16/06/2026 elucid.media  3min #317202

L'économie du Donut : sortir enfin de l'obsession de la croissance

Par  Alexandra Buste, Xavier Lalbin

Le PIB mondial a plus que doublé ces deux dernières décennies. Cette performance masque une réalité sociale et environnementale alarmante : la destruction des systèmes vitaux de la planète s'accélère tandis que les besoins de base de milliards d'individus restent insatisfaits. Face à l'obsession d'une croissance qui ne profite pas à tous, le modèle du Donut, théorisé par l'économiste Kate Raworth, émerge comme une boussole plus efficace pour mesurer le bien-être des individus. Ce cadre propose de piloter nos sociétés non plus vers l'expansion infinie, mais vers un espace sûr et juste, capable de garantir la dignité humaine sans franchir les limites planétaires.

Depuis les années 1950, le Produit Intérieur Brut (PIB) est devenu l'alpha et l'oméga de la mesure du progrès. Pourtant, son augmentation ne garantit ni la réduction des inégalités ni le bien-être social.  Pire : elle peut aggraver la pollution, creuser les écarts de richesse et dégrader la qualité de vie. Dès 1970, Jacques Delors dénonce une opulence sans épanouissement. En 2008, la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi enfonce le clou : le PIB, conçu pour mesurer la production, est un mauvais indicateur du bien-être ou de la durabilité. Il ignore l'essentiel : santé, équité, environnement.

En 2012, l'économiste Kate Raworth propose un modèle qui permet de visualiser deux frontières critiques. D'une part, un "plancher social" représente les besoins humains fondamentaux comme l'accès à l'eau, à la santé et à une voix politique. D'autre part, un plafond écologique délimite les seuils écologiques à ne pas dépasser pour préserver l'équilibre de la planète. Le juste équilibre social et écologique se situe entre ces deux frontières.

Ce modèle dresse un constat sans appel : en 2022, malgré l'envolée de la richesse mondiale, 2 milliards d'individus ne peuvent toujours pas satisfaire leurs besoins essentiels. En parallèle, la pression exercée sur la planète s'est considérablement aggravée sur les deux dernières décennies, dépassant désormais sept des neuf limites planétaires. Ce paradoxe souligne l'urgence de mettre en place un modèle économique garantissant  une prospérité soutenable indépendante de la croissance du PIB.

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