30/05/2026 reseauinternational.net  4min #315529

Pénurie ou pénurie ?

par Patrick Reymond

Certains me font marrer. Ils parlent d'effondrement en disant que ça ne change rien, qu'on a des effondrements tous les 7 ans, et que ça repart. En fait, non.

Ce dont il est question, c'est l'effondrement de certains segments financiers, industriels ou commerciaux, chose qu'il est possible de replâtrer en utilisant des choses connues comme l'impression monétaire. Avec beaucoup de casse, bien sûr.

En fait, quand il y a effondrement, c'est qu'une structure indispensable craque. La crise asiatique, la crise des dotcoms, celle des subprime, n'étaient en fait pas des effondrements, mais le retour à la réalité des fondamentaux.

Or, les fondamentaux vitaux n'avaient pas été touché. Même en 2008, si la crise était sérieuse, elle n'a pas été mortelle, parce que le soubassement de la société, l'énergie en générale et le pétrole en particulier ne se sont pas effondrés, seul le pétrole classique se contente au mieux de faire du sur-place, au pire de reculer un peu, compensé qu'il est par les progrès d'efficacité ou la bifurcation sur d'autres énergies encore en quantités suffisantes.

Dans le cas français, la dernière crise d'effondrement réelle avant celle-ci, ça a été mai/juin 1940 où l'énergie disponible diminue de moitié (le charbon) ou disparait quasiment (le pétrole) et l'économie passe en mode de fonctionnement dégradé, et politiquement en mode "impitoyable guerre civile".

Aujourd'hui, il est très clair qu'on passe en mode passablement dégradé, avec le - 30% de consommation de produits pétroliers sur la première dizaine de jour de mai et  14% sur les 20 premiers jours du même mois. Un rebond ? Pas certain. En avril,  la baisse était de 6.5%, donc, on est dans une optique de doublement.

J'ai une explication qui vaut ce qu'elle vaut, mais je la donne. Le secteur privé et les retraites sont dans le secteur privé, généralement payées vers le 10 du mois. Sans doute a t'on fait durer les pleins et le plaisir sur les dix premiers jours, ce qui a permis à la deuxième dizaine d'être moins négative.

Mais bon, l'économie réelle elle a sans doute reflué de 10% minimum. Bien entendu, le pipeautage financier nous fait croire que nous sommes encore en croissance, au pire en stagnation, mais faire 1% quand le déficit budgétaire atteint 6%, il y a comme un hic sur la véracité de cette croissance.

Emmanuel Todd disait qu'il fallait une purge stalinienne à l'Insee. C'est une idée à creuser.

De fait, si les prix ont tendance à se tasser, c'est que la demande s'est tassée aussi, et sans doute pour une longue période au moins. Si les gens ne veulent pas changer leurs habitudes, et sont d'ailleurs, incapables de penser que demain puisse être totalement différend d'aujourd'hui et de hier, la pénurie leur dira "Dis moi quels sont tes besoins, je te dirais comment t'en passer".

De plus, si l'Iran taxe le passage d'Ormuz, nul doute en mon esprit que d'autres suivront. Ce ne sera qu'un moyen parmi d'autres, de taxer les importations. La Manche par exemple, en son point le plus resserré est partagé entre la France et la Grande-Bretagne, ce qui peut s'avérer très lucratif, et très mortel pour le port de Rotterdam.

Fixer une taxe de passage peut être très profitable pour deux pays désargentés.

Chez les charlots du FMI, on veut soigner les pénuries en faisant des prêts. Là aussi,  20 à 50 milliards ne sauveront pas de la pénurie. Je pense que d'ailleurs, l'ajustement est pour ainsi dire, fait. Si, chez nous, dont on nous rebat les oreilles que nous sommes "épargnés", et "à l'abri", des pénuries, qu'en est-il chez ceux qui subissent ces pénuries de plein fouet ?

Le prix réel du pétrole est plus élevé que le prix boursier, et on peut donc se poser la question de la décorrélation totale de l'économie financière de l'économie réelle.

L'état réel de l'économie est donné par le nombre de chômeurs. 600 000 en 1974 et 6 000 000 aujourd'hui (minimum).

source :  La Chute

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