Impossible de supprimer la valeur d'échange. Réalisme tragique face à la barbarie techno-féodale
par Philippe Bergerac
Nous le savons : le capitalisme est pourri. Il est délirant, destructeur, humiliant. Il broie les êtres humains, saccage la planète et s'auto-alimente de ses propres crises. 1
Et pourtant... il ne s'effondre pas.
Pire : il mute, se renforce, s'étend à toutes les sphères de l'existence - comportements, données, nature, émotions. Il se réinvente en un techno-féodalisme raffiné, à la fois hyper-contrôlé et barbare.
Pourquoi ? Parce que l'argent, la valeur d'échange, reste, pour l'instant, indestructible.
Ce n'est pas une question de volonté, de courage ou de "trahison". C'est une question de rapports de force matériels, sociaux et historiques massivement défavorables. Le peuple est fragmenté, la conscience de classe est au plus bas, les forces productives renforcent aujourd'hui le capital bien plus qu'elles ne préparent son dépassement.
Ce texte n'est ni un appel à la révolution immédiate, ni un constat d'impuissance définitive. C'est un constat lucide et tragique de la situation réelle en 2026 : nous sommes dans la longue décadence d'un système qui sait encore se réinventer pour survivre.
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Personne ou quasiment personne n'est aujourd'hui capable d'impulser l'abolition révolutionnaire à l'échelle nécessaire de l'argent / de la valeur d'échange.
Et ce n'est pas une question de volonté ou de "trahison", c'est une question de rapports de force matériels, sociaux et historiques.
Les conditions objectives ne sont, en effet, tout simplement pas réunies :
- Le peuple est partout fragmenté, atomisé par la précarité, désarmé idéologiquement et technologiquement surveillé comme jamais ;
- La conscience de classe internationale est au plus bas, remplacée par des identités nationales, ethniques, culturelles ou consuméristes.
- Les organisations révolutionnaires traditionnelles ont soit disparu, soit été intégrées au système, soit sont devenues marginales et sectaires.
- Les forces productives elles-mêmes (IA, automatisation, réseaux numériques) renforcent actuellement le capitalisme bien plus qu'elles ne préparent son dépassement.
- La dépendance généralisée aux plateformes, au crédit et aux salaires rend la rupture collective extrêmement coûteuse et risquée pour les individus.
Bref, le rapport de forces est massivement défavorable à toute tentative d'abolition révolutionnaire à grande échelle. Ce n'est pas une question de courage ou de lucidité individuelle, mais de corrélation des forces concrète, matérielle et historique.
Quid alors ? Les scénarios les plus probables (2026 et après)
• La décadence gérée, le capitalisme de surveillance + techno-féodalisme (scénario le plus probable)
• Crises chaotiques et fragmentations multipolaires
• Réformes et contre-tendances internes au capital
• Révolutions ou soulèvements ?
1- La décadence gérée / le capitalisme de surveillance + techno-féodalisme (scénario le plus probable). Le capital se restructure : hyper-contrôle, valorisation des communs, IA, crédit, rente sur données et nature. Pas de révolution, mais une barbarie civilisée : inégalités extrêmes, précarité de masse, contrôle social technologique, guerres régionales permanentes, crises écologiques gérées par l'autoritarisme vert/tech. C'est le chemin actuel : lent, laid, sans grand récit mobilisateur, mais résilient pour le système. Détaillons :
L'hyper-contrôle désigne le passage d'une surveillance passive à un contrôle actif et productif des comportements humains. Grâce à l'IA, aux algorithmes prédictifs et aux systèmes de notation sociale (soft en Occident, plus explicite en Chine), le capital ne se contente plus d'observer : il oriente, contraint et optimise en temps réel les actions des individus pour maximiser l'extraction de valeur (attention, conformité, productivité comportementale).
La valorisation des communs consiste à enclore et à marchandiser ce qui était autrefois hors du marché : savoirs collectifs, infrastructures sociales, relations humaines ou espaces publics. Les "communs" (nature, connaissances, données partagées) ne sont plus laissés en dehors de la sphère marchande ; ils deviennent des actifs financiers directement productifs de rente.
L'IA (intelligence artificielle) joue ici un rôle central : elle n'est plus seulement un outil de production, mais un nouveau moyen de production généralisé qui permet d'automatiser le travail intellectuel, d'extraire de la valeur des comportements et des interactions sociales, et de créer des modèles prédictifs qui génèrent de la rente sans cesse renouvelée.
