20/04/2026 reseauinternational.net  27min #311608

Tueurs de bébés

par Laala Bechetoula

L'État d'Israël, ses parrains, et le massacre industrialisé des enfants

Ils n'étaient pas des dommages collatéraux. Ils étaient la cible. Et nous le savions. Et nous regardions. Et nous fournissions les armes. Et nous opposions notre veto aux résolutions. Et nous appelions ça de la légitime défense.

- Le verdict que l'histoire rendra

L'aveu que personne n'a fait

Commençons par la seule phrase que chaque ministre des Affaires étrangères occidental, chaque porte-parole de la Maison-Blanche, chaque responsable de l'Union européenne a refusé de prononcer en dix-huit mois de massacre :

Israël tue des enfants. Délibérément. Systématiquement. Avec nos armes. Avec notre argent. Sous notre protection diplomatique. Et nous le laissons faire.

C'est la phrase. Elle n'est pas de la propagande. Elle n'est pas de l'antisémitisme. Elle n'est pas une théorie du complot circulant sur des sites marginaux. C'est la conclusion documentée, vérifiée, recoupée de l'UNICEF, de l'Organisation mondiale de la santé, de Human Rights Watch, d'Amnesty International, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, de la Cour internationale de Justice, du Lancet, et - depuis janvier 2026 - de sources militaires israéliennes elles-mêmes, qui ont finalement accepté les chiffres du ministère de la Santé de Gaza.

Plus de 21 289 enfants tués confirmés à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Plus de 44 500 enfants blessés, beaucoup de façon permanente. Plus de 172 enfants tués au Liban en six semaines de guerre renouvelée. Au moins 254 enfants tués en Iran depuis le 28 février 2026, dont plus de 165 écolières tuées dans une seule frappe sur l'école primaire de filles Shajareh Tayyebeh à Minab. Plus de 50 000 enfants tués ou blessés à travers la région en moins de trente mois.

Ce n'est pas la guerre. Ce n'est pas de la légitime défense. Ce n'est pas le sous-produit tragique mais inévitable d'opérations militaires complexes dans des zones densément peupées. C'est l'extermination systématique, à échelle industrielle, d'enfants arabes, financée par les États-Unis d'Amérique, permise par la lâcheté de l'Europe, et exécutée par l'État d'Israël avec une précision et une constance qui n'accordent aucune place au mot "accident".

Ce texte ne sera pas diplomatique. La diplomatie, face à ce qui a été commis, est une obscénité.

Avant le mensonge du 7 octobre : le long registre

Le récit qu'Israël et ses parrains occidentaux imposent commence le 7 octobre 2023. Dans leur version, un État civilisé, démocratique - un phare des valeurs occidentales dans une région troublée - a été attaqué sans prévenir par de sauvages terroristes, et a répondu, avec regret mais nécessité, par la force militaire. Tout ce qui précède est effacé. Tout ce qui suit est justifié.

C'est un mensonge d'une telle magnitude que l'appeler propagande serait encore trop indulgent. C'est la fabrication délibérée d'une amnésie historique au service du génocide.

Voici ce qui se passait avant le 7 octobre :

Entre septembre 2000 et octobre 2023, les forces israéliennes ont tué plus de 2171 enfants palestiniens. Pas lors d'une seule opération. Pas dans une guerre avec un début et une fin. Continuellement. De façon routinière. Comme une caractéristique, non pas un dysfonctionnement, de l'occupation militaire. En Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est - un enfant par semaine, année après année, décennie après décennie, chaque meurtre sans enquête, sans poursuite, sans sanction.

Opération Plomb Durci, décembre 2008 à janvier 2009 : 22 jours, 1 383 Palestiniens tués, 333 enfants parmi eux. Isra' Qusay al-Habbash, 13 ans, et sa cousine Shadha, 10 ans, ont été tuées par un missile alors qu'elles jouaient sur le toit de leur maison à Gaza. Elles n'étaient pas des combattantes. Elles étaient des enfants sur un toit. La mission d'enquête de l'ONU a conclu que l'opération était "une attaque délibérément disproportionnée visant à punir, humilier et terroriser une population civile". La peine la plus lourde infligée à un soldat israélien pour l'ensemble des crimes de l'Opération Plomb Durci : sept mois et demi - pour avoir volé une carte bancaire.

Opération Bordure protéctrice, juillet-août 2014 : 50 jours, 551 enfants tués, 3436 blessés, plus de 1000 handicapés à vie, plus de 1500 orphelins. Des 180 plus jeunes victimes - bébés, tout-petits, enfants de moins de six ans - pas un seul n'était un combattant. En deux jours seulement - ce que l'on appela le Vendredi Noir - les forces israéliennes ont tué 207 personnes à Rafah, dont 64 enfants. L'enquête de B'Tselem a conclu qu'aucun commandant supérieur n'a fait face à la moindre conséquence juridique.

