
Par Karim pour BettBeat Media, le 29 avril 2026
La Chine prendra-t-elle au sérieux la mise en scène psychologique de la guerre impérialiste qui lui est menée ?
Remarque avant lecture. Ces dernières semaines, les commentaires des articles et des publications sur cette plateforme - y compris celles qui critiquent la politique de l'État israélien et le sionisme chrétien - ont vu un afflux de remarques et de comptes antisémites (par exemple, des utilisateurs qui reprochent à tous les Juifs les maux de la société ou qui louent ouvertement Hitler). Cet article porte un regard critique sur le sionisme chrétien en tant qu'idéologie impérialiste. Il ne véhicule pas et ne véhiculera pas d'antisémitisme, pas plus que les débats qui l'entourent. L'antisémitisme, ou toute forme de racisme, ne sera pas toléré sur cette plateforme. Les commentaires et les comptes qui enfreignent cette règle seront supprimés et bannis sans préavis.
Je vis en Chine depuis seize ans. Il ne s'agit pas d'un séjour. Ni d'une mission. C'est mon foyer - un foyer plus cher, plus authentique, plus durable que le pays qui m'a délivré mon passeport. Les Pays-Bas m'ont transmis ma langue, mon éducation, mes premières expériences de vie. La Chine m'a transmis mon sentiment d'appartenance. Et je ne dis pas cela avec le sentimentalisme de l'expatrié immigrant étranger tombé amoureux d'une carte postale. Je le dis en tant qu'homme qui a observé, année après année, ce que l'Occident est devenu - ou plutôt, ce qu'il a toujours été, et que nos œillères nous empêchaient de voir - et ce que la Chine a refusé de devenir. Et qui a compris que la différence entre les deux tient à distinguer une civilisation qui se souvient encore de ce qu'elle est et celle qui ne s'en souvient plus.
Ce qui fait la grandeur de la Chine, ce n'est pas qu'elle ait surpassé l'Occident. Mais qu'elle ne soit pas l'Occident - et qu'elle n'est pas dominée par l'Occident. Elle s'est forgé quelque chose de plus rare que le pouvoir : une identité. Elle a refusé, même imparfaitement, de considérer que les catégories de la modernité européenne soient les seules catégories valables pour une civilisation digne de ce nom. Elle a refusé de laisser Washington et Bruxelles lui dicter les termes qui doivent la définir. Ce refus - discret, souvent inexprimé, parfois contradictoire - est le bien le plus précieux qu'une nation puisse posséder en ce siècle. Et c'est précisément ce que l'empire veut lui ravir à tout prix.
J'ai observé, de l'extérieur et de l'intérieur, la mainmise sioniste sur l'Occident. J'ai vu comme elle a perverti une société déjà corrompue - comme elle a saccagé les derniers vestiges de la prétention occidentale au droit, à la vérité, à la dignité humaine. J'ai vu la presse capituler. J'ai vu les universités s'incliner. J'ai vu des politiciens se prosterner devant un drapeau étranger tandis que des enfants gisaient en pièces sous les décombres de Gaza. Et j'ai observé tout cela avec la lucidité propre à un homme qui n'est plus au cœur de l'incendie, mais suffisamment proche pour sentir la chaleur sur son visage.
On m'a parfois accusé d'être un supremaciste occidental, un gauchiste bourgeois pour avoir osé critiquer la politique étrangère de la Chine. Pour avoir dit, sans détours, qu'en ce qui concerne la Palestine, le Venezuela, l'Iran et d'autres questions, Pékin a parfois agi avec une prudence contraire à ses propres principes déclarés.
Mais cette accusation repose sur une confusion de catégories. La critique n'est pas du mépris. La critique est la forme la plus noble de la conviction. On ne prend pas la peine de critiquer ce qu'on n'aime pas. On n'élève pas la voix pour un pays dont on ne croit pas qu'il soit capable de mieux faire.
Ma critique vient toujours de ma conviction que la Chine n'est pas l'Occident, et qu'elle est donc meilleure - qu'elle n'a pas besoin de singer l'amoralité de l'Occident, ni de se plier aux diktats et aux normes occidentales, mais qu'elle peut et doit tracer sa propre voie. Le partisan et le détracteur aveugles sont les deux faces d'une même lâcheté intellectuelle. Je refuse d'être un adorateur de type MAGA de quelque État que ce soit, y compris celui qui m'a accueilli.
