
par Abdelaziz Ghedia
En réalité, l'écrit qui avait généré le plus de commentaires de la part des Agoravoxiens, c'était celui intitulé " Camus, come on". C'était dans cet écrit que je revendiquais, texto, l'appropriation, par l'Algérie, des restes de l'écrivain et leur inhumation en terre algérienne. Malgré le lien hypertexte vers cet article, qui, je le rappelle, a eu un large écho au sein des lecteurs d'Agora Vox, je suis tenté de reprendre, ici, quelques paragraphes. D'emblée donc, je rentre dans le vif du sujet : "Dans mon dernier article"Nos ancêtres les Gaulois", j'avais brièvement évoqué Albert Camus. Parce que, mort il y a une cinquantaine d'années dans"un stupide accident de voiture", Camus fait en ce moment parler de lui".
Un peu plus loin dans le texte, j'ajoute : "Ses restes vont certainement être transférés au Panthéon. On n'attend, semble-t-il, que l'aval de ses enfants. Mais, n'est-il pas venu à l'esprit de quelqu'un parmi les partisans de cette"Panthéonisation"que son autre patrie, celle où il est né et où il a grandi, pourrait aussi, un jour, revendiquer ses restes ? N'est-il pas venu à l'esprit de ces gens-là que, puisque de son vivant Camus aimait le soleil et la luminosité d'Alger, il serait préférable que ses restes reposent pour l'éternité dans un petit carré au cimetière de Belcourt qui domine la baie d'Alger ? Ou carrément dans un endroit qui serait aménagé spécialement à cet effet à la basilique"Notre dame"qui surplombe St Eugène et la mer ?"
J'avoue que lorsque je relis ces lignes, avec suffisamment de recul aujourd'hui (2026), je trouve que c'était un peu osé de ma part. Mais, en fait ce qui m'avait poussé, à l'époque, à écrire cela et à réclamer l'appropriation d'Albert Camus, c'était l'incident diplomatique entre l'Algérie et l'Égypte à cause d'un match de football pour la qualification à la coupe du monde de 2010 qui a eu lieu, pourtant, en terrain neutre, à Omdourman, au Soudan. Le contexte politique, si je puis dire, était un peu spécial, comme je le relève dans ce petit paragraphe : "Ne serait-ce que pour narguer nos"frères"Égyptiens qui ont orchestré une campagne de dénigrement vis-à-vis de notre identité et de notre Histoire, nous devons tout faire pour que Camus retrouve sa terre natale. Nous prouverons ainsi au pays des Pharaons que la terre algérienne a enfanté un prix Nobel de littérature et ce bien avant qu'Oum Ed Dounia n'enfante le sien : Naguib Mahfouz".
C'était bien là le contexte politique dans lequel ces propos ont été tenus. Ou plutôt écrits. Et, dépassant le cadre du média citoyen, Agora Vox, ils auraient, apparemment, rencontré une oreille attentive auprès de deux journalistes du quotidien algérien El Watan. Une question qui me taraude aujourd'hui l'esprit et qui me brûle les lèvres : ces journalistes, auraient-ils été inspirés de l'article "Camus, come on" au point de consacrer une édition spéciale, dans leur supplément culturel, à Camus ?
En effet, quelques jours avant la parution de cette édition spéciale, j'avais reçu un coup de fil d'un ami d'Alger.
Pour la compréhension de la suite de l'histoire, une succincte présentation de celui-ci s'impose : c'était un homme politique connu, il était même secrétaire général du parti politique PRA (Noureddine Boukrouh) qu'il avait, cependant, quitté de son propre chef, à la suite d'une mésentente avec le président de ce parti. Après cette démission, il connut, lui aussi, sa traversée du désert politique. Comme par hasard de dix ans aussi. Et, comme "le hasard fait bien les choses", nous nous sommes retrouvés, lui et moi, après plus de trente ans de séparation, et cela grâce à Internet. En effet, nous avions fait le lycée ensemble. Dans les années 1970. Puis, après l'obtention du baccalauréat, nos routes s'étaient séparées. Nos retrouvailles eurent lieu en 2008.
Comment ? Dans quelles conditions ? C'était, en fait, encore une fois, grâce à l'avènement de l'Internet qui a, admettons-le, entrainé un bouleversement d'ordre informationnel et médiatique à l'échelle mondiale en réduisant considérablement les distances et le temps. Il est tout à fait clair qu'en agissant ainsi sur la dimension temporo spatiale, Internet a, de facto, réduit le monde en un petit village. Et, forcément, dans un petit village, presque tous les gens se connaissent, se rencontrent et se parlent. Au détour d'une ruelle de ce village, j'ai rencontré donc mon ami, pour utiliser un langage imagé.
À cette époque, même s'il était en retrait par rapport à la chose politique, il intervenait, de temps en temps, par des écrits d'un niveau intellectuel très appréciable, sur les médias algériens. Il faut dire que ses analyses politiques étaient pertinentes.
C'est ainsi qu'un beau jour, "sur la page 2 du Quotidien d'Oran du samedi 6 décembre 2008, l'article qui a attiré mon attention portait le titre de"Malaise algérien"; il a attiré mon attention pour deux raisons : D'abord le nom de l'auteur de l'article ne m'était pas inconnu et il m'a rappelé de vieux souvenirs qui remontent au milieu des années 70, années pendant lesquelles nous avions, l'auteur et votre serviteur, fréquenté la même classe au lycée"Thaâlibiya"d'Hussein Dey".
