
Par Ali Ahmadi, le 24 juin 2026
Le protocole qui a mis fin à la guerre de 2026 avec l'Iran est largement perçu à Washington comme une concession. Les détracteurs de droite considèrent ce protocole d'accord (MoU) comme une récompense accordée à un pays qui aurait dû être condamné à subir seul les retombées du conflit.
La comparaison la plus répandue assimile l'allègement des sanctions à l'accord sur le nucléaire de 2015, comme si Téhéran avait été réintégré dans l'économie mondiale d'un seul coup.
Cette interprétation ne tient pas la route. Washington a fait des concessions pour mettre fin à la guerre et rétablir le trafic dans le détroit d'Ormuz. L'accord reflète ces priorités. Ce que l'Iran obtient est plus limité que ne le laisse entendre le débat public, et une grande partie demeure incertaine tant en termes de portée que de durée. Les conditions énoncées dans le MoU se déclinent en trois catégories distinctes.
Ce que l'Iran obtient concrètement
La première catégorie concerne les avantages dont l'Iran bénéficiera dans la pratique. Il s'agit de l' accès à environ 12 milliards de dollars de ses propres fonds détenus à l'étranger, ainsi que d'une dérogation lui permettant de vendre son pétrole et ses produits pétroliers pendant une période de négociation de 60 jours.
L'Iran vendait déjà ce pétrole, en grande partie à la Chine. Cette dérogation ne lui ouvre donc pas de nouveaux marchés. Elle a pour effet de réduire la décote imposée par les sanctions que l'Iran a été contraint d'accepter sur chaque baril - décote qui s'est déjà réduite à 1 dollar le baril - et de faciliter l'entrée des recettes sur le territoire national. Le gain est réel, mais il se mesure en termes de marges plutôt qu'en contribution à l'économie mondiale.
Cet accès revêt également une dimension politique. La possibilité de rapatrier des fonds sans se heurter au même niveau de frictions compte pour la stabilité intérieure, en particulier après une période de pression soutenue sur l'économie. Pourtant, même dans ce cas, il ne faut pas trop en surestimer les effets. Il s'agit des fonds propres de l'Iran, débloqués à des conditions susceptibles d'évoluer à tout moment, et l'architecture globale des sanctions reste intacte.
La deuxième catégorie comprend des concessions temporaires et réversibles. La plus évidente est le retrait des forces américaines de la périphérie de l'Iran. Cette mesure a du poids, mais sa pérennité est incertaine. Le bilan de l'administration du président américain Donald Trump nuit à la confiance à l'égard de ses engagements, et ce retrait était en partie inévitable.
Les États-Unis ne peuvent maintenir indéfiniment un tel niveau de déploiement dans la région. Un certain repli aurait de toute façon eu lieu, quel que soit l'accord conclu.
Même le déblocage des avoirs gelés peut être annulé dans la pratique. L'administration de l'ancien président américain Joe Biden avait débloqué environ 6 milliards de dollars de fonds iraniens, pour les re-geler ensuite sous la pression nationale et israélienne. Au fil du temps, de tels incidents ont érodé la crédibilité américaine. Une concession capable d'être annulée d'un simple trait de plume est considérée comme nulle avant même d'avoir été mise à l'épreuve, et cette méfiance influence la manière dont Téhéran interprète le cadre actuel.
La réversibilité est désormais au cœur des négociations. On répète depuis des années que l'Iran et les États-Unis ne se font pas confiance, mais la nature de cette méfiance a évolué. Au cours des négociations de 2013 à 2015, les responsables iraniens se sont demandé si Washington respecterait ses engagements à long terme.
Ce qui a évolué, c'est la nature de cette méfiance. À l'époque, les responsables iraniens doutaient de la loyauté américaine à long terme, alors qu'ils partent désormais du principe que Trump cherchera activement à renier ses engagements avant même que l'encre d'un accord n'ait eu le temps de sécher.