Ceux qui me connaissent bien ne me font jamais ce reproche. Ils savent à quel point mon affection est profonde. Ils savent que c'est la raison pour laquelle mes étudiants chinois apprécient mes cours - pas parce que je les flatte, mais parce qu'ils sentent, à juste titre, que je respecte leur pays, leur histoire, leur culture et leur droit de ne pas être réduits à une caricature occidentale. Ils sentent que je vois la Chine telle qu'elle est - magnifique et imparfaite, ancienne et improvisée, marquée par son siècle de colonialisme et cherchant encore sa voie - et que je l'aime non pas malgré ses imperfections, mais pleinement conscient qu'elles existent.
C'est par amour que j'écris ce qui suit. Pas contre la Chine. Mais pour la Chine. Et contre ce qui l'attend.
"Sur sa trajectoire de croissance actuelle, la Chine pourrait, d'ici quelques générations, compter la plus grande population chrétienne de toutes les nations".
L'impérialisme veut s'emparer de l'esprit chinois
L'empire ne débarque pas qu'à grand renfort de canons. Il s'installe de manière plus insidieuse avec des chants religieux. Il arrive vêtu de la soutane du missionnaire, chaussé des souliers cirés du philanthrope, avec la douce voix du professeur étranger, le sourire du pasteur qui vous assure que votre souffrance est sacrée et que votre asservissement relève du divin. La baïonnette mutile le corps. L'endoctrinement meurtrit l'âme. Et c'est cette seconde blessure qui perdure à travers les générations.
C'est là l'histoire secrète de l'impérialisme que les médias d'État occidentaux et les universités de l'Ivy League refusent d'enseigner. Les Néerlandais n'ont pas régné sur l'Indonésie pendant trois siècles parce que leurs soldats étaient nombreux. Ils ont régné parce que les servantes de Batavia en sont venues à croire qu'être exploitées par un homme blanc était un privilège. Les plantations des Amériques ne fonctionnaient pas uniquement grâce aux châtiments corporels. Elles fonctionnaient grâce au fantasme des femmes asservies rêvant d'être choisies par leurs maîtres. Les églises missionnaires d'Afrique n'ont pas prospéré parce que les Africains aspiraient à la théologie européenne. Elles ont prospéré parce que les enfants de chœur ont appris à croire que la main du prêtre qui les abusait dans la sacristie n'était autre que celle de Dieu. Le colonialisme est une lame. Il tranche deux fois. Il sculpte le territoire, puis l'esprit. Or, c'est l'esprit qui continue de saigner bien après que le drapeau a été décroché.
Le sionisme chrétien n'est que la dernière arme en date.
C'est le nouveau costume revêtu par la plus ancienne des escroqueries : le projet suprémaciste de la modernité européenne paré des atours empruntés à un peuple ancien et meurtri. C'est, selon sa propre théologie, une idéologie profondément antisémite, enracinée dans l'attente que le peuple juif soit rassemblé en Israël pour que la majorité d'entre eux puisse être tuée ou convertie lors du retour du Christ. Les Juifs n'en sont pas les protagonistes. Ils en sont les instruments - un fait souvent ignoré par les antisémites qui pensent que les entreprises impériales des États-Unis sont guidées par le "pouvoir juif" plutôt que conçues à Washington.
Et comme tous les outils au service de l'empire, il ne sévit pas là où il s'impose par la force des armes, mais là où il est accueilli à bras ouverts. Il trouve ses disciples les plus fervents non pas à Tel-Aviv, mais dans les méga-églises de São Paulo, les salles de prière de Lagos, les auditoriums de Séoul - et désormais, avec des accélérations angoissantes, dans les sanctuaires bondés de la région Asie-Pacifique.
Un nombre croissant de travaux universitaires documente la montée du sionisme chrétien à travers les pays du Sud, des mouvements dont l'influence transforme tant la politique internationale que les fondements du christianisme mondial. Comme des chercheurs universitaires ont commencé à le mettre en évidence, le nouveau sionisme chrétien dans des pays comme le Brésil, le Nigeria et la Chine n'est plus une curiosité marginale, mais une force géopolitique en devenir.
"Plusieurs médias prestigieux à Taïwan ont suscité un tollé pour avoir simplement évoqué l'histoire et les expériences des Palestiniens. Toute tentative d'expliquer pourquoi Gaza est qualifiée de 'prison à ciel ouvert' a été qualifiée de 'criminelle, occultant les faits et favorable aux terroristes'".
