30/07/2026 dav8119.substack.com  7min #321768

L'approche philosophique des mégatendances

Image prise à un autre article sur les mégatendances :  am.pictet.com

 Davy Hoyau

Les mégatendances sont un mot qu'il faut ajouter au dictionnaire de notre correcteur orthographique. Ce mot n'existe pas.

Le langage tend à trouver des termes qui évoquent plus facilement des sujets communs, mais les sujets qui concernent la civilisation dans sa globalité sont encore nouveaux.

Ainsi il y a ce qu'on entend par mégatendances, ce qu'on y voit, et ce qui pourrait être collé à ce terme mais qui ne l'est pas. Nécessairement on catégorise ce terme avec les perspectives qui sont les nôtres, en particulier macro-économiques et en stratégie d'investissement.

Dans son acception actuelle, elles concernent les perspectives de développement sur le plan industriel, écologique et humain. Elles incorporent une dimension systémique sur la façon dont les pôles de décisions peuvent être connectés, selon quelles règles, et en poursuivant quel but global.

Ce sont ces buts globaux que les mégatendances dessinent, et donc les perspectives de sa définition.

Mais c'est quand même surprenant que ne soient pas incorporées d'autres mégatendances qui ne sont pas nouvelles et qui appartiennent aux mauvais choix qui ont été faits dans le passé. En particulier, les guerres, l'extermination écologique, et le sentiment d'abandon des peuples qui se sentent impuissants.

De même, n'importe quelle innovation telle que la fusion nucléaire changerait radicalement la donne. Certaines tendances ne sont donc que des événements ponctuels.

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La description qui est faite d'une zone de subduction entre deux ères distinctes de la civilisation me semble correcte. En tant qu'ingénieur, j'ai tout de suite su que le monde ne serait plus jamais le même dans l'ère de l'information.

Les mutations à l'œuvre sont celle d'une restructuration des pôles de décision et surtout de la recherche d'une manière d'y intégrer une information substantielle ; là où avant on se fiait à l'instinct, aux perceptions, et principalement la seule chose qui était concrète était le profit immédiat à court terme.

La transmutation du système social est la marque du progrès. Elle ne correspond pas tant à ce qui est idéal qu'à ce qui est possible, et ce que les premiers pas dans cette nouvelle ère permettent de faire comme erreur instructive.

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La principale remarque que je peux faire est que les mégatendances sont insignifiantes. Elle n'ont aucun intérêt et ne parlent de rien d'intéressant. Ce sont juste des réalités qui permettent d'entrevoir de nouveaux défis, et de suggérer de nouveaux moyens d'y faire face. En soit les mégatendances sont un support, un échafaudage, pour chercher une structure efficace.

C'est ce sur quoi nous testons nos théories pour voir si elles sont congruentes avec la réalité. C'est une matière première à la réflexion. Mais ce ne sont pas des vérités, au sens où il faut sans cesse se méfier de ce qu'elles nous font voir.

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Les projections statistiques sont toujours fausses par nature. Elles ne seraient pas statistiques si elles concernaient des dynamiques déterministes - déterminées par les lois de la nature qu'on connaît bien. On parle d'événements complexes, et on est obligés de faire volontairement abstraction de l'influence radicale et décisive que peuvent avoir les décisions libres.

Donc par essence quand on prévoir un effondrement biotopique pour l'an 2166, c'est une vérité, abstraction faite qu'à un moment il y a bien quelqu'un qui va réagir.

Pour prendre l'image d'une balle de foot qui est jetée en l'air, cela ne sert pas à grand chose de calculer où elle va atterrir. Celui qui a tiré en a déjà une idée, et si on connaît la nature du temps on sait que l'endroit où elle va atterrir est déjà déterminé, et qu'il n'y a rien à faire contre cela. (On ne peut que découvrir, en parcourant le temps, les effets stochastiques des facteurs aléatoires, dû par exemple au vent ou à la nature du terrain).

Dans l'image de la balle qui est jetée pour décrire les mégatendances, la question est d'y voir à quel moment on peut influer sa trajectoire pour la faire atteindre son but, alors qu'elle est déjà lancée.

L'histoire du progrès de la civilisation est toujours de déjouer les mégatendances.

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En soi il y a des erreurs légitimes qui sont faites. Lorsqu'on observe la façon dont les choses vont évoluer, la première réaction, instinctive, pulsionnelle, est de porter un jugement. On dit "c'est bien", "c'est mal".