Entre 2015 et 2022, les Nations unies ont attribué plus de 8 700 victimes parmi les enfants aux forces israéliennes. Durant ces mêmes années, la "liste de la honte" annuelle du secrétaire général de l'ONU - qui nomme les forces militaires qui ne protègent pas les enfants - a systématiquement exclu Israël. Des forces qui avaient tué beaucoup moins d'enfants y figuraient. Israël non. Pas une seule fois en huit ans.

Dans les neuf premiers mois de 2023 seulement - avant qu'une seule roquette ne tombe le 7 octobre - 38 enfants palestiniens avaient déjà été tués par les forces israéliennes en Cisjordanie, faisant de 2023 l'année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les enfants palestiniens. Save the Children l'a dit. L'UNICEF l'a dit. L'OCHA l'a dit.

Le 7 octobre n'a pas créé cette réalité. Il l'a ponctuée. Et la réponse du monde - armer le perpétrateur, le protéger de toute responsabilité, appeler l'escalade légitime défense - est la décision politiquement et moralement la plus catastrophique du XXIe siècle.

La taxonomie du meurtre

Soyons précis. Le meurtre des enfants palestiniens prend plusieurs formes, chacune documentée, chacune systématique, chacune portant les empreintes d'une politique délibérée.

Par les bombes.

Un enfant toutes les quinze minutes durant les premières semaines d'octobre 2023. Plus d'une centaine d'enfants tués par jour au pic de la campagne. En septembre 2025, au moins 19 424 enfants signalés tués. En février 2026, 21 289 confirmés. Ce sont des enfants frappés dans leurs maisons, dans leurs écoles, dans des hôpitaux, dans des abris, dans des installations de l'UNRWA dont les coordonnées GPS avaient été explicitement communiquées à l'armée israélienne à l'avance. Les forces israéliennes les ont bombées quand même.

Par la famine.

Israël a imposé un blocus qui a réduit 2,3 millions de personnes à survivre avec 245 calories par jour - moins d'un douzième du minimum humain requis. Les habitants mangeaient de l'herbe, des plantes sauvages, de l'eau contaminée. Plus de 54 600 enfants souffraient de malnutrition aiguë en août 2025. Jinan Iskafi avait quatre mois quand elle est morte le 3 mai 2025. Elle est morte de marasme - malnutrition protéino-énergétique sévère - parce que le lait infantile spécialisé dont elle avait besoin était bloqué à la frontière par décision militaire israélienne. Elle avait quatre mois de vie. Elle a été assassinée par un blocus.

Amnesty International a examiné son dossier médical. Human Rights Watch a documenté le mécanisme du blocus. Oxfam l'a nommé : "Israël fait des choix délibérés pour affamer les civils". Le Comité spécial des Nations unies a confirmé que cela répond à la définition juridique de l'utilisation de la famine comme méthode de guerre - un crime en vertu du Statut de Rome. La CPI a compétence. Elle n'a pas agi.

Par l'amputation.

En juin 2024, les médecins de Gaza estimaient que 3000 enfants avaient perdu un ou plusieurs membres. En janvier 2025, l'UNICEF en comptait 4000. Le coordinateur de l'OMS a précisé que certaines amputations étaient inutiles - réalisées non parce qu'elles étaient médicalement nécessaires, mais parce que les hôpitaux manquaient d'équipements et de temps : la vague suivante de victimes arrivait déjà. Des enfants perdant des jambes, des bras, des mains, des yeux - non parce qu'une arme devait les toucher, mais parce qu'un blocus s'assurait que les instruments nécessaires pour les sauver n'existaient pas.

Par l'emprisonnement et la torture.

Depuis 1967, plus de 55 500 enfants palestiniens ont été arrêtés par les forces israéliennes. Depuis le 7 octobre 2023, plus de 1700 en Cisjordanie seule. Au 31 décembre 2025, 351 enfants détenus dans les prisons israéliennes - 180 d'entre eux, soit 51%, maintenus sans inculpation, sans procès, sur la base de preuves secrètes renouvelables indéfiniment. Israël a refusé au Comité international de la Croix-Rouge l'accès à tout détenu palestinien depuis le 7 octobre 2023. Un rapport de Save the Children de 2023 a révélé que 86% des enfants palestiniens détenus avaient été battus, 69% déshabillés de force, 60% placés en isolement, 68% privés de soins médicaux. Waleed Ahmed, 17 ans, est mort dans une prison israélienne en mars 2025. Un juge israélien a conclu qu'il avait vraisemblablement été affamé jusqu'à la mort. En prison. En 2025. Dans un État qui se proclame démocratie.

Par l'anéantissement psychologique.