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Comme l'ont observé les spécialistes du mouvement,
"sur sa trajectoire de croissance actuelle, la Chine pourrait, d'ici quelques générations, compter la plus importante population chrétienne au monde".
Mais les chiffres ne disent pas tout. Les chrétiens chinois sont majoritairement urbains, issus de la classe moyenne et diplômés de l'enseignement supérieur. Ils représentent la population active des cabinets d'avocats, des universités et des comités de rédaction. Leur influence sur la société chinoise - et sur la politique étrangère chinoise - va bien au-delà de leur poids démographique. Une Église chinoise favorable à Israël produira, à terme, une élite chinoise favorable à Israël.
L'empire n'a pas besoin d'une majorité. Il a besoin d'une avant-garde. Et il la crée de l'intérieur.
Regardez Taïwan. Regardez cette île sans doute jamais psychologiquement décolonisée, arrachée aux Qing pour passer aux mains des Japonais, puis dans l'engrenage américain de la Guerre froide, une île qui a passé plus d'un siècle à se voir au travers des prismes étrangers. Passez devant le gratte-ciel Taipei 101 et c'est Theodor Herzl qui vous attend.
La fresque du père fondateur du sionisme politique, récemment signalée par Haaretz, trône dans une ville dépourvue de communauté juive historique digne de ce nom - un mémorial sans public, ou plutôt, un mémorial en attente de son public. Ce public est en train de se constituer. Des musées de l'Holocauste ont fait leur apparition à l'intérieur d'églises taïwanaises. Des congrégations chinoises han observent des fêtes juives apprises auprès de pasteurs américains. La carte est en train d'être redessinée, discrètement, un sanctuaire après l'autre.
L'essayiste Michelle Courtois l'a formulé sans détour : depuis que la guerre froide a définitivement placé Taïwan dans l'orbite américaine, les Taïwanais regardent le monde au travers d'yeux d'emprunt. Ils ont hérité en bloc de la cartographie morale de Washington - "Israël le stoïque" contre "les terroristes arabes" - une dichotomie bien ordonnée entre le bien et le mal qui efface l'histoire et les souffrances palestiniennes comme condition préalable à sa cohérence.
Comme elle le note :
"Plusieurs médias prestigieux à Taïwan, tels que The Reporter, Corner International et PBS, ont suscité un tollé pour avoir simplement évoqué l'histoire et les expériences des Palestiniens dans leurs reportages. Toute tentative d'expliquer pourquoi Gaza est qualifiée de "prison à ciel ouvert" a été qualifiée de "criminelle, occultant les faits et favorable aux terroristes".
Mais voici l'ironie la plus cruelle : ce que ce discours passe sous silence, c'est que Taïwan est la Chine - et que le parallèle entre Taïwan et la Palestine ne correspond pas à celui de deux nations distinctes, mais à celui de deux blessures infligées par la même lame impériale. Taïwan a été séparé de la Chine pendant la guerre sino-japonaise, cédé à la colonisation japonaise, puis isolé par les manipulations de l'ordre d'après-guerre dirigé par les États-Unis, transformé en une forteresse de la guerre froide contre la civilisation qui est la sienne.
La Palestine, elle aussi, est un pays amputé - son peuple a été coupé de sa terre, de sa continuité, de son intégrité, par un projet colonialiste né dans le même laboratoire impérialiste. La blessure est la même. La main qui brandit le couteau est la même. Et pourtant - et c'est là que réside l'obscénité - une partie des membres amputés de la Chine acclame aujourd'hui l'idéologie même du démembrement dont elle a été victime. Le membre amputé bénit le chirurgien.
L'âme chinoise de Taïwan, à qui l'on a appris pendant un siècle à se voir à travers des yeux américains, adhère désormais aux idéologies impériales mêmes qui ont orchestré sa séparation - le sionisme chrétien en tête - et prend cette adhésion pour une rédemption. Afficher Theodor Herzl sur un mur de Taipei ne relève pas de l'acte de foi. C'est un acte d'effacement de soi. C'est s'incliner devant la même logique impériale qui a coupé Taïwan du reste de la Chine, aujourd'hui vêtue de toges bibliques, parlant en prophétie, murmurant qu'aimer la promesse du colonisateur, ce serait se placer du bon côté de l'histoire. Ce n'est pas de la bêtise. C'est ce que le colonialisme inflige à l'âme lorsqu'on le laisse couver pendant un siècle sans l'antiseptique d'une éducation décoloniale.