Si le mieux est de ne rien faire, alors les conditions initiales étaient suffisantes et satisfaisantes. S'il apparaît urgent d'agir, la première chose à faire est de s'interroger sur les conditions initiales - ce qui a fait qu'on en arrive là - pour ne plus refaire cette erreur, en partant du principe que cette bataille est perdue.

S'il s'agit de rectifier le tir pour éviter le pire, alors nous sommes dans une situation d'urgence qui ne doit pas épargner la critique des conditions initiales.

C'est à ce moment-là qu'intervient la critique constructive, en tenant compte des erreurs du passé, en proposant des solutions qui auraient évité cette situation, et en appliquant une solution temporaire, adaptée à la circonstance, qui tende vers cette solution générale. C'est à ce moment-là qu'on garde l'esprit fixé sur un idéal.

En soit les mégatendances sont des faits, et les jugements qu'on a le droit d'y apposer ne sont que ceux qui correspondent à un idéal, dans le sens où si on y avait pensé avant on n'en serait pas là.

Le problème bien souvent, dans la transition entre deux systèmes, est de porter des jugements sur des projections à partir du paradigme dont elles sont issues et non à partir du paradigme qui aurait dû exister.

C'est le cadre de réalité de ce qui est observé qui détermine les jugements qui sont faits.

Ainsi il faut sans cesse se méfier des "c'est bien", "c'est mal".

Les mégatendances devraient être agnostiques, et indépendantes de tout jugement. Ce sont des faits sur lesquels on bâti notre réflexion, dans la perspective d'un idéal, ou d'un autre.

La crainte la plus grande, une réelle source d'angoisse, est d'observer avec quelle spontanéité on porte des jugements sur ces tendances tout en conférant à ces jugements la même qualité de "faits inéluctables". C'est un tour de passe-passe.

Les jugements ne sont pas des faits.

On ne peut rien dire de bien ou de mal sur les tendances. Elles sont le produit de ce que nous avons fait et pensé. La seule transformation qui vaille est celle qui touche à notre façon de penser. Et parfois, devant l'urgence d'un danger immédiat, de réagir avec soin, en tenant compte d'une façon de penser qui soit correcte.

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Autant la transition entre deux ères est un phénomène couramment admis, autant les prémisses du capitalisme ne sont toujours pas remises en causes, du moins intellectuellement. Dans la pratique, à aucun endroit on ne peut observer une concurrence libre et non-faussée ou encore moins un droit irréfragable à la propriété privée.

C'est à dire que les raisons d'agir ne sont pas fixées.

L'autre paradigme qui devrait être intégré est que les prédictions, les tendances, ne résultent en aucun cas de choix libres et conscients.

L'exemple de l'extinction biotopique pour 2166, calculée avec un modèle d'interaction de centaines de paramètres, montre ce qui se passe si on ne fait rien. Et en particulier si on ne remet pas en cause nos raisons d'agir.

Ce seul sujet est suffisant pour toute notre étude, et ensuite les propositions doivent aussi correspondre aux mégatendances. De même elles peuvent servir d'inspiration ou révéler l'intérêt de directions qui sont prises.

Il ne s'agit pas tant d'éviter cet obstacle, que de faire que cette conséquence désastreuse soit rendue impossible, illogique avec de nouvelles raisons d'agir.

L'idée principale - qui devrait être acceptée - est qu'en l'absence de raisons d'agir, l'avenir reste déterministe, et par nature il ne saurait en aucun cas produire un autre résultat que l'entropie et l'autodestruction.

L'idée principale est que l'action consciente est un composant vital à la perpétuation de l'espèce. Et que les mégatendances ne servent à rien d'autre qu'à montrer si on est sur la bonne voie ou pas.

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C'est pourquoi il est étonnant que dans les mégatendances actuelles, ne figurent pas les tendances négatives, la guerre, la plongée d'états vers la dictature, et bien évidemment l'extinction biotopique.

De même qu'en psychologie, on cherche à nommer et classifier les pathologies, on cherche leurs causes, et en face de cela, sans vraiment de rapport, on élabore des principes du savoir-vivre, de la communication non-violente, et de l'épanouissement personnel et professionnel. Les deux ne sont pas très connectés à ceci près que les pathologies diminuent si la communication non-violente augmente. Pour autant, ce n'est pas un principe de guérison ; au plus c'est un outil.

De la même manière, les tendances entropiques, la pollution, la corruption génétique, et l'ingénierie sociale sont des facteurs qui doivent être pris en compte, non comme des motivations mais comme des séquelles de la défaillance de nos systèmes, y compris ceux qu'on imagine pour le futur.

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