29/05/2026 francais.rt.com  4min #315412

Le Maroc détrône l'Afrique du Sud et se hisse au premier rang des économies les plus industrialisées du continent

© Sean Pavone Source: Gettyimages.ru

Port de Casablanca, Maroc. [Photo d'illustration]

Un rapport de la Banque africaine de développement a souligné les progrès industriels des pays africains et notamment celui du Maroc, mais aussi les failles structurelles du continent et la nécessité de recourir à des stratégies régionales axées sur l'intégration industrielle et les échanges commerciaux intra-africains.

Cité par la presse africaine le 28 mai, un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) datant du 24 mai, intitulé Africa Industrialisation Index 2025 (AII), a fait savoir que le Maroc avait surpassé l'Afrique du Sud au premier rang de l'économie industrielle en Afrique en 2025. Cette progression a été imputée par la BAD à "une modernisation industrielle soutenue, une diversification des exportations et une mise en œuvre efficace de politiques industrielles stratégiques".

La même source a toutefois indiqué que si l'Afrique du Sud demeure toujours une puissance industrielle continentale, elle poursuit cependant son "déclin progressif à long terme en compétitivité industrielle". La suite du top 5 place l'Égypte au troisième rang, la Tunisie au quatrième rang et la République de Maurice en cinquième position.

Un contexte international favorable

Le contexte international marqué par la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales et l'émergence du "nearshoring", du "friendshoring" et des nouvelles stratégies industrielles liées à la souveraineté économique a été un facteur déterminant dans la montée en puissance industrielle marocaine. De plus, la stabilité du royaume, ses infrastructures logistiques, sa proximité des marchés et son potentiel industriel ont constitué des facteurs importants favorisant l'attractivité du pays aux investissements. Sur le plan géographique, la proximité du Maroc avec l'Europe a progressivement renforcé le positionnement du pays comme hub manufacturier euro-africain.

Les lacunes de l'industrialisation africaine

Malgré la performance de plusieurs, notamment nord-africains, qui ont dominé le classement, l'état global de l'industrialisation du continent demeure nuancé. Si le continent progresse en matière d'industrialisation avec une amélioration du score de 41 pays sur les 54 que compte le continent, entre 2010 et 2024, l'Afrique demeure toujours marginale au niveau mondial en matière de production manufacturière avec moins de 2 % et d'exportations mondiales de produits manufacturés avec une part de seulement 1,4 %.

Selon les chiffres de la BAD, la valeur ajoutée manufacturière par habitant demeure inférieure aux niveaux enregistrés avant 2014, et ce en l'absence d'une véritable transformation structurelle et à l'insuffisance des efforts face à la croissance démographique et aux besoins d'emplois industriels. Les freins structurels majeurs à une évolution significative du secteur se doivent à l'insuffisance des infrastructures, l'accès limité au financement, la faiblesse du capital humain, les coûts logistiques élevés, la faible sophistication technologique, l'importance de l'économie informelle et la fragmentation des marchés africains.

Industrialiser l'Afrique via des stratégies régionales

Le rapport de la BAD a souligné la nécessité d'aborder la prochaine phase de transformation industrielle africaine par la biais de stratégies régionales axées, non pas sur une intégration économique dite "superficielle", limitée aux accords commerciaux et aux réductions tarifaires, mais sur une intégration industrielle "en profondeur" apte a renforcer les échanges commerciaux intra-africains qui ne représentent que 14,4 % du total des échange continentaux, très loin des niveaux observés en Europe ou en Asie.

La Banque africaine estime que la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait devenir un levier important de transformation industrielle en facilitant et en augmentant le volume des échanges en matière de produits manufacturiers, agroalimentaires et de services. Pour ce faire, la BAD a insisté sur la nécessité de développer des corridors industriels, des infrastructures transfrontalières, d'harmoniser des normes et les systèmes logistiques régionaux et l'intégration des PME africaines dans les chaînes de valeur régionales.

La BAD souligne le rôle important des zones économiques spéciales (ZES) qui pourraient devenir un instrument essentiel des efforts d'industrialisation africaine à condition de les transformer en plateformes industrielles intégrées capables de soutenir l'innovation, la montée en gamme et l'ancrage local des activités productives.

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