Ne partageant pas tout à fait son point de vue, exprimé sur cette page du Quotidien d'Oran, je lui ai fait, sur Agora Vox, donc indirectement, une réponse. L'a-t-il bien ou mal prise, cette réponse je veux dire ? Je n'en sais absolument rien. Il ne me l'a jamais dit. Et moi non plus, je n'ai pas essayé de savoir quelle a été sa réaction en lisant ma réponse.
Ce "qui m'a vraiment incité à écrire cet article, c'est ce que Soufiane Djilali a écrit d'entrée de jeu, si j'ose dire. Je le reprends ici texto :"En ce début du XXIe siècle, la société algérienne est en proie à un malaise profond, sans cause évidente". Évidemment, ça saute aux yeux, c'est ce"sans cause évidente"que je n'ai pas, personnellement, du tout apprécié. Pour la simple et bonne raison qu'il est loin, très loin même, de refléter la réalité. Il n'y a pas de malaise sans cause évidente ; bien au contraire, les causes de ce"malaise algérien"sont si nombreuses et si variées qu'il est impossible de les énumérer toutes. Et la question que je me suis tout de suite posé, bien avant d'avoir terminé la lecture de cet article est la suivante : comment se fait-il qu'un esprit aussi brillant que celui de cet ancien camarade de classe n'arrive-t-il pas à voir ou à cerner la multitude de causes qui ont engendré plus qu'un simple malaise au sein de la société algérienne ?
Il ne faut pas se voiler la face, en Algérie il y a mille et une choses pouvant expliquer ce malaise. Et la responsabilité de ce malaise incombe, nul doute là-dessus, aux hommes politiques qui ont eu, jusqu'au jour d'aujourd'hui, la charge de gouverner ce pays. Pour preuve : les dernières chamailleries par presse interposée entre l'ancien président de la République, Chadli Ben Djedid et l'ex-chef de l'état-major Khaled Nezar à propos de"qui a fait quoi"pendant la révolution algérienne ne fait que renforcer ce malaise".
Une fois qu'il a pris connaissance de l'existence de mon article sur Agora Vox, et qu'il l'a lu, il m'a laissé un petit commentaire qui se terminait par : "J'espère que j'aurai alors toute la latitude pour dialoguer avec toi sur notre passé et surtout sur l'avenir de notre pays. Nous aurons donc l'occasion de revenir plus longuement sur le"malaise algérien". Avec toutes mes amitiés".
À Alger, nous n'habitions pas loin l'un de l'autre. Ainsi donc l'occasion de se rencontrer et de discuter s'était-elle vite concrétisée, un week-end, dans un café de l'est d'Alger.
Une fois le contact renoué et nos souvenirs respectifs durant nos années de lycée évoqués, nous abordâmes la question essentielle, celle, politique, qui accaparait ses pensées depuis déjà de longues années. Pour dire clairement les choses, il voulait, ni plus ni moins, concrétiser son projet de création d'un parti politique. forcément donc, il avait besoin de renfort, d'adhérents à ses idées politiques, de militants sincères et engagés. Il me proposa d'être parmi les premiers éléments de ce parti encore en gestation. Je n'avais opposé aucune objection. Sauf qu'étant chirurgien de formation, j'ai dû quand même poser une condition : priorité à ma fonction, les activités partisanes en seconde position.
Avec la participation d'une trentaine d'autres amis, vivants en Algérie ou à l'étranger, ce projet vit le jour un certain 11 mars 2011.
Voilà, les présentations étant faites, revenons maintenant à notre histoire de "Ma rencontre avec Albert Camus".
Un jour, alors que j'étais au bloc opératoire en train d'opérer une malade pour une pathologie thyroïdienne, mon téléphone commençait à sonner. Évidemment, sur le coup, je ne pouvais pas répondre. À la fin de l'intervention chirurgicale et une fois que je m'étais assuré de l'absence de saignement significatif dans les flacons de drainage et de la voix tout à fait normale de la malade, choses que tout chirurgien devrait faire avant de songer à que ce soit, j'ai allumé mon téléphone. L'appel en absence était de mon ami. Je l'ai rappelé. À ce moment-là, mon ami m'informa qu'un certain Medi Adlène, journaliste à El Watan, voulait m'interviewé à propos de mon article paru sur Agora Vox. Pendant quelques secondes, j'étais resté bouche bée, ne sachant quoi dire. Pour moi, la surprise était énorme. Je ne m'attendais pas du tout à cela. Puis, après avoir repris mes esprits en quelque sorte, j'ai dit :
"Écoute, Soufiane, je n'ai pas l'habitude de cela, une interview avec un journaliste qui plus est de la chaîne de télévision F 24, cela me dépasse complètement. Il est vrai que j'ai écrit un ou deux articles, sur Agora Vox, à propos d'Albert Camus, mais cela ne fait pas de moi un spécialiste de cet auteur. Vraiment, je suis désolé".
Mais, lui, il insistait, il m'encourageait à y aller. Il pensait le plus sérieusement du monde que c'était une belle opportunité, sur le plan médiatique, et qu'il ne fallait pas que je la rate. Il avait tellement insisté que j'ai dû, en fin de compte accepter le principe de cette interview. Alors, j'ai dit "qu'ils me contactent et je verrai ensuite", faisant allusion aux deux journalistes qui chapeautaient, à l'époque, le supplément culturel du journal El Watan.
Mon ami, qui était un habitué des médias, qui passait régulièrement à la radio et à la télévision, me prodigua même quelques petits conseils quant à la façon de me tenir face à la caméra et le type d'habits que je devais porter pour être "télégénique" à tel point que je me voyais déjà comme une star.
1 - Essai sur Albert Camus
2 - Ma rencontre avec Albert Camus (suite)
3 - Ma rencontre avec Albert Camus (suite)
4 - Ma rencontre avec Albert Camus (suite)