Et la maladie se propage vers le nord.
Depuis des décennies, la Chine envoie ses plus brillants éléments vers l'Ouest pour qu'ils s'y perfectionnent - à Harvard, à Yale, à Princeton, à la LSE - et les livre, tout sourire, aux rouages mêmes de l'Empire.
L'urgence de la décolonisation psychologique en Chine
Des recherches universitaires récentes ont commencé à cartographier la situation. Le sionisme chrétien chinois, nous disent les chercheurs, n'est pas fortuit. Il s'est développé sur le terreau de l'ère des réformes, lorsque les anciennes certitudes ont été balayées et que les nouvelles n'étaient pas encore implantées. Il est lié à Israël. Il se réclame du mouvement missionnaire Back to Jerusalem, qui rêve de porter l'Évangile vers l'ouest à travers le monde musulman jusqu'à la ville sainte elle-même. Il réécrit l'histoire chinoise comme une histoire monothéiste, une longue préparation à une foi venue d'ailleurs. Il parle au nom de la tradition tout en servant les intérêts de l'empire.
Lorsqu'une société perd ses repères - lorsque ses paysans sont déracinés, lorsque ses travailleurs sont dispersés, lorsque ses jeunes s'adonnent au consumérisme occidental et découvrent la vacuité de ces valeurs -, elle se raccroche à tout ce qui pourrait la sortir du vide. Le christianisme est arrivé. Puis le sionisme chrétien. Ensuite, parée de drapeaux et de prophéties, c'est toute la structure de l'empire américain qui s'est imposée. Et le suppliant s'agenouille non pas parce qu'il a été conquis, mais parce qu'on lui a dit, dans les plus beaux termes jamais formulés, que se mettre à genoux, c'est être sauvé.
Voici ce que l'empire sait et que Pékin ne semble pas encore avoir compris : il n'est pas nécessaire d'envahir la Chine. Il suffit de coloniser un nombre suffisant d'âmes chinoises.
Et la porte est grande ouverte.
"J'ai enseigné à des étudiants chinois. J'ai observé le moment où la prise de conscience illumine leurs visages, lorsqu'ils comprennent que le sentiment d'infériorité véhiculé par des milliers de films et de manuels scolaires n'est pas le reflet de la réalité, mais un vestige de la conquête".
Comme l'ont observé les spécialistes de la pensée décoloniale chinoise, le rêve d'une Chine forte est lui-même un héritage colonial. La Chine a été humiliée. L'opium a fait son apparition. Les canonnières aussi. Des traités iniques ont été signés. Les concessions étrangères ont morcelé les villes côtières et les puissances étrangères ont divisé le pays en sphères d'influence. Et de cette humiliation est née une question qui n'a pas encore trouvé de réponse honnête : comment devenir assez forts pour que cela ne se reproduise plus jamais ?
La réponse apportée par le pays n'était pas décoloniale. Elle était mimétique. Apprendre de l'Occident. Apprendre sa science. Apprendre ses armées. Apprendre ses universités, ses entreprises, ses méthodes d'organisation du pouvoir. Rattraper son retard. Surpasser. Devenir ce qui nous a humiliés afin de ne plus jamais être humiliés. Le colonisateur n'a pas été remis en question. Le colonisateur a été pris pour modèle.
Voilà le piège. Voilà le scénario hérité dont Fanon nous a avertis, que Cabral nous a signalé, que tout penseur décolonial sérieux s'est efforcé de dénoncer : la population colonisée qui ne s'est pas psychologiquement décolonisée vénérera les pouvoirs mêmes qui l'ont humiliée, et confondra ce culte avec l'ambition.
Le Japon est tombé dans ce piège avant la Chine. Confrontée aux canonnières occidentales au XIXe siècle, l'élite Meiji a renié la civilisation des samouraïs qui a dominé les îles pendant sept siècles et a réinventé le Japon en tant qu'empire capitaliste sur le modèle européen. Elle a construit les usines. Elle s'est dotée d'une marine. Elle a installé des administrations coloniales en Corée, à Taïwan et en Mandchourie. Elle est devenue, en un temps record, ce qui avait menacé son existence.