En août 2024, environ 19 000 enfants avaient perdu l'un ou les deux parents. Début 2026, plus de 58 000. Dans les camps de déplacement eux-mêmes bombardés à répétition, 70% des enfants présentaient des signes cliniques de détresse psychologique : troubles du sommeil, dissociation, terreur incontrôlable. Le terme utilisé par les travailleurs humanitaires - WCNSF, "enfant blessé sans famille survivante" - est entré dans le lexique médical en novembre 2023. Il désigne un enfant physiquement blessé, ayant perdu chaque membre de sa famille, existant dans une condition pour laquelle aucun protocole humanitaire n'avait été conçu, parce que personne n'avait imaginé une guerre produisant ce résultat à cette échelle.

Ce ne sont pas les sous-produits de la guerre. Ils en sont l'architecture.

Les noms que la justice exige

Les statistiques sont le langage des bureaucraties. Les noms sont le langage de la justice. Voici quelques-uns de ces noms.

Jinan Iskafi. Quatre mois. Gaza. Décédée le 3 mai 2025 de marasme causé par le blocus sur les préparations lactées spéciales. Dossier médical examiné par Amnesty International.

Abdelaziz. Né prématurément à l'hôpital Kamal Adwan le 24 février 2024. Sa mère, gravement dénutrie, avait survécu avec des légumineuses et des conserves. Il a été placé sous respirateur artificiel. Le respirateur s'est arrêté quand l'hôpital a manqué de carburant. Son père a conservé son certificat de décès. Il est mort quelques heures après sa naissance.

Nour al-Huda. Onze ans. Mucoviscidose. Admise à l'hôpital Kamal Adwan le 15 mars 2024 pour malnutrition, déshydratation, infection pulmonaire. Sa mère a déclaré à Human Rights Watch : "Je vois ses côtes à travers sa peau".

Laila Khatib. Deux ans. Abattue dans la chambre de sa maison à Jénine par un tir de sniper israélien lors de l'opération Iron Wall, le 25 janvier 2025. La plus jeune victime nommée dans le rapport du Bureau des droits de l'homme de l'ONU d'octobre 2025.

Rida Ali Ahmed Bisharat. Huit ans. Hamza Ammar Ahmed Bisharat, dix ans. Frères. Tués le 8 janvier 2025 dans la cour de leur maison à Tammun, Tubas, par un missile air-sol israélien. Ils étaient désarmés. L'armée israélienne a reconnu ultérieurement ne pas avoir vérifié l'identité des victimes avant de tirer.

Waleed Ahmed. Dix-sept ans. Décédé en détention israélienne, mars 2025. Un juge israélien a conclu qu'il avait vraisemblablement été affamé jusqu'à la mort.

Jawad Younes. Onze ans. Saksakieh, sud du Liban. Il venait de raccompagner chez eux son frère de quatre ans, Mehdi, fatigue par le match de football. Il est revenu jouer. Une frappe israélienne a visé la maison de son oncle. Sa mère a dit : "Mon cœur me l'a dit". Il a été tué le 27 mars 2026.

Zeinab al-Jabali. Dix ans. Bekaa, Liban. Tuée le 5 mars 2026 alors qu'elle aidait sa mère à préparer l'iftar du Ramadan. En 1982, le frère de son père - lui aussi âgé de dix ans - avait été tué par un missile israélien dans ce même pays.

Les écolières de Minab. Au moins 165 personnes tuées quand une frappe israélienne a détruit l'école primaire de filles Shajareh Tayyebeh à Minab, Iran, le 28 février 2026. La plupart étaient des enfants. Le nom de l'école signifie "Le Bon Arbre".

Les enfants de la famille al-Najjar. Neuf frères et sœurs tués à Khan Younis en mai 2025. Tous de moins de 12 ans. Extraits des décombres de leur maison. Un seul a survécu, dans un état critique.

Ce sont dix noms parmi un registre qui en contient plus de vingt et un mille. Chacun avait un nom avant de devenir un numéro. L'histoire exige qu'on dise leurs noms. L'histoire exige aussi qu'on nomme ceux qui sont responsables.

La géographie de l'impunité s'étend : Liban, Iran

Gaza est le laboratoire. Le Liban est la réplication. L'Iran est l'escalade. La doctrine traverse les frontières avec la consistance d'une politique, non le chaos d'une guerre.

Au Liban, depuis le 2 mars 2026 : 172 enfants tués, 600 enfants tués ou blessés, près de 390 000 enfants déplacés. Les forces israéliennes ont frappé des maisons loin de toute ligne de front, dans des quartiers à population mixte considérés comme sûrs, dans des immeubles sans aucune présence militaire, sans préavis, aux premières heures du matin, pendant le Ramadan, pendant l'iftar, alors que les familles mangeaient ensemble. Interrogée, l'armée israélienne n'a pas nié la mort d'enfants. Elle a dit qu'elle avait visé des "installations du Hezbollah". Elle n'a fourni aucune preuve. Elle n'a nommé aucune cible. Elle ne fait face à aucune conséquence.

