28/07/2026 reseauinternational.net  16min #321522

L'Eco est-il réellement arrivé à maturité ?

par Dr Justin Katinan Kone, ancien ministre

La monnaie commune, une transition raisonnable vers la monnaie unique.

La CEDEAO veut engager en 2027 le lancement progressif de l'ECO. L'ambition est légitime. Elle ne dispense pourtant pas de regarder l'état réel de nos économies - faiblesse des échanges régionaux, chocs asymétriques, fragilité des finances publiques - ni de poser les questions politiques que soulève le calendrier. Une étape s'impose : une monnaie commune de règlement avant la monnaie unique.

À première vue, l'Afrique de l'Ouest touche enfin au but : l'ECO est annoncé pour 2027. Depuis 1975, pourtant, la monnaie unique a été régulièrement annoncée, différée, puis relancée. Cette fois, la CEDEAO prévoit d'avancer avec les pays qui remplissent les critères de convergence ; les autres rejoindraient le mouvement plus tard.

C'est ce que les chefs d'État et de gouvernement ont décidé le 19 juillet 2026 en Sierra Leone, lors de la 69e session ordinaire de la Conférence. Le communiqué final confirme le principe d'un démarrage progressif. Il reconnaît aussi, sans détour, que des questions importantes restent à régler entre la Commission, l'Agence monétaire de l'Afrique de l'Ouest et les banques centrales.

Encore faut-il s'entendre la sémantique "remplir les critères". Ces critères de convergence, largement hérités du modèle européen, ressemblent à un lit de Procuste : un cadre unique, taillé d'avance, dans lequel on veut faire entrer des économies très dissemblables, quitte à couper ce qui dépasse. Dans la pratique, tout se ramène trop souvent à un seul chiffre : un déficit budgétaire qui ne doit pas excéder 3% du PIB. Or ce critère est un rapport entre deux grandeurs, le déficit et la richesse nationale, et chacune des deux peut être arrangée. Un État peut afficher un déficit plus flatteur en reportant sur l'exercice suivant des dépenses pourtant inévitables, en sortant certains engagements du périmètre du budget ou en comptant sur une recette exceptionnelle qui ne se reproduira pas. Il peut aussi jouer sur le second terme : une réévaluation du PIB, parfaitement légale, fait mécaniquement baisser le ratio sans qu'un seul franc de dépense ait été économisé. Le même "3%" peut donc récompenser un effort réel ou habiller une facilité comptable. C'est toute la limite d'une convergence lue dans les seuls tableaux.

L'annonce appelle donc moins des applaudissements que des réponses. Une date a été fixée. Mais la région est-elle prête ? Les économies appelées à partager la même monnaie commercent-elles assez entre elles ? Peuvent-elles encaisser ensemble une crise qui ne les frappe pas de la même manière ?

L'objectif est incontestablement noble. L'Afrique de l'Ouest a indéniablement besoin d'une monnaie qui serve son intégration et réduise certaines dépendances. Ce qui est critiqué ici est le raccourci qui consiste à croire que la volonté politique, aussi forte soit-elle, peut tenir lieu de fondation économique. Les difficultés qui ont retardé l'ECO pendant un demi-siècle sont toujours là. Trois me paraissent décisives.

I. Trois obstacles majeurs qui n'ont pas disparu

1. Des échanges intracommunautaires encore trop faibles

Le commerce entre les pays de la CEDEAO reste inférieur à 15% du commerce total de la région. Les chiffres varient selon les années et selon que l'on prend ou non en compte les échanges informels, mais l'ordre de grandeur ne change pas le diagnostic : nos économies vendent et achètent encore principalement hors de la Communauté.

Une monnaie unique trouve sa force dans l'interdépendance. Elle est particulièrement utile lorsque les entreprises d'un pays achètent souvent dans les pays voisins, lorsque les chaînes de production traversent les frontières et lorsque les travailleurs comme les capitaux se déplacent sans obstacles majeurs. Nous en sommes loin. Nos économies restent tournées vers l'exportation de matières premières agricoles, minières ou énergétiques - cacao, pétrole, or, coton, bauxite, gaz - vendues sur les marchés mondiaux, tandis qu'elles importent de l'extérieur machines, médicaments et produits manufacturés. Cette structure les maintient dans l'orbite du dollar et de l'euro.

