
Par Larry Johnson, le 15 avril 2026
En mettant de côté toute logique et pensée rationnelle pour écouter ce que Donald Trump et les médias qui en font l'écho disent au sujet de la guerre avec l'Iran, voici ce que l'on entend :
Les États-Unis ont anéanti les capacités militaires de l'Iran.Le programme nucléaire est anéanti.
L'économie iranienne est en ruine et le pays cherche un moyen de se reconnecter à l'économie mondiale.
Le blocus américain actuel des ports iraniens depuis l'extérieur du détroit d'Ormuz est un succès retentissant et a ruiné l'économie iranienne.
Tout cela n'est en réalité que de la propagande. Ce que j'ignore, c'est si Trump et son équipe croient sincèrement à ces inepties, ou s'ils inventent un récit pour manipuler l'opinion et justifier le retrait des États-Unis de la guerre contre l'Iran. La chute de la cote de popularité de Donald Trump et les critiques croissantes de ses frasques sur les réseaux sociaux au sein même de sa base MAGA ont, je pense, alarmé Susie Wiles et accéléré la recherche d'un plan de sortie viable.
Ce titre de Fox Business est le dernier exemple en date de la nouvelle stratégie narrative de Trump : Trump affirme que la guerre avec l'Iran est "sur le point de prendre fin" alors que la reprise des pourparlers de paix est attendue. Voici les points clés :
"Le président Donald Trump a déclaré que la guerre entre les États-Unis et l'Iran serait "très proche" du terme, alors que les hostilités s'apaisent dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu de deux semaines."Je pense que c'est presque fini, oui. Je considère que ça touche à sa fin",
a déclaré Trump à la présentatrice de FOX Business Maria Bartiromo lors d'une interview qui sera diffusée mercredi dans l'émission Mornings with Maria....
"Bien que Trump affirme que la guerre touche à sa fin, il a également déclaré que les États-Unis n'en avaient pas fini.
"Si je levais le pied tout de suite, il leur faudrait 20 ans pour reconstruire ce pays. Et nous n'en avons pas fini", a-t-il déclaré. "Nous verrons bien ce qui se passera. Je pense qu'ils veulent vraiment conclure un accord".
Trump a justifié son intervention au Moyen-Orient, déclarant à Mornings with Maria qu'il fallait désarmer l'Iran de ses capacités nucléaires.
"J'ai dû intervenir, car si je ne l'avais pas fait, l'Iran disposerait aujourd'hui d'une arme nucléaire", a déclaré Trump. "Et s'ils disposaient de l'arme nucléaire, vous appelleriez tout le monde là-bas 'monsieur', et ce n'est pas ce que vous voulez".
Les commentaires erratiques de Trump sur les relations avec l'Iran et l'état de la guerre passent d'un extrême à l'autre depuis dix jours. Cependant, les dernières déclarations de JD Vance à la presse avant son départ d'Islamabad samedi nous donnent un indice sur la pensée de Trump : il a en effet souligné que le refus de l'Iran de faire des concessions sur l'enrichissement nucléaire est le principal obstacle à un accord pour mettre fin à la guerre... Il s'exprimait conformément aux instructions de la Maison Blanche.
Dans un récent discours auprès de Turning Point USA, Vance a laissé entrevoir ce à quoi pourrait ressembler le plan de sortie de Trump :
Trump dit à l'Iran :
"Si vous vous engagez à ne pas posséder d'arme nucléaire, nous ferons prospérer l'Iran sur le plan économique".
Aujourd'hui, Donald Trump, lors de son interview avec Maria Bartiromo, réitère le thème antinucléaire... c'est-à-dire la nécessité de désarmer les capacités nucléaires de l'Iran. Finies les justifications impliquant un changement de régime ou l'ouverture du détroit d'Ormuz. La question centrale est désormais de savoir si l'Iran va se doter de l'arme nucléaire ou non.