La crédibilité diplomatique revêt une importance que Trump n'a jamais su apprécier à sa juste valeur. Une concession susceptible d'être annulée d'un simple trait de plume perd beaucoup de sa valeur avant même d'être sérieusement envisagée, et cette dépréciation affecte particulièrement les éléments les plus sensibles de ce cadre.
La troisième catégorie concerne ce qui n'a fait l'objet d'aucun engagement. La levée des sanctions et la création d'un fonds d'investissement de 300 milliards de dollars ne constituent pas actuellement d'obligations. Ce ne sont que des déclarations conditionnelles liées à la conclusion d'un accord nucléaire plus large dans le délai de 60 jours.
En réalité, l'idée d'un fonds d'investissement de 300 milliards de dollars, initialement proposée par les pays du CCG lors des négociations de l'année dernière à Oman, reste un concept largement abstrait.
Bien que la Maison Blanche affirme que des fonds ont été engagés, la structure et les paramètres des fonds restent flous et en sont probablement encore à la phase initiale de planification. La question de savoir si un tel fonds attirera 300 milliards de dollars - un chiffre dont l'origine est inconnue - ou s'il verra réellement le jour relève largement de la spéculation.
Après le Plan d'action global conjoint (JCPOA) de 2015, malgré les assurances américaines et un climat géopolitique nettement plus favorable, les investisseurs internationaux hésitaient déjà à prêter de l'argent à l'Iran au-delà d'un délai de remboursement d'un an. Ils craignaient qu'une rupture de l'accord n'empêche l'Iran de les rembourser. Que les mesures les plus marquantes de l'accord soient celles qui font l'objet de réserves ne joue guère en faveur du contexte politique de cet accord.
Le dossier nucléaire remis sur le tapis
On s'est moins intéressé à ce que l'Iran pourrait proposer en contrepartie. Au-delà de la dilution de son stock d'uranium hautement enrichi, la situation reste floue. Cette incertitude fait elle-même partie intégrante du dossier, reflétant à la fois le rythme des négociations et les contraintes politiques pesant sur toutes les parties.
Lors du cycle de négociations qui a précédé tant la guerre récente que le conflit de douze jours, l'Iran s'était montré disposé à suspendre l'enrichissement pendant plusieurs années. Il avait également évoqué un retour à un enrichissement plafonné à 3,67 % sous la surveillance étroite de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), assorti d'une clause de stockage zéro. Les détails sont techniques, mais un tel cadre aurait été susceptible de réduire considérablement les risques de prolifération et d'allonger le délai nécessaire à une éventuelle "rupture" du programme.
Rien ne garantit que ces mêmes conditions soient à nouveau sur la table. Le président du Majlis, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré :
"Notre pays ne rétablira pas les conditions d'avant-guerre".
Bien que ses propos aient porté principalement sur le détroit d'Ormuz, ils ont été interprétés de manière plus large comme un signal indiquant que Téhéran s'attend à une nouvelle répartition des rôles dans tout accord renouvelé.
Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a également indiqué qu'"à l'heure actuelle, aucune décision n'a encore été prise" et que la position de l'Iran en matière de concessions doit être définie par le Conseil suprême de sécurité nationale et approuvée par le Guide suprême.
Néanmoins, un accord reprenant des éléments des propositions antérieures, tels qu'une suspension pluriannuelle pouvant aller jusqu'à 10 ans ou plus, et des restrictions en matière de constitution de stocks, constituerait un résultat significatif pour Washington. Ce serait l'occasion pour l'administration Trump d'affirmer avoir obtenu des concessions plus approfondies que celles obtenues sous l'ancien président américain Barack Obama, même si le chemin menant à ce résultat a été déterminé par un contexte bien plus instable.
Cette affirmation ne suffira toutefois pas à faire oublier les conséquences de la politique antérieure. Lorsque les États-Unis se sont retirés de l'accord sur le nucléaire, ils ont libéré l'Iran des contraintes en matière de recherche et de développement. Depuis, l'Iran a renforcé ses capacités d'enrichissement, notamment grâce au développement et au déploiement de centrifugeuses plus efficaces.
