17/04/2026 ssofidelis.substack.com  9min #311288

« Ma fille est partie pour apprendre, pas pour se battre ». Gaza pleure de nouveaux enfants tués par Israël

La balle qui a tué Ritaj Rihan, 9 ans, alors qu'elle était à l'école de Beit Lahia, est placée à côté de son corps à la morgue de l'hôpital Al-Shifa à Gaza. 9 avril 2026. Photo © Anas Zeyad Fteha/Anadolu via Getty Images.

Par Par Mohammed Ahmed, Sharif Abdel Kouddous, Jawa Ahmad pour  Drop Site News, le 16 avril 2026

Alors que l'attention mondiale se focalise sur l'Iran et le Liban ces six dernières semaines, Israël a pu poursuivre son offensive génocidaire contre Gaza sans susciter beaucoup de réactions au niveau international.

GAZA -Yahya Al-Malahi, âgé de trois ans, gise sur une table métallique à la morgue de l'hôpital Al-Shifa à Gaza. Les membres de sa famille pleurent en caressant son petit corps, et sa joue. Un grand trou, de la taille d'une orange, est visible à l'arrière de sa tête.

Yahya fait partie des cinq Palestiniens tués mardi lors d'une frappe aérienne israélienne qui visait un véhicule de police dans la rue Al-Nafaq, une zone civile très fréquentée au centre de la ville de Gaza.

"J'aurais préféré mourir à ta place", a sangloté Mukhlis Al-Malahi, le père de Yahya devant le corps de son fils. Son pull était imbibé du sang de son fils. Al-Malahi a raconté à Drop Site que Yahya était sur le dos de son oncle lorsque le missile a frappé. "J'ai senti que j'avais été touché, j'ai commencé à réciter la shahada. Puis j'ai vu mon fils, sa tête était fendue", a-t-il déclaré.

Le père de Yahya Al-Malahi, Mukhlis, et d'autres proches à l'intérieur de la morgue de l'hôpital Al-Shifa à Gaza le 14 avril 2026. Vidéo de Mohammed Ahmed.

La famille Al-Malahi marchait dans la rue Al-Nafaq en rentrant du mariage d'un proche lorsque l'attaque a eu lieu.

"Mon cousin, son fils et ses frères rentraient chez eux lorsqu'un missile frappé la rue", a raconté en larmes Hader Al-Malahi, le cousin de Yahya, à Drop Site. "Le petit garçon a été tué, et ses frères et oncles ont été blessés. Voilà ce qui s'est passé. Son crime, c'était d'être un enfant palestinien - un enfant palestinien qui devait assister à un mariage. Au lieu de porter un costume, il est maintenant dans un linceul".

Accablé de chagrin, Mukhlis s'est penché sur le corps sans vie de son fils et l'a serré contre lui.

"C'est ça, un cessez-le-feu ? Regardez !", a-t-il dit en montrant la plaie béante sur la tête de Yahya. "C'est ça, un cessez-le-feu ?"

Dans la rue Al-Nafaq, la foule s'est rassemblée autour du véhicule de police détruit. De petites flaques de sang maculaient la route. Abu Ahmad, un passant, a été témoin de l'attaque.

"Une patrouille de police partait en mission", a-t-il déclaré à Drop Site. "Ils emmenaient un détenu avec eux et, alors qu'ils se dirigeaient du carrefour d'Al-Yarmouk vers celui d'Al-Nafaq, ils ont été pris pour cible".

Deux policiers et le détenu ont été tués dans l'attaque et plusieurs autres blessés.

En réponse, le Hamas a vivement critiqué Israël pour avoir délibérément pris pour cible les forces de police travaillant pour le ministère de l'Intérieur de Gaza.

"L'intensification des attaques contre des policiers civils par l'armée d'occupation terroriste montre le harcèlement incessant du gouvernement sioniste pour semer le chaos dans la bande de Gaza, affaiblir l'appareil de sécurité et offrir à ses milices mandataires l'occasion de mettre en œuvre ses plans malveillants",

a déclaré le groupe dans un communiqué.

Les conséquences d'une frappe aérienne israélienne sur un véhicule de police dans la rue Al-Nafaq à Gaza le 14 avril 2026. Vidéo de Mohammed Ahmed.