Puis ils ont découvert le principe que tout imitateur finit par découvrir : on ne bat pas l'empire à son propre jeu. C'est l'empire qui a écrit les règles. C'est l'empire qui détient le pouvoir. Le Japon a été anéanti à Hiroshima et Nagasaki, puis reconstitué, dans les années qui ont suivi, comme serviteur de la puissance même qui l'avait anéanti. Tokyo est devenue une garnison. L'économie n'a été autorisée à se développer qu'aux conditions fixées à Washington. Un siècle de mimétisme s'est achevé là où le mimétisme prend toujours fin : dans une subordination déguisée en succès.
La Chine investit aujourd'hui des sommes colossales dans les semi-conducteurs, l'hypersonique, l'intelligence artificielle, les fusées, les satellites et la communication quantique. Ces investissements sont nécessaires. Mais ils sont insuffisants. Une nation peut remporter toutes les courses technologiques que l'empire lui impose et pourtant perdre la bataille ultime, car celle-ci ne porte pas sur les compétences. Elle porte sur la conscience. Ce sont les histoires qu'un peuple se raconte sur qui il est et à quoi il sert. Et ce combat ne se gagne pas dans les laboratoires. Il se gagne - ou se perd - au séminaire, en classe, à l'église, sur les plateformes de streaming, au cinéma, dans ces lieux discrets où se forge le sens.
L'erreur de la Chine : avoir sous-estimé les sciences humaines et sociales
La Chine a bâti son essor sur les sciences exactes. Les ingénieurs, les physiciens et les chimistes ont été glorifiés, financés et promus. Les sciences humaines et sociales ont été traitées comme des accessoires, utiles peut-être pour le prestige culturel, mais pas pour la puissance nationale. Les étudiants les plus brillants sont orientés vers les STEM. Les universités sont classées en fonction de leurs brevets et de leurs citations dans Nature. Les sciences sociales sont tolérées. On n'y croit pas.
C'est une erreur. Et on peut observer qui d'autre l'a commise.
Regardez où les gouvernements de droite occidentaux ont d'abord réduit leurs dépenses. Pas dans les départements de physique. Pas dans les écoles d'ingénieurs. Pas dans les budgets de la recherche médicale. Ils ont réduit les budgets des sciences humaines. Ils ont réduit ceux de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire, des études de genre, des études ethniques, des études régionales. Ils ont supprimé les disciplines qui enseignent à la population comment fonctionne le pouvoir, comment fonctionne l'empire, comment fonctionne l'idéologie, comment les récits qu'une société se raconte sont fabriqués et par qui. Ils ont supprimé les disciplines qui forment le genre de citoyen capable de reconnaître une campagne de propagande au moment même où elle a lieu. Le Japon a suivi le même chemin. Les Britanniques aussi. Les Américains le font depuis quarante ans. La tendance est trop marquée pour être le fruit du hasard.
Les sciences sociales - les vraies sciences sociales, pas les variantes libérales occidentales imitées qui produisent des intellectuels compradores - ne sont pas un luxe. Elles constituent le système immunitaire d'une civilisation. Elles permettent à un peuple de reconnaître quand Hollywood le conditionne, quand Netflix l'influence, quand les algorithmes de TikTok ajustés en Californie le manipulent, quand ce pasteur au sourire chaleureux et au ministère étrangement bien financé le subjugue. Privez une société de ces défenses et peu importe le nombre d'usines qu'elle construit. Elle produira les biens de l'empire tout en pensant œuvrer à sa propre libération.
Theodor Herzl à Taipei.
J'ai enseigné à des étudiants chinois. J'ai observé le moment où la prise de conscience illumine leurs visages lorsqu'ils découvrent Fanon pour la première fois, lorsqu'ils lisent Said, lorsqu'ils comprennent que le sentiment d'infériorité véhiculé par des milliers de films et de manuels scolaires n'est pas le reflet de la réalité, mais un vestige de la conquête. Ils brisent les chaînes en temps réel. C'est l'une des choses les plus extraordinaires dont j'aie jamais été témoin en cours. Et cela me convainc, sans l'ombre d'un doute, que l'esprit chinois n'est pas perdu - mais qu'il est également sans protection.
Le sionisme chrétien fait désormais partie de l'arsenal dont il est la cible.