En Iran, depuis le 28 février 2026 : au moins 254 enfants tués confirmés dans les frappes américano-israéliennes, selon l'organisation de droits humains HRANA. Total des civils tués en Iran : 1701. Une analyse de BBC Verify a confirmé que des missiles de précision américains ont frappé des bâtiments résidentiels et une salle de sport à Lamerd, tuant 21 personnes dont 4 enfants. Au moins 65 écoles touchées à travers l'Iran. Au moins 14 centres médicaux. Plus de 5500 unités résidentielles. Une enquête militaire américaine interne sur le massacre de l'école de filles de Minab a reconnu que la frappe résultait de "données de ciblage périmées". C'est ainsi que les États-Unis appellent 165 écolières mortes : des données périmées.

Netanyahou, alors que le cessez-le-feu d'Islamabad avec l'Iran tenait, a annoncé publiquement que le Liban "ne fait pas partie du cessez-le-feu" et a continué à le bombarder pour un quarante-cinquième jour consécutif. Il l'a dit ouvertement. Sans honte. Parce qu'on ne lui a jamais donné de raison d'avoir honte.

Le schéma n'est pas une coïncidence. C'est une doctrine : tuer assez d'enfants, dans assez de pays, avec assez de constance, pour que le monde finisse par accepter le meurtre d'enfants comme une caractéristique permanente du paysage moyen-oriental - aussi naturelle que la météo, aussi inévitable que la géographie. Les bébés de Gaza, les écolières de Minab, les footballeurs de Saksakieh : tous réduits à une catégorie appelée "le coût de la sécurité régionale".

La sécurité de qui ?

Trump, l'Amérique et le commerce du meurtre d'enfants

Donald Trump est retourné à la Maison-Blanche en janvier 2025 avec la promesse de mettre fin aux guerres. Il n'en a terminé aucune. Il en a déclenché une : la guerre contre l'Iran, lancée conjointement avec Israël le 28 février 2026, dans laquelle des missiles Tomahawk et des missiles de précision américains ont frappé des villes iraniennes, tuant des enfants dans des écoles et des civils lors de repas de rupture du jeûne du Ramadan. Trump a appelé cela un effort pour "provoquer un changement de régime". Il a dit que le régime iranien "opprime son peuple". Il a dit que le peuple iranien méritait la liberté.

Les écolières de Minab étaient le peuple iranien. Elles n'ont pas reçu la liberté. Elles ont reçu un missile américain. Cent soixante-cinq d'entre elles.

Trump a envoyé 3,8 milliards de dollars d'aide militaire annuelle à Israël dès son retour au pouvoir. Il a accéléré les transferts d'armes suspendus par l'administration Biden. Il a déplacé l'ambassade américaine à Jérusalem. Il a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan. Il a endossé l'annexion de la Cisjordanie. Il a posé son veto aux résolutions de cessez-le-feu du Conseil de sécurité de l'ONU. Il a bloqué la juridiction de la CPI sur les responsables israéliens. Il a appelé Benyamin Netanyahou "le plus grand dirigeant de l'histoire d'Israël". Il n'a assisté aux funérailles d'aucun enfant palestinien.

Les États-Unis sont depuis trois décennies le principal bailleur de fonds, le principal fournisseur d'armes, le principal bouclier diplomatique et le principal propagandiste de l'État israélien. Chaque bombe larguée sur une école de Gaza porte un numéro de série américain. Chaque missile qui a frappé un immeuble libanais a été payé par les contribuables américains. Chaque veto qui a empêché une résolution de cessez-le-feu de l'ONU a été posé par un diplomate américain parfaitement informé de ce que son veto permettait de continuer. Ce ne sont pas des allégations. C'est de la comptabilité.

99 professionnels de santé américains ayant servi à Gaza ont écrit au président Biden en octobre 2024 pour établir qu'au moins 62 413 décès à Gaza résultaient de la famine - la plupart de très jeunes enfants - et au moins 5000 du manque d'accès aux soins. Ils ont écrit au président des États-Unis. Il n'a pas répondu en changeant de politique. Il a envoyé davantage d'armes.

L'Amérique ne soutient pas simplement Israël. L'Amérique est le partenaire opérationnel d'Israël dans le meurtre des enfants. La distinction entre les deux gouvernements, dans le contexte de la mortalité infantile palestinienne, est une distinction sans différence.

