31/07/2026 legrandsoir.info  5min #321838

Pensée critique pour réarmer la culture comme outil de résistance citoyenne. Partie 1 : Football, complexité, contexte, conditionnement et cognition

Erno RENONCOURT

Ce serait une défaillance pédagogique et stratégique de tourner définitivement la page de cet événement sportif planétaire qu'a été la coupe du monde de football de 2026, sans chercher dans le contexte de faits, dans lequel elle a baigné, quelques arguments pour réarmer notre engagement en réappropriant la culture comme outil de résistance. Car le football, par-delà ses paradoxes, ses mystères et sa complexité, est aussi un attracteur culturel dont le néolibéralisme se sert pour enfumer la conscience collective des peuples. Nous allons dans cette tribune en faire la démonstration.

L'édition de la coupe du monde de la FIFA de 2026 (CDM2026), organisée simultanément sur les territoires des États-Unis, du Canada et du Mexique, s'est achevée le 19 juillet dernier. Et le peuple planétaire du football, en grande majorité pauvre, est contraint de revenir à son quotidien de misère et ses devoirs d'exclu et de chair à profit de la globalisation. Un changement de perception de la réalité qui contraste avec cette période footballistique festive, durant laquelle il avait, pendant un mois, mobilisé les raisons de ses émotions pour s'évader de ses conditions de vie, oublier son exploitation déshumanisante par le néolibéralisme et trouver, dans les beaux gestes de quelques matchs de son ou ses sélections favorites, cette " consolation pure et spontanée" dont parlait Paolo Pasolini pour évoquer le football. Un basculement tragique dans le réel d'un monde qui rappelle la justesse de la pensée d'Edouardo Galeano, dans Football, Ombre et lumière (2004) : "le football est un voyage triste, du plaisir au devoir".

Poser le cadre de la réflexion
Dans la première partie de ce texte, divisé en trois, nous cherchons à trouver, par-delà la consolation que le football procure, des enseignements qui peuvent armer cognitivement les citoyens du monde entier, pour qu'ils apprennent à résister à  l'invasion du néolibéralisme dans leur vie. Car la consolation, qu'a procuré la CDM2026, pour grande qu'elle a été, par le nombre de matchs, a aussi donné lieu, comme ce fut le cas avec le Covid en 2019, à une expérience psychologique planétaire de conditionnement. En effet, par sa dimension planétaire, incluant 48 sélections nationales, dont les plus imposantes disposent de millions de supporteurs dans le monde entier, la CDM2026 a conditionné une grande partie de la planète à être cognitivement disponible pour des expériences collectives de manipulation et d'altération des processus de la pensée humaine.

Et pour cause ! Par ses moments chargés d'excitations et ses explosions débridées de déraison devant le but ultime, - qui est, selon ce qu'a écrit Edouardo Galeano dans Football, ombre et lumière (2004), "l'orgasme du football" -, une coupe du monde de football est de fait un des terrains privilégiés d'expérimentation de la guerre cognitive. Car elle permet de mettre en place, ce que Bernard Claverie et Jean-François Trinquecoste appellent, dans Guerre cognitive et influence psychologique (2023), une ''influence cognitive orientée'', par la synchronisation, au même moment, sur un même réseau de failles, chargé de déraison et de passion, des cerveaux des millions de spectateurs et de téléspectateurs.

Manipulation foudroyante et effrayante, puisqu'elle a réussi à capter dans ses filets autant les cerveaux des illettrés que ceux des lettrés, et ce dans le monde entier. L'effroi est d'autant plus grand que selon les deux auteurs cités ci-dessus, "Les conséquences [de ces manipulations] entrainent des modifications parfois transitoires mais souvent chroniques de la vie psychique des individus, [et] des conséquences sociales qui peuvent être radicales".
Pour comprendre l'ampleur de cette manipulation, il suffit d'imaginer ce qu'un hacker informatique, mal intentionné, peut faire s'il parvenait à trouver un routage, sur le réseau internet global, qui lui permettrait d'infecter en même temps et de prendre le contrôle partiel ou total de centaines de millions d'ordinateurs dans le monde, car tous reliés au même instant sur les failles d'un même site incongru. C'est exactement cette fenêtre émotionnelle de routage que les ''ingénieurs du chaos'', comme Giuliano Da Empoli (2019) les appelle, ont trouvé durant la coupe du monde de football de 2026. Force est de constater qu'ils ont su habilement l'exploiter.

Le plan de l'argumentaire
Nous avons des données qui nous permettent de croire que la campagne médiatique, à la limite de la haine raciale, de discrétitation de l'Albiceleste relève de cette habile exploitation. Car elle a été orchestrée par un chaos informationnel qui a su exploiter, par des chocs émotionnels, les vulnérabilités cognitives, les sensibilités humanistes contre le racisme et la haine profonde contre cet ordre mondial, symbolisé par Donald Trump, d'une grande partie de l'humanité. Le cadre de notre argumentaire étant posé, dans la deuxième partie, nous allons, non seulement, expliciter, avec une modélisation graphique à l'appui, le contexte de faits qui a rendu possible le succès de cette manipulation mondiale, mais aussi et surtout, décliner la finalité géostratégique qu'elle visait. Tandis que dans la troisième et dernière partie, nous reviendrons mettre en évidence les enseignements qui peuvent être déduits de cette manipulation.

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