Sept autres Palestiniens ont été tués lors d'attaques israéliennes distinctes contre Gaza rien que mardi, dont cinq lors d'une frappe aérienne près du camp de réfugiés de Shati à Gaza, une petite fille par des tirs israéliens à Beit Lahia, et un autre enfant - Adam Ahmed Halaa, âgé de 14 ans - tué lors d'une attaque israélienne près du camp de réfugiés de Jabaliya.

Depuis qu'Israël a signé un accord de "cessez-le-feu" avec le Hamas en octobre, il a violé cet accord de manière systématique, tuant des Palestiniens lors d'attaques quasi quotidiennes, empêchant l'entrée sur le territoire de quantités suffisantes de nourriture, de médicaments, de matériaux de construction et d'autres produits de première nécessité, et limitant le nombre de Palestiniens autorisés à quitter Gaza par le point de passage de Rafah pour des évacuations médicales ou pour revenir de l'étranger. Dans le cadre de cet accord, les troupes terrestres israéliennes se sont retirées jusqu'à ce qu'on appelle la "ligne jaune", mais elles ont continué à s'enfoncer plus à l'ouest, parfois de plusieurs centaines de mètres dans l'étroit territoire de Gaza, et occupent actuellement près de 60 % de la bande de Gaza.

Les négociations concernant la prochaine phase du cessez-le-feu, qui devait impliquer un nouveau retrait des troupes israéliennes, sont au point mort. Au cours du mois et demi écoulé, alors que l'attention mondiale se focalise vers la guerre américano-israélienne contre l'Iran, l'invasion et le bombardement du Liban par Israël, ce dernier a pu poursuivre son offensive génocidaire contre Gaza sans que la communauté internationale n'y prête attention. Les attaques menées par les colons et les soldats israéliens en Cisjordanie occupée se sont également considérablement intensifiées.

Depuis l'entrée en vigueur de l'accord, plus de 760 Palestiniens ont été tués lors d'attaques israéliennes selon le ministère de la Santé de Gaza - soit l'équivalent de quatre Palestiniens tués chaque jour pendant six mois. Plus de 2 100 ont été blessés. Au moins 180 enfants ont été tués au cours de cette période.

"Six mois plus tard, le cessez-le-feu n'a pas mis fin au génocide contre les Palestiniens à Gaza, les autorités israéliennes continuant d'imposer des conditions visant à détruire les conditions de vie",

a déclaré Claire San Filippo, responsable des urgences pour Médecins Sans Frontières, dans un récent  communiqué.

"Malgré la baisse de l'intensité des violences, les attaques israéliennes se poursuivent et la situation reste catastrophique".

L'organisation a indiqué que depuis octobre, ses équipes à Gaza ont soigné plus de 40 000 blessures chez des patients ayant subi des traumatismes violents, notamment des blessures par balle et des explosions.

Tuée dans une tente-école

Parmi les attaques israéliennes qui ont frappé le nord de Gaza la semaine dernière figure le meurtre de Ritaj Rihan, une fillette de 9 ans abattue alors qu'elle suivait les cours dans une tente-école à Beit Lahia. L'école Abu Ubaida Ibn Al-Jarrah, un ensemble de tentes soutenues par des charpentes en bois et équipées de simples bancs et pupitres, est située à deux kilomètres de la ligne jaune, selon plusieurs témoins, là où sont stationnées les troupes israéliennes.

"La fillette se trouvait dans une salle de classe, avec ses camarades. Nous avons soudainement été surpris par des tirs de l'ennemi sioniste. Elle a été touchée par une balle qui lui a traversé la bouche, et elle est morte sur le coup",

a déclaré Ayman Rihan, 45 ans, enseignant à l'école, à Drop Site alors qu'il se tenait jeudi près du corps de Ritaj à la morgue de l'hôpital Al-Shifa, à Gaza. Son corps était recouvert d'un morceau de tissu bleu, et sa veste et son pull ensanglantés étaient posés sur son torse. Ses longs cheveux auburn débordaient du tissu, tombant du bord de la table, et ses bras nus étaient étendus sur le côté. La balle qui l'a touchée était posée sur la table, près de sa tête. Ayman, le cousin du père de Ritaj, a transporté Ritaj à Al-Shifa et a appelé ses parents pour leur annoncer son décès.