Et Trump, qui a accédé au pouvoir une deuxième fois en promettant d'être l'homme qui dirait les vérités que personne n'osait dire, qui se posait en ennemi de l'établissement corrompu, qui prétendait représenter les oubliés contre une élite mondiale : c'est cet homme qui a choisi, comme accomplissement couronner de sa politique moyen-orientale, de bombarder une école de filles en Iran et d'envoyer davantage d'argent à un gouvernement qui affame les nourrissons à Gaza. L'hypocrisie n'est pas accessoire. Elle est le produit.

La lâcheté confortable de l'Europe

Si l'Amérique est le complice armé, l'Europe est le passant bien habillé qui a regardé le crime, vérifié que personne ne regardait, et est rentré chez lui pour dîner.

Les gouvernements européens ont, depuis octobre 2023, publié des déclarations d'inquiétude. Ils ont exprimé une profonde préoccupation. Ils ont appelé à des pauses humanitaires. Ils ont voté des résolutions non contraignantes. Ils ont envoyé de petites quantités d'aide qu'Israël bloquait à la frontière. Ils ont participé à des conférences où ils discutaient de la situation avec des visages graves et des mains vides. Et ils ont continué à exporter des armes vers Israël, à renouveler les accords commerciaux, à inviter des responsables israéliens dans leurs capitales, et à laisser leurs populations être informées par des radiodiffuseurs d'État que ce qui se passait à Gaza était un "conflit entre deux parties".

Le Royaume-Uni a vendu 69 millions de livres sterling d'armes à Israël en 2023. L'Allemagne a poursuivi ses exportations d'armes des mois après le 7 octobre. La France a maintenu ses relations diplomatiques et commerciales tout au long. Les Pays-Bas ont été légalement sommés par leurs propres tribunaux de cesser les exportations de composants de F-35 vers Israël - et ont trouvé des moyens procéduraux pour retarder l'application.

L'Union européenne parle de son "ordre international fondé sur des règles" avec la ferveur d'une religion. Les règles, il s'avère, s'appliquent à l'invasion russe de l'Ukraine avec une rapidité et une détermination exemplaires. Elles ne s'appliquent pas au meurtre de 21 000 enfants palestiniens. L'ordre, il s'avère, est fondé sur la préservation des intérêts stratégiques occidentaux, non sur la protection des vies des enfants arabes.

Ce deux poids deux mesures n'est pas un défaut de la politique étrangère européenne. C'est son principe de fonctionnement. Les vies arabes ont toujours été évaluées différemment dans le calcul de la civilisation européenne. Les enfants de Gaza ne sont pas suffisamment européens pour que leurs morts constituent une crise de conscience. Ils sont suffisamment lointains, suffisamment basanés, suffisamment musulmans, suffisamment palestiniens, pour être traités comme une "situation humanitaire nécessitant une solution politique". Leurs morts sont une situation. Les besoins militaires israéliens sont un engagement.

Ce que l'Europe a démontré, avec une clarté cristalline, au cours de ces trente mois, c'est que "Plus jamais ça" - le serment fondateur de la civilisation européenne de l'après-Holocauste - a toujours été conditionnel. Cela signifiait : plus jamais ça pour nous. Pas : plus jamais ça pour quiconque. Et certainement pas : plus jamais ça, y compris quand l'État établi au nom des survivants de l'Holocauste est celui qui tue.

Ce n'est pas un paradoxe. C'est une politique. Et chaque ministre des Affaires étrangères européen qui a signé une nouvelle déclaration d'inquiétude tout en approuvant une nouvelle licence d'armes porte une responsabilité morale et juridique personnelle pour ce que ces armes ont fait aux enfants de Gaza, du Liban et de l'Iran.

L'idéologie du meurtre

Il serait confortable d'attribuer cela à des acteurs individuels - un Netanyahou, un Trump, un ministre des Affaires étrangères européen complaisant. Cela rendrait le problème gérable : éliminer les individus, changer la politique. Mais le meurtre des enfants palestiniens n'est pas une aberration personnelle. C'est le produit d'un système idéologique cohérent, et ce système doit être nommé.

L'idéologie coloniale de peuplement israélienne - dans sa forme actuelle, maximaliste et gouvernante - soutient que la terre entre le Jourdain et la mer appartient exclusivement au peuple juif, que la présence palestinienne sur cette terre est un problème démographique et sécuritaire à gérer, réduire et finalement éliminer, et que les morts civils palestiniens sont soit justifiés comme dommages collatéraux dans la poursuite d'objectifs sécuritaires légitimes, soit imputés au Hamas pour les avoir "utilisés comme boucliers humains". Ce cadrage - chaque enfant mort est la faute du Hamas - a été répété avec une telle constance par les responsables israéliens, les porte-parole militaires et les gouvernements occidentaux qu'il a acquis le statut d'évidence reçue.