Le lieutenant-colonel à la retraite de l'armée américaine Danny Davis (écoutez son podcast, Deep Dive) a une vision intéressante de ce que Trump pourrait faire ces deux prochaines semaines :
"J'ai une théorie naissante qui pourrait expliquer comment Trump prévoit de mettre fin à cette guerre qui ne peut être gagnée militairement."Plus tôt cet après-midi, j'ai été contacté par une source à Londres, qui affirmait que quatre informateurs britanniques bien placés, tous indépendants, corroboraient la même histoire : une fois le cessez-le-feu conclu, Trump lancera des salves massives de missiles sur l'ensemble de l'Iran, détruisant toutes les cibles militaires au sol encore debout, et pilonnant bon nombre de ces villes-bases de missiles nichées à flanc de montagne.
"Les sources ne comprenaient pas ce que cette opération était censée réaliser, elles savaient seulement que tous les ingrédients étaient réunis pour la mener à bien et que des munitions supplémentaires avaient été livrées aux bases opérationnelles avancées.
"Si l'on combine cela avec ce que Trump a déclaré tout à l'heure sur Fox Business News, on peut penser que Trump va lancer ce bombardement aérien massif, puis simplement affirmer qu'il a remporté la guerre sur le plan militaire, et s'en aller !
"Il laisse entendre ce concept précis dans cet extrait de 30 secondes, où il dit à Maria Bartiromo que la guerre est "presque terminée" et qu'il faudra 20 ans à l'Iran pour s'en remettre. Il va donc simplement déclarer que le programme nucléaire a été anéanti, que le programme de missiles a été éliminé et que leur armée conventionnelle a été complètement démantelée, et qu'ils ne constituent donc plus de menace".
Rien n'indique du côté iranien qu'un nouveau cycle de négociations soit prévu cette semaine, mais des proches de Trump en font état dans la presse. Posez-vous la question suivante... Le départ de Vance des négociations à Islamabad était-il une mise en scène ? Si les États-Unis demandent au Pakistan d'accueillir à nouveau les négociations et que les États-Unis rencontrent la délégation iranienne pour lui proposer un accord similaire au JCPOA mais sans limite de temps, Trump pourrait alors affirmer qu'il a obtenu de l'Iran un engagement permanent à ne jamais construire de bombe nucléaire.
Mais plusieurs facteurs font obstacle à la conclusion d'un tel accord... Le plus important est le Liban et la guerre contre le Hezbollah. L'Iran n'abandonnera pas le Hezbollah, ce qui signifie qu'Israël devra accepter de retirer ses troupes du Liban en échange de l'engagement du Hezbollah à cesser de tirer des drones, des roquettes et des missiles sur Israël ; sinon, la guerre se poursuivra, l'Iran soutenant le Hezbollah. Je doute que Trump abandonne Israël, donc l'absence de cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël sera rédhibitoire.
Outre le scénario de l'accord sur le nucléaire, Fox News met en avant un autre scénario, à savoir que le blocus serait extrêmement efficace, que l'Iran serait à court de fonds et qu'il supplierait de reprendre les négociations. Ce scénario est un mensonge, mais c'est l'histoire que la Maison Blanche met en avant pour expliquer pourquoi elle pourrait s'asseoir à la table des négociations avec des responsables iraniens, peut-être dès cette semaine. Parier que le blocus forcera l'Iran à revenir à la table des négociations, prêt à capituler, repose sur les hypothèses (discutables) suivantes, tirées d'un article publié par Miad Maleki. Notez que Maleki a la solide réputation de se tromper systématiquement dans ses prédictions, mais les absurdités qu'il débite sont reprises avec empressement à la Maison Blanche de Trump par des sionistes fébriles. Maleki écrit :
"Plus de 90 % du commerce maritime iranien transite par le détroit d'Ormuz. À lui seul, Shahid Rajaee (Bandar Abbas) traite 53 % de l'ensemble des opérations de fret. Imam Khomeini traite 58 % des importations de produits de première nécessité. Les ports de Bushehr ont traité 57 millions de tonnes l'année dernière. Tous situés au cœur du golfe."DES ALTERNATIVES ? Les options de l'Iran en dehors du détroit sont négligeables. Jask, cette voie de contournement tant vantée, fonctionne au-dessous de sa capacité nominale d'un million de barils par jour. Seuls 10 des 20 réservoirs de stockage ont été construits. Débit effectif : environ 70 000 barils par jour. Chabahar ne traite que 8,5 millions de tonnes par an. Les cinq ports de la mer Caspienne traitent ensemble 11 millions de tonnes, contre plus de 220 millions via le golfe.