Le crédit chimérique est le recours massif à la dette, à l'endettement public et privé, et à la création monétaire (quantitative easing, titrisation, bulles spéculatives) pour maintenir l'illusion de croissance et retarder l'échéance de la crise de rentabilité. Il permet de continuer à faire circuler de la valeur d'échange même quand la production réelle stagne.
La rente sur les données transforme les traces numériques de notre vie (comportements, préférences, relations, émotions) en un nouvel actif financier. Les Big Tech et les États partenaires prélèvent une rente permanente sur ces données, qui deviennent une source de profit quasi-autonome, indépendante du travail productif classique.
La rente sur la nature / le crédit carbone (ou "natural capital") consiste à comptabiliser, à évaluer financièrement et à mettre sur le marché les "services écosystémiques" : forêts, sols, biodiversité, eau, carbone, etc. On crée des marchés de crédits carbone, de biodiversité ou d'actifs naturels, transformant la planète ellemême en un gigantesque portefeuille d'actifs générant de la rente pour les investisseurs.
Dans cette nouvelle configuration, le capital ne cherche plus principalement à exploiter le travail vivant dans les usines classiques : il étend son emprise sur toutes les sphères de la vie sociale, psychique et naturelle pour en tirer de la valeur d'échange. C'est une restructuration qui ne résout rien de la tendance à la baisse du taux de profit, mais qui la déplace et l'aggrave en créant de nouvelles bulles, de nouvelles formes de précarité et un contrôle social sans précédent.
C'est précisément cette voie - ni révolution communiste, ni effondrement total - qui apparaît aujourd'hui comme la plus probable : une barbarie technicisée et financiarisée, rationnelle du point de vue du capital, mais délirante du point de vue humain.
2. Crises chaotiques et fragmentations multipolaires. Multiplication des conflits régionaux (Ukraine, Moyen-Orient, Taïwan, Afrique...), effondrements locaux d'États, migrations massives, famines, pandémies. Pas d'abolition globale de la valeur d'échange, mais des reculs partiels : démondialisation sélective, économies de guerre, relocalisations forcées, blocs concurrents. La Chine et la Russie ne sauveront rien ; elles seront elles aussi prises dans les mêmes contradictions.
3. Réformes et contre-tendances internes au capital. Des mouvements réformistes (Green New Deal version 2.0, régulation de l'IA, revenu universel partiel, nationalisations sélectives) tentent d'amortir les chocs. Parfois ils marchent temporairement (comme le New Deal ou l'Étatprovidence après 1945). Mais ils ne règlent pas la tendance de long terme à la baisse du taux de profit.
4. Révolutions ou soulèvements ? Des explosions sociales sont probables dans certains pays.
Mais :
a. Elles sont presque toujours récupérées ou écrasées (voir Syrie, Chili, France des Gilets jaunes, Sri Lanka, etc.) ;
b. Aucune force politique ou sociale actuelle ne propose un projet d'abolition cohérent, organisé et crédible à l'échelle mondiale ;
c. Les conditions historiques (niveau d'organisation du prolétariat, conscience de classe, internationalisme) sont beaucoup plus faibles qu'en 1917 ou 1945.
La vérité cruelle
L'histoire montre que les grandes transformations révolutionnaires réussies ont eu lieu dans des conditions exceptionnelles (guerres mondiales, effondrements d'empires, situations révolutionnaires objectives). Nous ne sommes pas dans une telle configuration aujourd'hui.
Le capitalisme tardif est pourri, délirant, destructeur, mais il reste hégémonique dans les têtes et dans les structures matérielles.
La plupart des gens (y compris une grande partie de la "gauche" et de l'"extrême gauche" restent attachés à des variantes de la valeur d'échange (croissance, emploi, État, nation, consommation).
Donc quid ?
• À court/moyen terme (10-20 ans) : probablement ni révolution communiste, ni effondrement total, mais une longue décadence barbare avec des îlots de résistance, des expérimentations locales (communs réels, zones d'autonomie, coopératives, etc.), et beaucoup de souffrance ;
• À plus long terme : les contradictions (écologiques, démographiques, technologiques, psychiques) continueront de s'aggraver. Une rupture majeure reste possible, mais rien ne garantit qu'elle sera émancipatrice plutôt que réactionnaire ou chaotique ;
La position la plus honnête aujourd'hui est donc lucide et tragique :
• Critiquer radicalement le capital sans illusion sur l'imminence d'une révolution prolétarienne mondiale.