Examinons ce que cela signifie. Cela signifie que lorsque les forces israéliennes bombardent un hôpital, c'est parce que le Hamas l'utilisait. Quand elles bombardent une école, c'est parce que le Hamas s'y cachait. Quand elles bombardent un abri de l'ONU, c'est parce que le Hamas avait creusé en dessous. Quand elles affament 2,3 millions de personnes, c'est parce que le Hamas utilise la nourriture comme arme. Quand elles abattent une enfant de deux ans dans sa chambre à Jénine, c'est parce que la présence du Hamas en Cisjordanie exige une réponse sécuritaire. La doctrine du Hamas-bouclier est infiniment élastique : elle absorbe chaque atrocité, explique chaque massacre, justifie chaque blocus. C'est la machine à mouvement perpétuel idéologique de l'impunité.

Mais il existe dans le droit international un principe - si élémentaire qu'il est enseigné la première semaine des cours de droit humanitaire - qui rend toute cette construction non avenue. C'est le principe de proportionnalité. Même si une cible militaire existe. Même si le Hamas est présent. Même s'il y a un objectif militaire légitime. Il demeure illégal de causer à des civils - y compris des enfants - un préjudice disproportionné par rapport au gain militaire attendu. Tuer 21 000 enfants pour poursuivre le Hamas est disproportionné à n'importe quelle mesure concevable. La CIJ l'a dit en janvier 2024. Le procureur de la CPI l'a dit. Chaque grande organisation de droits humains l'a dit. Israël a continué. L'Amérique a posé son veto. L'Europe a exprimé son inquiétude.

Et sous l'argument juridique git un argument moral qui n'exige aucune formation juridique pour être compris : ce sont des enfants. Ils ne sont pas des abstractions. Ils ne sont pas des données démographiques. Ils ne sont pas des menaces sécuritaires. Ils sont Jawad qui a raccompagné son petit frère avant de revenir jouer. Ils sont Zeinab qui aidait sa mère à préparer l'iftar. Ils sont les filles de Minab dont l'école s'appelait le Bon Arbre. Ils sont Jinan qui avait besoin de lait et a reçu un blocus. Ils sont Abdelaziz qui avait besoin d'un respirateur et a reçu une panne de carburant.

L'idéologie qui rend leurs morts acceptables - qui fabrique le langage pour traiter leur meurtre sans chagrin, sans rage, sans responsabilité - n'est pas propre à Israël. C'est l'idéologie de tous les pouvoirs coloniaux à travers l'histoire : l'idée que les enfants de certains comptent plus que ceux des autres. Les Britanniques au Kenya. Les Français en Algérie. Les Américains au Vietnam. Les Belges au Congo. Les enfants des colonisés ont toujours été ceux qui pouvaient être tués sans conséquence, pleurés sans alarme internationale, enterrés sans que les gouvernements puissants du monde ne changent de politique en réponse.

Gaza n'est pas une exception. C'est la dernière itération du plus vieux crime. Et nous sommes tous assez vieux pour le savoir.

Le silence qui tue

Alan Kurdi était un enfant syrien. Il s'est noyé en Méditerranée le 2 septembre 2015, avec sa mère et son frère. Une photojournaliste turque nommée Nilüfer Demir a trouvé son corps face contre terre sur la plage près de Bodrum, dans sa chemise rouge et son pantalon bleu et ses petites baskets, et elle l'a photographié. La photographie est devenue virale en quelques heures. Les dirigeants européens ont pleuré. Les dons aux associations caritatives d'aide aux réfugiés ont été multipliés par quinze en vingt-quatre heures. L'image est parue à la une de tous les journaux du monde.

Le monde s'est arrêté un jour.

Puis il a continué.

Plus de 21 000 enfants palestiniens ont été tués depuis octobre 2023. Chacun avait un visage, un nom, une paire de chaussures. Leurs morts ont été photographiées, documentées, diffusées, livestreamées, publiées sur chaque plateforme de réseaux sociaux dans le monde. Les images existent. Les preuves ne manquent pas. Ce qui manque, c'est la volonté politique d'agir sur ce que les images montrent.

Ce fossé - entre témoigner et agir, entre savoir et prévenir, entre voir et arrêter - n'est pas de l'ignorance. C'est une politique. Les gouvernements occidentaux qui ont regardé ces images et ont continué à armer Israël ont fait un choix. Ils ont choisi que la relation stratégique avec Israël - le partage du renseignement, la collaboration technologique, son rôle de plateforme militaire au Moyen-Orient, sa valeur comme actif politique intérieur dans des élections façonnées par des lobbies pro-israéliens - vaut plus que les vies de 21 000 enfants arabes. Ils ont fait ce calcul explicitement, répétitivement, en toute connaissance de cause.

C'est le silence qui tue. Non pas le silence de l'ignorance. Le silence de celui qui sait et choisit de continuer.