Le corps de Ritaj Rihan à la morgue, sa mère à Beit Lahia le 9 avril 2026.

"Elle tenait son cahier et avait son sac à dos, elle écrivait et se trouvait dans la salle de classe, à l'intérieur de l'école, dans un espace sûr - un espace où tous les élèves se sentent en sécurité. Aujourd'hui, même lorsque nous sommes à l'école ou dans une tente scolaire, nous ne sommes pas en sécurité", a déclaré Ayman. "Chaque jour, des enfants comme elle sont tués - des enfants innocents. Quel était son crime ? Portait-elle une kalachnikov ? Portait-elle une roquette ? Portait-elle des munitions ? Elle portait son cartable sur les épaules".

À l'intérieur d'une tente à Beit Lahia, la mère de Ritaj, Ola Rihan, était assise avec d'autres femmes, formant un cercle de chagrin et de deuil. Le bourdonnement incessant des drones israéliens au-dessus de leurs têtes emplissait l'air. Sa mère tenait le cahier de Ritaj, dont les pages étaient maculées du sang de sa fille.

"Elle est allée à l'école comme tous les autres jours", a déclaré Ola à Drop Site. "Elle n'y était même pas depuis une heure quand j'ai appris qu'elle avait été blessée. Je me suis dit : 'C'est peut-être une blessure légère, à la jambe ou à la main'. À peine quinze minutes plus tard, on m'a dit : 'Votre fille a été tuée'", a-t-elle déclaré, respirant profondément tandis qu'elle parlait, presque incapable de s'exprimer.

"Je me suis effondrée par terre sous le choc - je n'ai pas supporté".

"Il y avait un cessez-le-feu, mais non. Elle était à l'école quand la balle l'a touchée... Que voulez-vous que je dise ? Ritaj était tout pour moi. Ritaj est une partie de mon cœur", a-t-elle déclaré en fondant en larmes. "Elle y est allée à pied et elle m'est revenue sur une civière".

Elle a montré des photos de Ritaj sur son téléphone. L'une d'elles la montre tenant un ballon de football et levant le pouce.

(À gauche) Ola Rihan montre une photo de sa fille, Ritaj, sur son téléphone à Beit Lahia. (À droite) La salle de classe de l'école Abu Ubaida Ibn Al-Jarrah à Beit Lahia où Ritaj Rihan a été mortellement touchée par balle. 9 avril 2026. Captures d'écran d'une vidéo de Mohammed Ahmed.

Mercredi, un groupe de 350 anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires européens a appelé l'Union européenne à suspendre l'accord d'association UE-Israël en raison des violations systématiques du droit international commises par Israël en Palestine.

"Alors que le monde regarde ailleurs, Israël, sous couvert d'opérations militaires illégales en Iran et au Liban, a poursuivi la persécution des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, en renforçant sa politique d'occupation illégale",

ont déclaré les signataires dans une  déclaration commune mercredi.

"Nous sommes en danger. Nous ne sommes plus en sécurité nulle part", a affirmé la mère de Ritaj. "Il n'y a pas d'abri. Ils ont détruit nos maisons et nous ont laissés sans rien. Ils ont tué nos proches. Ils ont pris ce qui nous est le plus précieux... Il n'y a plus d'espoir. Gaza est à bout".

Le père de Ritaj, Abdul Raouf Rihan, 29 ans, l'avait accompagnée à l'école ce matin-là.

"Je l'ai déposée à l'école, comme d'habitude. Mais hier, au bout d'une heure, ma fille m'est revenue sous forme d'un corps sans vie'", a-t-il déclaré à Drop Site. "L'école est à environ deux kilomètres de la ligne jaune. Ma fille est partie pour apprendre, pas pour se battre. Une balle tirée par l'occupant israélien l'a tuée.

"Quant au cessez-le-feu, ce n'est qu'un grand mensonge", a-t-il déclaré. "La guerre n'est pas finie. Tant que le sang coule chaque jour, la guerre n'est pas finie".

Traduit par  Spirit of Free Speech

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