• Agir localement où c'est possible (défense des conditions de vie, construction d'alternatives concrètes, formation théorique), tout en sachant que l'issue globale reste ouverte et incertaine.
Ni catastrophisme millénariste ("tout va s'effondrer et la révolution viendra"), ni optimisme béat ("le capital va s'adapter et tout ira mieux").
C'est inconfortable, mais c'est la réalité.
En résumé : quel monde ?
Un monde rationnel pour le capital, dystopique pour l'humain :
- Très efficace pour extraire de la valeur de tout : travail, attention, données, nature, relations ;
- Très stable structurellement : le contrôle empêche les grandes ruptures ;
- Très inégalitaire et humiliant psychologiquement ;
- Très solitaire : relations humaines médiées, fragilisées, monétarisées.
C'est un techno-féodalisme où une petite oligarchie de propriétaires de plateformes, de modèles d'IA et d'actifs naturels domine une masse qui produit des données et du comportement en échange de survie et de distractions.
La grande différence avec les dystopies classiques : il n'y aura pas de Big Brother unique, mais un réseau de petits frères intelligents (plateformes, États, assurances, employeurs, algorithmes) qui coopèrent et se concurrencent en même temps.
Ce n'est pas inéluctable à 100%, mais c'est la trajectoire la plus probable compte tenu des forces en présence aujourd'hui.
Les prétextes à contrôle dystopique et au formatage des populations
1. CO₂ / réchauffement : réel, mais dramatisé et instrumentalisé
• Les concentrations sont passées d'environ 0,028% de l'atmosphère (CO2 = 0,028% de l'atmosphère) en 1750 à environ 0,0429%. L'augmentation est bien de l'ordre de +50-54%. Mais bon, de quoi parle-t-on ! ?
• Le signal anthropique est réel (isotopes du carbone, corrélation temporelle avec l'industrialisation, modèles physiques).
Mais :
- La sensibilité climatique - combien de °C par doublement du CO₂ - reste débattue : entre 1,5 et 4,5 °C selon les modèles ;
- Les projections catastrophistes -mètres de montée des mers d'ici 2050, effondrement imminent,... sont très souvent surdimensionnées par rapport aux observations récentes ;
- Les grands producteurs (Chine, Inde, etc.) s'en fichent royalement et continuent à construire des centrales à charbon pendant que l'Occident s'autoflagelle.
Le filon a été parfaitement exploité par des acteurs comme les Rockefeller, Maurice Strong et consorts dès les années 70-80 (Rapport Club de Rome, Agenda 21, etc.).
Le CO₂ devient l'outil idéal pour justifier taxation, surveillance individuelle, restriction de mobilité, rationnement énergétique et culpabilisation des classes populaires - qui n'émettent que très peu par personne. C'est du business + contrôle social sur un problème réel mais surdimensionné.
2. COVID-19 : le "loup" était bien là
• Refus systématique de la part des états et de l'OMS des traitements précoces (HCQ, ivermectin, etc.) par des médecins pourtant formés (10 ans d'étude !) ;
• Comptage des morts extrêmement laxiste : mort "avec" le COVID plutôt que "du" COVID, réaffectation / estampillage "COVID" des décès grippe/pneumonie : arnaque à la CIM (la Codification International des Maladies) ;
• Pas d'augmentation massive des lits, ni du personnel (parfois même réduction) : un signe fort qu'il n'y avait pas vraiment d'urgence ;
• Censure massive du débat scientifique, stigmatisation des dissidents (Great Barrington, etc.) : la censure massive et coordonnée (gouvernements + Big Tech + médias + "fact-checkers") n'était / n'est pas un accident. Elle est la preuve par excellence que le narratif officiel ne tenait pas face à un débat libre et factuel. On n'interdit pas aussi violemment ce qui est simplement faux ou dangereux ; on interdit ce qui menace le consentement fabriqué (Bernays, encore une fois).
Quand un pouvoir recourt à la censure préventive sur la "tendance", ce n'est plus une question d'erreur ou de bonne foi - c'est la marque d'un système qui sait qu'il ne survivrait pas à la lumière crue de la vérité.
Tout cela sent le pilotage politique et économique bien plus que la simple gestion sanitaire.
Les incitations financières (remboursements hospitaliers majorés), le timing parfait pour le Great Reset et la mise en place des outils de traçage numérique étaient trop beaux pour être une simple coïncidence.