Il arrivera en mandarin, proclamé par des pasteurs souriants, diplômés de séminaires de Californie et de Séoul et titulaires de diplômes de Harvard et d'Oxford, parlant couramment le dialecte local. Il dira aux jeunes chrétiens chinois qu'ils font partie d'un peuple mondial sous alliance. Il leur dira que soutenir l'État d'Israël, c'est s'aligner sur la prophétie, le progrès et la modernité. Il leur dira que la souffrance des Palestiniens est un coût fâcheux, mais bibliquement inévitable, du plan divin. Et il leur dira, de la manière la plus insidieuse qui soit, que cette allégeance est la leur - choisie librement, adoptée personnellement, à l'abri de toute influence étrangère.
C'est ce que croient toujours les colonisés au plus fort de leur colonisation. Qu'ils sont libres. Qu'ils ont choisi. Que leurs chaînes sont leur parure.
La question adressée à Pékin n'est pas théorique. C'est la question que chaque civilisation ciblée par l'Empire a dû trancher sous peine de périr. La Chine prendra-t-elle au sérieux la guerre psychologique que l'Empire mène contre elle ? Investira-t-elle dans les sciences humaines et sociales décoloniales avec le même sérieux qu'elle investit dans les technologies ? Va-t-elle former une génération d'intellectuels capables de décrypter les armes subtiles de l'Empire - l'Église, les ONG, les échanges culturels, les avant-premières hollywoodiennes, les experts étrangers au sourire charmeur - avec la même précision que ses ingénieurs construisent des TGV ? Ou va-t-elle continuer à reléguer les sciences sociales au rang de simple ornement, de bric-à-brac idéologique, de discipline moins noble que le génie aérospatial, jusqu'au jour où elle découvrira que ces fusées sont guidées par des esprits conquis par l'Empire ?
Chine, garde tes meilleurs éléments
Un dernière accès demeure, peut-être le plus béant de tous. Depuis des décennies, la Chine envoie ses plus brillants éléments vers l'Ouest pour qu'ils s'y perfectionnent - à Harvard, à Yale, à Princeton, à la LSE - et les livre, tout sourire, aux rouages mêmes de l'Empire. L'Ivy League n'est plus, si tant est qu'elle l'ait jamais été, un temple de la libre pensée. C'est une école de perfectionnement pour la classe dirigeante impériale, ouvertement et de plus en plus sioniste, où les recteurs sont démis de leurs fonctions pour avoir refusé d'allégeance à un drapeau étranger et où les étudiants sont expulsés pour avoir pleuré la mort d'enfants palestiniens.
Les jeunes Chinois qui y entrent n'en ressortent pas inchangés. Ils rentrent parlant couramment l'anglais, diplômés, discrètement convertis - et ils intègrent les ministères, les universités, les conseils d'administration et les rédactions de la nation où ils ont été envoyés. C'est la dernière forteresse de l'âme coloniale : la croyance persistante, au plus profond de l'élite chinoise, que l'Occident continue d'arbitrer la notion de rigueur intellectuelle. Cette croyance doit disparaître.
Envoyez les étudiants dans le monde, bien sûr, à Alger et à Téhéran, à São Paulo et à Dakar, auprès de civilisations qui ont elles aussi résisté et se sont souvenues. Mais cessez de nourrir l'avenir de la Chine avec le brasier de l'empire et de prétendre que c'est de la culture. Faites-les rentrer chez eux. Éduquez-les ici. Faites confiance aux vôtres.
Les civilisations du passé ne sont pas tombées parce que leurs murs étaient trop bas. Elles sont tombées parce que leurs prêtres ont été corrompus. Elles sont tombées parce que leurs poètes ont été achetés. Elles sont tombées parce que, bien avant que les légions n'arrivent aux portes, celles-ci avaient été ouvertes de l'intérieur par des mains qu'aucun habitant de la ville n'aurait pu identifier.
Le sionisme chrétien est le sacerdoce de l'empire actuel. Il se propage au sein de l'Église asiatique avec patience et sophistication, pour notre plus grande peur. Il ne cherche pas à convertir la Chine. Il n'a besoin que d'une avant-garde - issue de la classe moyenne, éduquée, bien informée et convaincue qu'aimer Israël, c'est aimer l'avenir.
Mais le temps presse, bien plus que Pékin ne le croit.
Traduit par Spirit of Free Speech
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