L'objectif qui guidait autrefois la politique américaine, à savoir maintenir l'Iran à au moins un an de disposer de suffisamment de matières pour fabriquer une arme nucléaire, n'est plus envisageable dans la même optique.
Toute comparaison avec l'accord de l'ère Obama doit donc être abordée avec prudence. L'accord de 2015 suspendait les sanctions secondaires de manière large et illimitée dans le temps. Il a permis à l'Iran de renouer avec les marchés mondiaux et de récupérer l'accès à ses avoirs à l'étranger, estimés à plus de 100 milliards de dollars. Les échanges commerciaux se sont développés, les canaux financiers se sont rouverts et les entreprises iraniennes ont gagné en marge de manœuvre pour opérer dans un cadre plus prévisible.
Le cadre actuel n'offre rien de comparable. Son impact économique est bien moindre et plus strictement défini, et il ne modifie pas de manière durable la structure sous-jacente des sanctions.
Une comparaison plus pertinente s'impose avec le Plan d'action conjoint, l'accord provisoire qui a précédé l'accord de 2015. Les conditions actuelles sont plus avantageuses que celles de l'accord précédent pour des raisons évidentes. Washington voulait garantir la réouverture du détroit d'Ormuz et stabiliser les flux énergétiques. Cette exigence a façonné les concessions proposées et explique pourquoi les termes peuvent sembler déséquilibrés à l'aune d'ambitions stratégiques plus larges.
L'accord & ses limites
Rien ne garantit que la période de 60 jours donnera lieu à un accord durable. La réversibilité même qui fragilise les engagements américains limite également les incitations de l'Iran à consentir des concessions contraignantes, et les deux parties évoluent dans un cadre politique particulièrement délicat.
Ce protocole d'accord fait suite à une campagne militaire qui a coûté la vie à des personnalités iraniennes de haut rang et à des milliers de civils. Il intervient dans un contexte où Washington ne dispose pas de moyens de pression décisifs, malgré sa puissance militaire. Toute perspective de symétrie quant au résultat repose sur une hypothèse qui ne correspond ni à l'équilibre des forces ni aux coûts déjà engagés.
C'est dans cette optique qu'il convient d'interpréter l'accord. Il traduit une tentative de limiter les retombées négatives d'une guerre qui n'a pas abouti à un résultat convaincant. La décision de poursuivre le conflit a défini les paramètres auxquels la diplomatie doit désormais se conformer, réduisant ainsi la marge de manœuvre pour des objectifs plus ambitieux.
Pour les décideurs politiques à Washington, la question n'est pas de savoir combien de concessions ont été accordées, mais ce que cet accord permet concrètement d'obtenir. Des objectifs tels que le renversement du gouvernement iranien, sa capitulation forcée ou l'élimination de l'influence régionale de l'Iran n'ont jamais été réalistes. La situation actuelle offre une opportunité plus restreinte, façonnée par les limites exposées pendant le conflit.
Les États-Unis ont une réelle opportunité de régler définitivement la question nucléaire iranienne et de réformer leurs relations avec l'Iran, alors que, président après président, les dirigeants américains ont clairement fait savoir que les impératifs de sécurité nationale des États-Unis se situent ailleurs dans le monde.
Tenter de geler le plus grand nombre possible d'avoirs iraniens sur des comptes bancaires au Qatar ou d'entraver les ventes de produits pétrochimiques iraniens le plus longtemps possible ne saurait constituer un critère de réussite diplomatique.
Une telle démarche exige une cohérence qui a fait défaut ces dernières années, ainsi qu'une volonté d'accepter des résultats qui ne répondent pas à des objectifs maximalistes.
Le protocole d'accord ne résout pas ces questions. Il crée un terrain propice à leur traitement, tout en mettant en évidence les limites du champ d'action actuel. Cette opportunité sera exploitée ou non en fonction de décisions à venir, et de la volonté des deux parties de dépasser les schémas qui ont régi leurs relations pendant des décennies.
Traduit par Spirit of Free Speech