À cela s'ajoute le coût du commerce régional : routes insuffisantes, liaisons ferroviaires rares, contrôles nombreux, prélèvements informels aux frontières. Une monnaie ne fabrique pas des routes. Certes, en réduisant les frais de conversion et l'incertitude de change, elle peut donner de l'élan aux échanges ; mais elle ne peut approfondir que ce qui existe déjà.

L'Europe, souvent citée en exemple, n'a pas commencé par l'euro. La Communauté européenne du charbon et de l'acier a vu le jour en 1951. Le traité de Rome a créé la Communauté économique européenne en 1957. Le Système monétaire européen et l'ECU, unité de compte commune, sont apparus en 1979. Le traité de Maastricht est venu ensuite, et l'euro n'a été introduit sous forme scripturale qu'en 1999, les billets et les pièces circulant à partir de 2002. Un demi-siècle de construction patiente. Le résultat : selon Eurostat, plus de 60% du commerce de marchandises des États membres se fait aujourd'hui à l'intérieur de l'Union, cette part approchant 80% pour des pays comme la Slovaquie ou le Luxembourg. C'est cette densité d'échanges qui donne à l'euro sa raison d'être ; rien de comparable n'existe encore chez nous.

Personne ne demande à l'Afrique de copier l'Europe. Notre histoire, nos besoins et nos contraintes sont différents. Mais une leçon demeure : la monnaie unique couronne généralement un processus d'intégration ; elle ne saurait en tenir lieu.

2. Des économies fragiles, exposées à des chocs différents

La deuxième difficulté tient à la structure de nos économies. Le Nigeria pèse lourd dans la région et dépend encore fortement du pétrole et du gaz. La Côte d'Ivoire et le Ghana sont très sensibles aux cours du cacao. D'autres pays dépendent davantage de l'or, du coton, du tourisme, de l'aide extérieure ou des transferts de leurs diasporas.

Ces économies ne sont pas frappées par les mêmes événements au même moment. Une hausse du prix du pétrole profite au Nigeria mais alourdit la facture des pays importateurs. Une chute du cacao atteint directement la Côte d'Ivoire et le Ghana, sans produire le même effet ailleurs. C'est ce que les économistes appellent un choc asymétrique. Dans une union monétaire, chaque État renonce à son taux de change et à sa politique monétaire ; la banque centrale commune fixe un même taux d'intérêt pour tout le monde. Que fera-t-elle si l'économie dominante connaît une expansion tandis que plusieurs autres pays entrent en récession ? La politique adaptée aux uns peut aggraver la situation des autres.

Notre région a déjà vécu pareille épreuve. La dévaluation du franc CFA de 1994 a montré combien une décision monétaire prise sous la pression d'un choc extérieur peut bouleverser les économies, les prix et les sociétés des pays qui la subissent sans l'avoir choisie.

Le problème n'est pas insurmontable, mais il exige des mécanismes capables d'en répartir le coût : mobilité réelle des travailleurs, fonds de stabilisation, soutien aux systèmes bancaires, capacité d'emprunt commune, transferts budgétaires en cas de crise. Or ces instruments restent faibles ou mal définis au niveau de la CEDEAO. Nous parlons beaucoup des critères d'entrée ; nous parlons peu de ce qui se passera le jour où un pays membre sera frappé par une crise grave. Qui soutiendra ses banques ? Qui lui prêtera si les marchés lui ferment leurs portes ? Le vrai test d'une monnaie, c'est la première crise.

3. Des finances publiques trop fragiles

On l'a dit : le critère du déficit, à lui seul, peut recouvrir des situations très différentes. Encore faudrait-il, même en le prenant au pied de la lettre, que la convergence soit au rendez-vous. Elle ne l'est pas. Le dernier rapport de convergence publié par l'Agence monétaire de l'Afrique de l'Ouest est sans appel : en 2023, un seul État membre, le Cabo Verde, respectait les quatre critères de premier rang - déficit budgétaire, inflation, financement monétaire du déficit, réserves extérieures. Et en décembre 2025 encore, la Conférence des chefs d'État elle-même exprimait sa "vive préoccupation face au faible niveau de convergence macroéconomique". Le FMI a d'ailleurs fait le calcul pour l'UEMOA : au rythme observé depuis vingt ans, l'objectif communautaire de 20% de pression fiscale ne serait atteint qu'en 2048, voire après 2060 selon les projections les plus prudentes. On lance donc en 2027 une monnaie dont la fondation budgétaire, au train où vont les choses, ne sera prête qu'une génération plus tard.