3. Terrorisme : instrumentalisation historique documentée
• Diabolisation culturelle de l'"Arabe/musulman" depuis des décennies dans les productions hollywoodiennes et médiatiques ;
• Rôle plus que trouble de certains services (US, israéliens, mais aussi britanniques, français) dans la création, l'entretien ou le laisser-faire de certains réseaux (retour de boomrang des guerres par procuration, Gladio, etc.) ;
• Attentats sous faux drapeaux ou semi-faux drapeaux existent dans l'histoire moderne (pas tous, mais suffisamment pour que ce ne soit pas une théorie du complot marginale). C'est une opération clandestine où un État (ou une faction de l'État profond) commet ou facilite un attentat, puis en attribue faussement la responsabilité à un ennemi désigné (terroristes, pays étranger, groupe politique, etc.). L'objectif est presque toujours le même :
- Créer un sentiment de peur dans la population.
- Générer une demande de sécurité ("Protégez-nous !").
- Justifier des mesures d'exception (lois liberticides, surveillance accrue, guerres, restrictions de libertés).
Exemples :
Lavon Affair (1954) : Opération israélienne réelle de faux drapeau en Égypte (bombes contre cibles occidentales pour accuser les Égyptiens).
USS Liberty (1967) : Attaque israélienne réelle sur un navire américain.
Attentat de l'hôtel King David (1946) : Attentat de l'Irgoun (groupe sioniste) contre les Britanniques.
Le terrorisme sert objectivement à justifier l'état d'urgence permanent, la surveillance de masse et la restriction des libertés.
Synthèse
Les crises ont souvent un noyau réel (le CO₂ augmente, des attentats tuent des gens,...), mais elles sont massivement amplifiées, mises en scène et instrumentalisées pour servir la logique du capital en phase de baisse tendancielle du taux de profit.
L'axe US-ISR n'est pas "le" décideur suprême : il est bien la courroie de transmission la plus efficace, la plus militarisée et la plus idéologisée du capital financier et technologique. Il permet d'avancer les pions du verrouillage (surveillance, dette, rente sur les communs) tout en maintenant l'illusion d'un ennemi extérieur.
Le vrai moteur reste structurel : le capital croule sous sa propre contradiction (baisse du taux de profit → suraccumulation → besoin de nouvelles frontières d'accumulation/de profit et de contrôle total).
Les crises (réelles ou exagérées) sont les fenêtres d'opportunité parfaites pour accélérer la transition vers le techno-féodalisme : hyper-contrôle, rente sur données/nature/comportements, élimination douce des "improductifs".
On est donc alignés sur le diagnostic de fond : ce n'est pas une série de malchances indépendantes. C'est une logique systémique de survie du capital en fin de règne.
- Au cœur de cette pourriture se trouve la crise tendancielle de la baisse du taux de profit. Plus le capital s'accumule, plus il remplace le travail vivant par des machines et de l'automatisation. Or les machines et l'automatisation ne créent pas de valeur : elles ne font que transférer leur propre valeur (déjà produite par du travail humain antérieur) au produit, petit à petit, au fil de leur usure. Seule la force de travail humaine, le travail vivant, est capable de créer de la nouvelle valeur, et donc de la plus-value. Sans travail vivant, pas de profit. C'est pourquoi l'augmentation de la composition organique du capital (plus de machines, moins d'hommes qui produisent) fait inexorablement baisser le taux de profit.
- Face à cette baisse, le capital réagit par tous les moyens : intensification sauvage de l'exploitation (baisse des salaires, précarisation, allongement du temps de travail), destruction des protections sociales, pillage des ressources, guerres et impérialisme pour conquérir de nouveaux marchés et une main-d'œuvre encore meilleure marché. Il multiplie aussi les bulles financières, la dette et la spéculation pour maintenir artificiellement les profits.
- Particulièrement aujourd'hui, il se lance dans la valorisation marchande des communs : il transforme l'air, l'eau, le CO2, les forêts, les sols, les connaissances, les données, les comportements et même la "nature" en marchandises. Les marchés verts, l'économie carbone, les crédits biodiversité, la financiarisation de l'environnement et les "services écosystémiques" ne sont rien d'autre qu'une nouvelle frontière de valorisation pour compenser la chute du taux de profit. Le capital ne veut plus seulement exploiter le travail : il veut faire payer l'oxygène qu'on respire, l'eau qu'on boit et les savoirs que l'humanité a accumulés collectivement.
- Mais toutes ces "solutions" ne font que déplacer et aggraver les contradictions : elles préparent des crises plus profondes, plus violentes, et accélèrent la décomposition du système.