocks limités d'hydrocarbures extractibles des gisements de la mer du Nord. Cette région est en effet engagée dans un déclin structurel depuis le début des années 2000, déclin compensé jusqu'ici par un recours accru aux importations extra-européennes. Pis encore, la production norvégienne de pétrole et de gaz devrait accélérer sa chute dès cette année en raison de la déplétion naturelle des champs matures et de l'insuffisance des découvertes passées.
Ce déclin prévisible va considérablement accroître les tensions économiques liées à la mise en place de routes d'approvisionnement alternatives. Il s'agit d'un enjeu stratégique majeur, dont les effets se font déjà sentir et continueront de peser dans les décennies à venir. Et pourtant, celui-ci n'est malheureusement pas suffisamment pris en compte par nos décideurs politiques.