Le point le plus préoccupant reste la faiblesse des recettes intérieures. Selon les Statistiques des recettes publiques en Afrique 2024 (OCDE/ATAF/Union africaine), la pression fiscale s'établissait en 2022 à environ 10,8% du PIB au Nigeria - et encore ce chiffre résulte-t-il d'une révision statistique récente qui l'a presque doublé -, autour de 14% au Ghana comme en Côte d'Ivoire, et près de 17% au Sénégal, pour une moyenne africaine de 16%. Aucun pays de la Communauté n'atteint le seuil de 20% que la CEDEAO s'était elle-même fixé comme référence. Le paradoxe est cruel : les plus grosses économies de la région sont celles qui transforment le plus mal leur richesse en recettes publiques.

Recettes fiscales en pourcentage du PIB, 2022 (valeurs arrondies ; Nigeria : chiffre issu de la révision statistique de 2023). Source : OCDE/ATAF/CUA, Statistiques des recettes publiques en Afrique 2024.

Le poids de l'informel compte beaucoup dans cette faiblesse. S'y ajoutent les exonérations, la fraude, l'étroitesse de certaines assiettes et les limites de l'administration fiscale. La Côte d'Ivoire elle-même, troisième économie de la Communauté et souvent citée en modèle, vise 15,4% de pression fiscale en 2025 et ne projette que 18% à l'horizon 2030 - en deçà du seuil communautaire, notamment parce que les exonérations consenties pour attirer les investisseurs privent le Trésor d'une partie de la richesse créée sur son sol, dont les profits, eux, se convertissent en devises et repartent. Lorsque les recettes ne suffisent pas, la dette prend le relais. Or une part importante de cette dette est libellée en devises étrangères. Son remboursement exige des dollars ou des euros. Même après l'adoption de l'ECO, une dette en dollars restera une dette en dollars : le changement de monnaie ne fera pas disparaître la contrainte extérieure.

Il y a enfin un risque de responsabilité partagée sans pouvoir partagé. La mauvaise gestion d'un État peut affecter la crédibilité de tous ; à l'inverse, une union qui refuserait toute solidarité se disloquerait à la première épreuve. Avant d'émettre l'ECO, il faut donc savoir comment seront traitées les crises bancaires, les dettes insoutenables et les pertes éventuelles. Ces sujets sont moins populaires que le dessin d'un billet. Ils sont pourtant plus importants.

II. La monnaie commune comme voie de transition

Les obstacles ci-dessus rappelés ne condamnent pas l'intégration monétaire. Ils commandent une méthode. Entre le statu quo et le passage immédiat à la monnaie unique, il existe une étape réaliste : la monnaie commune de règlement.

1. Une unité de compte avant une monnaie de tous les jours

La monnaie commune ne remplacerait pas immédiatement le naira, le cedi, le franc guinéen, le dalasi, le leone, le dollar libérien, l'escudo cap-verdien ou le franc CFA. Elle serait d'abord une unité de compte régionale, scripturale ou numérique, destinée aux échanges entre les pays de la Communauté. Les entreprises pourraient facturer certaines opérations dans cette unité ; les banques commerciales ouvriraient des comptes de règlement correspondants ; les banques centrales enregistreraient les créances et les dettes entre pays. La valeur de l'unité serait définie par une règle publique, par exemple un panier représentatif des monnaies et des échanges de la région.

Cette formule a un mérite politique : elle permet de commencer sans exiger de chaque État qu'il abandonne immédiatement sa monnaie. Et un mérite pratique, plus décisif encore : elle oblige les institutions à apprendre à travailler ensemble avant que le choix ne devienne irréversible. L'ECU européen a joué, dans un autre contexte, un rôle comparable. L'Afrique de l'Ouest peut inventer un dispositif mieux adapté à ses réalités, notamment à l'importance du commerce informel et aux progrès rapides du paiement numérique.