Le secrétaire général de l'ONU a dit en novembre 2023 : "Gaza est en train de devenir un cimetière pour enfants". Il l'a dit publiquement, devant des caméras, devant le Conseil de sécurité. Trois de ses cinq membres permanents ont continué à armer, protéger ou silencieusement permettre à l'État qui enterre.

Ce qui vient ensuite : l'extension du champ des meurtres

Votre question - Qu'est-ce qui vient ensuite ? - est la plus importante de ce moment, et la plus dangereuse à répondre honnêtement.

La réponse, basée sur le schéma établi, est : cela continue. Cela s'étend. Gaza est le laboratoire. Le Liban est l'application. L'Iran est l'escalade. Le prochain théâtre est déjà visible.

La Cisjordanie, où l'annexion progresse quotidiennement, où 224 enfants palestiniens ont été tués depuis janvier 2023 - près de la moitié de tous les meurtres d'enfants enregistrés depuis que les données existent en 2005. Où l'utilisation des frappes aériennes a été multipliée par vingt depuis octobre 2023, dans un territoire qui, au regard du droit international humanitaire, n'est pas une zone de conflit armé.

La Syrie, où les frappes israéliennes sur les infrastructures civiles ont repris. Le Yémen, où les opérations militaires américano-israéliennes ont tué des civils. La géographie élargie d'un projet qui n'a jamais été question de Hamas, jamais question du 7 octobre, jamais question de sécurité. Il a toujours été question de la terre, et de qui est autorisé à y vivre, et de quels enfants sont considérés suffisamment humains pour être pleurés.

La leçon enseignée en ce moment aux gouvernements du Sud global est celle-ci : le système international ne vous protégera pas. La CPI ne poursuivra pas les puissants. Le Conseil de sécurité de l'ONU sera mis sous veto. La CIJ sera ignorée. Les armes continueront de circuler. Les enfants continueront de mourir. Les déclarations d'inquiétude continueront d'être publiées. Et rien ne changera.

Ce qui vient ensuite, si rien ne change, ce n'est pas la paix. C'est la prolifération de la logique de Gaza : que les vies civiles sont des coûts acceptables, que les enfants peuvent être tués si le tueur est suffisamment puissant, que la loi est pour les faibles, et que la seule protection qui existe est celle qu'on construit soi-même, avec des armes que personne ne peut mettre sous veto.

L'acte d'accusation

Ce n'est pas la conclusion d'un article. C'est l'ouverture d'un acte d'accusation. L'histoire le complètera. Mais laissons le dossier commencer ici.

L'État d'Israël

Pour le meurtre systématique de plus de 21 000 enfants à Gaza depuis octobre 2023. Pour le meurtre de 172 enfants au Liban en six semaines de guerre renouvelée. Pour le meurtre d'enfants en Iran, dont 165 écolières à Minab. Pour l'utilisation délibérée de la famine comme arme de guerre, causant la mort de nourrissons dont Jinan Iskafi, quatre mois. Pour l'amputation de membres sur 4000 enfants. Pour l'emprisonnement et la torture d'enfants palestiniens dans des centres de détention militaires, dont Waleed Ahmed, affamé jusqu'à la mort en mars 2025. Pour soixante ans de meurtre documenté, continu et systématique d'enfants palestiniens dans une impunité quasi totale. Pour avoir commis tout cela au nom d'un peuple qui fut lui-même victime du pire crime de l'histoire européenne moderne, commettant ainsi l'obscénité de transformer cette histoire en arme contre sa propre logique morale.

Les États-Unis d'Amérique

Pour avoir fourni 3,8 milliards de dollars d'aide militaire annuelle à l'État exécutant. Pour avoir fourni les bombes, les missiles, les avions de combat, les missiles de précision qui ont tué les écolières de Minab et les civils de Lamerd. Pour avoir mis leur veto à chaque résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui aurait imposé un cessez-le-feu. Pour avoir bloqué la juridiction de la CPI sur les responsables israéliens. Pour être entrés directement en co-belligérance avec Israël lors du bombardement de l'Iran le 28 février 2026, devenant ainsi partenaires dans le meurtre d'enfants iraniens. Pour avoir ignoré le témoignage de 99 médecins américains sur 62 413 morts de faim. Pour des décennies de soutien inconditionnel qui ont créé et maintenu les conditions d'impunité dans lesquelles le meurtre a été possible.

Donald Trump personnellement

Pour avoir accéléré tout ce qui précède dès son retour au pouvoir en janvier 2025. Pour avoir bombé une école de filles en Iran et appelé cela une politique. Pour n'avoir assisté aux funérailles d'aucun enfant arabe tué par des armes américaines, tout en célébrant publiquement la relation avec le gouvernement responsable de leurs morts.