"IMPORTATIONS : L'Iran a importé pour 58 milliards de dollars de marchandises en 2025, soit environ 159 millions de dollars par jour. Un blocus coupe l'approvisionnement en intrants industriels, en machines et en biens de consommation. L'inflation alimentaire atteignait déjà 105 % en février 2026. Les prix du riz ont été multipliés par sept. La situation s'aggrave considérablement sous l'effet d'un blocus. Espérons que le blocus permettra l'acheminement des cargaisons humanitaires.
"Un sujet extrêmement important est le délai de stockage : l'Iran dispose d'environ 50 à 55 millions de barils de stockage total de pétrole à terre, remplis à environ 60 %. Capacité de réserve : environ 20 millions de barils. Avec 1,5 million de barils par jour de production excédentaire normalement exportée, le stockage atteint sa capacité maximale en environ 13 JOURS. Passé ce délai, l'Iran doit fermer ses puits. Lorsque des puits de pétrole matures sont fermés, l'eau de fond s'engouffre, un processus appelé "coning". Des gouttelettes de pétrole restent piégées de manière permanente dans les pores de la roche. Ce pétrole ne pourra jamais être récupéré. Les gisements iraniens connaissent déjà un déclin de 5 à 8 % par an. Des fermetures forcées pourraient détruire définitivement une capacité de production de 300 000 à 500 000 barils par jour, soit 9 à 15 milliards de dollars de recettes par an, perdus à jamais.
"ACCÉLÉRATEUR DE L'EFFONDREMENT MONÉTAIRE : Le rial s'est déjà effondré, passant de 42 000 à 1,5 million par dollar. Les banques limitent les retraits à 18-30 dollars par jour. Inflation globale : 47,5 %. Un blocus éliminant toutes les recettes en devises pousse le rial vers une hyperinflation terminale. Le régime a émis son plus gros billet de banque jamais vu, 10 millions de rials, d'une valeur d'environ 7 dollars.
"CONCLUSION : Un blocus naval inflige environ 435 millions de dollars par jour de dommages économiques cumulés. Les réservoirs seront pleins en 13 jours, forçant la fermeture des puits, avec des dommages permanents pour les réservoirs. Le rial entre en phase d'effondrement terminal. Les alternatives de l'Iran en dehors du détroit ne peuvent remplacer que moins de 10 % du débit du Golfe. Le blocus rend toute résistance prolongée économiquement impossible".
Malgré les reportages occidentaux affirmant que le blocus est un grand succès, ce n'est qu'une mascarade... du moins pour l'instant. Si les États-Unis commencent, ou tentent, d'intercepter des navires - en particulier ceux à destination de la Chine -, le risque que le blocus dégénère en une guerre plus étendue sera élevé. Mais à en juger par le prix des contrats à terme sur le pétrole (voir oilprice.com), les acteurs de ce marché sont fermement convaincus que la guerre touche à sa fin et que la pénurie actuelle de pétrole sera de courte durée. À mon avis, c'est une illusion. À moins que les États-Unis ne se conforment pleinement au plan en 10 points de l'Iran, et jusqu'à ce qu'ils le fassent, le détroit d'Ormuz sera fermé à tous les navires servant les intérêts occidentaux, la pénurie de pétrole persistera et la guerre continuera. Le cessez-le-feu actuel expire lundi 20 avril et l'Iran est prêt à poursuivre le combat. Donald Trump reste la variable imprévisible... Que va-t-il faire ?
Traduit par Spirit of Free Speech