2. Compenser les échanges plutôt que réclamer des dollars à chaque opération

Prenons un cas concret. Lorsqu'une entreprise ivoirienne - la Société Ivoirienne de Raffinage, par exemple - achète du pétrole brut au Nigeria, la transaction se règle aujourd'hui en dollars, alors même qu'elle met en relation deux économies de la même région. Il faut trouver ces dollars, les acheter au besoin sur le marché, et puiser pour cela dans des réserves de change qui seraient plus utiles ailleurs. Le même détour s'impose à d'innombrables échanges régionaux.

Avec une monnaie commune, les paiements régionaux seraient enregistrés dans l'unité partagée. À intervalles réguliers, un système de compensation calculerait ce que chaque banque centrale doit réellement aux autres, et seuls les soldes nets seraient réglés dans les actifs de réserve convenus. La monnaie commune ne supprimerait pas, par magie, le besoin de dollars ou d'euros. Elle le réduirait en évitant de régler séparément chaque transaction. C'est la compensation, davantage que le nom de la monnaie, qui produit l'économie de réserves. Au bout du compte, une transaction entre Abidjan et Lagos devrait devenir, du point de vue monétaire, aussi banale qu'une transaction entre Katiola et Man.

Ce mécanisme n'a d'ailleurs plus rien d'une vue de l'esprit. Depuis janvier 2022, le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé par Afreximbank avec le Secrétariat de la ZLECAf et l'Union africaine, permet de régler les échanges transfrontaliers en monnaies locales, la compensation ne portant que sur les soldes - et c'est l'Afrique de l'Ouest qui lui a servi de laboratoire, le système ayant été expérimenté avec les banques centrales de la Zone monétaire ouest-africaine avant son lancement à Accra. Il connecte aujourd'hui vingt-huit pays et plus de cent quatre-vingt-dix banques. La leçon mérite d'être méditée : pendant que la CEDEAO se donne des dates pour la monnaie unique, la zone de libre-échange continentale bâtit dans le bon ordre - le commerce d'abord, les paiements ensuite, la monnaie à la fin. La monnaie commune suggérée n'exige donc aucune invention : il s'agit d'adosser la Communauté à une infrastructure qui fonctionne, en la dotant de ce qui lui manque encore, une unité de compte régionale et des règles propres.

Le dispositif pourrait d'abord concerner les grandes opérations commerciales et les entreprises du secteur formel, puis s'étendre aux paiements de détail, aux transferts des migrants et, avec des règles adaptées, à une partie des échanges transfrontaliers aujourd'hui informels. Les cambistes de nos frontières ont déjà créé, par la pratique, des passerelles entre les monnaies nationales ; leur référence demeure souvent le dollar. Une unité régionale transparente pourrait devenir cette référence. Mais cela suppose des taux de conversion crédibles, une liquidité suffisante et une surveillance sérieuse : il ne suffit pas de déclarer les monnaies interchangeables pour qu'elles le deviennent.

Ce mécanisme pourrait d'abord concerner les grandes opérations commerciales et les entreprises du secteur formel, puis s'étendre aux paiements de détail, aux transferts des migrants et, avec des règles adaptées, à une partie des échanges transfrontaliers aujourd'hui informels. Les cambistes de nos frontières ont déjà créé, par la pratique, des passerelles entre les monnaies nationales ; leur référence demeure souvent le dollar. Une unité régionale transparente pourrait devenir cette référence. Mais cela suppose des taux de conversion crédibles, une liquidité suffisante et une surveillance sérieuse : il ne suffit pas de déclarer les monnaies interchangeables pour qu'elles le deviennent.

3. Les garanties sans lesquelles la transition échouerait

Cette monnaie commune aurait besoin d'une institution clairement identifiée, d'un fonds de garantie et de règles applicables à tous. Les déficits persistants dans le système de compensation devraient être limités ; les modalités de règlement des soldes, les sanctions et la procédure de règlement des différends devraient être connues à l'avance.

Restent les questions de gouvernance, les plus délicates. Quel poids accorder au Nigeria ? Comment représenter les pays de l'UEMOA et ceux qui disposent de leur propre monnaie ? Où seront tenus les comptes et les réserves ? Quel contrôle exerceront les parlements ? Une intégration durable ne peut reposer sur l'opacité ou sur le sentiment qu'un groupe impose son architecture aux autres. La monnaie commune servirait justement à éprouver ces règles : si le système fonctionne, si les déséquilibres sont maîtrisés et si les échanges régionaux progressent, le passage à la monnaie unique reposera enfin sur une expérience partagée, et non sur une promesse.