L'Union européenne et ses États membres

Pour avoir continué les exportations d'armes vers Israël après octobre 2023. Pour avoir publié des déclarations d'inquiétude tout en signant des licences d'armes. Pour avoir appliqué le principe du droit international avec une rigueur exemplaire à la Russie et avec une sélectivité délibérée à Israël. Pour la lâcheté confortable de regarder 21 000 enfants mourir et appeler cela une situation nécessitant une solution politique.

Le Conseil de sécurité des Nations unies

Pour la complicité structurelle dans l'impunité qu'il était censé prévenir, à travers le mécanisme de veto qui permet à un membre permanent de protéger son État client de toute conséquence juridique quelle que soit l'ampleur du crime.

Et à tous les autres - les experts qui ont rédigé les justifications, les journalistes qui ont appelé cela un conflit, les politiciens qui ont dit que c'était compliqué, les intellectuels qui ont trouvé de la nuance dans le bombardement des écoles, les experts qui ont mis en garde contre les conclusions précipitées, les diplomates qui ont prôné la patience pendant que les enfants mouraient de faim : l'histoire est patiente aussi. Elle a une longue mémoire. Et elle ne pardonne pas aux confortables.

Épilogue : le registre

Les procès de Nuremberg ont établi un précédent qui n'a jamais été révoqué : que les individus portent une responsabilité pénale pour les crimes contre l'humanité indépendamment des ordres qu'ils ont suivis, indépendamment de la nécessité politique invoquée, indépendamment de l'autorité souveraine au nom de laquelle ils ont agi.

Nuremberg a eu lieu parce que l'Allemagne a perdu. Les procès ont été conduits par les vainqueurs. C'est la vérité inconfortable sur la justice internationale : elle est appliquée par les puissants aux vaincus. Elle a rarement été appliquée aux puissants eux-mêmes.

Mais l'histoire n'est pas terminée. Les puissants ne restent pas toujours puissants. Et le registre de ce qui a été commis ici - les noms, les chiffres, les photographies, les dossiers médicaux, les fragments de bombes avec leurs numéros de série, les factures, les câbles diplomatiques, les vetos, les licences d'armes, les déclarations d'inquiétude publiées pendant que les enfants mouraient de faim - ce registre existe. Il est en cours de compilation. Il est préservé. Il est transmis aux générations qui viendront après nous avec une clarté et une permanence qu'aucun pouvoir politique ne peut effacer.

Jawad Younes, 11 ans, jouait au football. Il a raccompagné son petit frère. Il est revenu jouer. Un missile israélien l'a tué.

Son nom est dans le registre.

Les noms de ceux qui ont envoyé le missile, qui l'ont payé, qui l'ont fabriqué, qui ont autorisé le transfert, qui ont posé leur veto au cessez-le-feu, qui ont publié la déclaration d'inquiétude et signé la prochaine licence d'armes : ces noms sont aussi dans le registre.

L'histoire les lira tous ensemble. Elle posera la question : qu'avez-vous fait, quand vous saviez ?

Et la réponse, pour la plupart des gouvernements puissants du monde, sera : nous avons regardé. Nous avons calculé. Nous avons continué.

- Fin du réquisitoire -
Sources documentaires principales

UNICEF Mise à jour humanitaire, Palestine, février 2026
UNICEF communiqués de presse mai 2025 & mars 2025
OMS Alerte malnutrition Gaza, juillet 2025
UNRWA/The Lancet étude malnutrition Gaza, octobre 2025
IPC Comité de révision famine, août 2025
Amnesty International : Opération Plomb Durci 2009 ; Gaza : preuves de famine juillet 2025 ; frappe Beit Shemesh mars 2026
Human Rights Watch : famine Gaza avril 2024 ; meurtres d'enfants en Cisjordanie 2023
B'Tselem : victimes Opération Bordure Protéctrice 2016 ; Bienvenue en enfer 2024
Defense for Children International - Palestine : statistiques détention 2008-2026
Save the Children : Cisjordanie 2025 ; Liban 2024
Bureau des droits de l'homme de l'ONU (OHCHR) : 1001 Palestiniens tués en Cisjordanie, octobre 2025
Cour internationale de Justice : ordonnances provisoires, Afrique du Sud c. Israël, janvier 2024
HRANA : rapport victimes Iran, avril 2026
BBC Verify : analyse frappe Lamerd
Associated Press : enquête enfants tués au Liban, 15 avril 2026
Al Jazeera : école de Minab, 28 février 2026 ; chiffres UNICEF Liban avril 2026
Wikipédia : Effets de la guerre de Gaza sur les enfants ; Enfants palestiniens en détention israélienne ; Famine dans la bande de Gaza ; Victimes de la guerre de Gaza ; Guerre d'Iran 2026 ; Mort d'Alan Kurdi
The Lancet : mortalité traumatique Gaza, janvier 2025
OCHA : chiffres clés des hostilités de 2014
Institut Watson, Université Brown : étude morts indirectes, 2024

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