III. Ce que le calendrier doit au politique

Il faut enfin dire ce que beaucoup pensent tout bas. Le 21 décembre 2019, le président ivoirien participait le matin, à Abuja, au sommet de la CEDEAO consacré à l'ECO. L'après-midi même, à Abidjan, aux côtés du président Macron, il annonçait la transformation du franc CFA en un "ECO" conservant l'essentiel de l'architecture existante : arrimage à l'euro, garantie française. Ce précédent explique, pour une large part, pourquoi une partie de l'Afrique de l'Ouest ne fait plus confiance au processus. Le nom avait été pris avant que la chose commune n'existe.

Le communiqué de juillet 2026 confie de nouveau le pilotage du dossier au même président ivoirien, seul membre encore en fonction de la task force présidentielle. Et la date retenue - 2027 - coïncide avec la fin du second mandat d'Emmanuel Macron. Peut-être n'est-ce qu'un hasard de calendrier. Mais quand un projet attendu depuis cinquante ans s'accélère soudain pour aboutir avant le départ de l'un de ses parrains, la question mérite d'être posée : prépare-t-on la monnaie de quinze peuples, ou boucle-t-on un dossier avant une échéance électorale française ?

Si l'ECO de 2027 devait n'être que le CFA de 2019 étendu à quelques États de plus - mêmes réserves, mêmes règles, même tutelle à peine voilée -, alors il ne serait pas une monnaie africaine mais un clone du CFA, et il échouerait comme échouent toutes les monnaies qui n'appartiennent pas à ceux qui les utilisent. Une monnaie africaine n'est pas souveraine parce qu'elle porte un nom africain ; elle l'est lorsque ses règles, ses réserves et ses institutions sont effectivement maîtrisées par ceux qui l'utilisent. C'est pour éviter cet échec que je plaide pour la monnaie commune : elle seule permet de bâtir, sous contrôle africain et à ciel ouvert, les règles, les réserves et les institutions sans lesquelles la monnaie unique ne sera qu'un drapeau de plus.

Aller doucement parce que nous sommes pressés

La formule de Laurent Gbagbo garde ici tout son sens : "Allons-y doucement parce que nous sommes pressés". Aller doucement ne signifie pas renoncer. Cela signifie éviter qu'un projet historique échoue parce qu'on aura voulu gagner quelques années après en avoir déjà perdu cinquante.

L'Afrique de l'Ouest doit sortir du faux choix entre l'immobilisme et la précipitation. Elle peut avancer dès maintenant : renforcer les infrastructures, faciliter le commerce, mobiliser davantage de recettes fiscales, créer un système régional de compensation et tester une unité de compte commune. Lorsque nos économies commerceront davantage entre elles, lorsque la convergence ne sera plus un résultat occasionnel et lorsque la solidarité aura été éprouvée en période difficile, la monnaie unique ne sera plus un saut dans l'inconnu : elle deviendra la suite logique de l'intégration.

L'ECO ne réussira pas parce qu'une date aura été annoncée. Il réussira lorsque les économies qui doivent le porter auront appris à vivre et à affronter les crises ensemble.

Sources principales

1. CEDEAO, Communiqué final de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement, Sierra Leone, 19 juillet 2026 ; communiqué de la Conférence de décembre 2025 sur la convergence macroéconomique.

2. Agence monétaire de l'Afrique de l'Ouest (AMAO), Rapport sur la convergence macroéconomique de la CEDEAO au titre de l'année 2023.

3. OCDE/ATAF/CUA, Statistiques des recettes publiques en Afrique 2024 (données 2022).

4. Eurostat, Intra-EU trade in goods - main features.

5. FMI, rapport régional sur l'UEMOA, avril 2025 (projection de l'objectif de pression fiscale de 20%).

6. Gouvernement de Côte d'Ivoire : objectif de recettes 2025 (8 761,3 milliards FCFA, pression fiscale de 15,4%) ; pression fiscale projetée à 18% en 2030 (PND 2026-2030).

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