Dimanche, le président américain Donald Trump a déclaré qu'après l'échec des négociations de cessez-le-feu avec l'Iran, les États-Unis imposeraient un blocus naval dans le détroit d'Ormuz.
Cette annonce a suscité scepticisme et moqueries, tant aux États-Unis qu'à l'étranger, où les critiques y voient un nouvel exemple de la politique étrangère intermittente de l'administration Trump et de son incapacité à gérer la situation dans le détroit.
Les consommateurs américains subissent encore les conséquences des précédentes crises énergétiques, notamment les pressions liées à la hausse des prix du gaz qui pourraient s'aggraver si les tensions dans le golfe Persique s'intensifient.
Toute perturbation grave à ce point de passage stratégique provoquerait une réaction internationale, notamment de la part des puissances européennes et est-asiatiques qui dépendent fortement de la stabilité des marchés mondiaux de l'énergie.
Les conséquences d'un blocus naval dépassent largement le cadre du pétrole ; elles touchent l'ensemble des chaînes d'approvisionnement, des matières premières aux produits finis, car les marchandises sont de plus en plus transportées par voie maritime dans cette région.
L'un des effets les plus importants d'une perturbation dans le détroit d'Ormuz est la hausse immédiate des prix de l'énergie. De fait, après la déclaration de Trump, les prix mondiaux de l'énergie ont immédiatement grimpé, les contrats à terme sur le gaz naturel européen augmentant de 18 % en une seule journée.
Au cœur de ce problème se trouve la fragilité de la position économique des États-Unis. Au fil des ans, Washington s'est appuyé sur la domination du système du pétrodollar pour consolider le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale.
Le système du pétrodollar, qui indexe les ventes mondiales de pétrole sur le dollar, a joué un rôle essentiel dans le maintien de la force du dollar. Cependant, toute perturbation des flux pétroliers, notamment en provenance du Golfe persique, fragilise ce système.
Le Trésor américain, déjà fortement endetté, pourrait se retrouver à la merci de pays désireux de se détourner du dollar dans les transactions internationales. Ceci pourrait, à son tour, déclencher une vague de ventes massives de titres de dette américaine, engendrant une crise financière plus vaste.
Malgré tout cela, les États-Unis persistent encore dans leur politique agressive dans la région, se disant pour un blocus naval de l'Iran. Or, l'expérience de la guerre au Yémen a déjà prouvé les difficultés liées à la mise en œuvre d'une telle tactique.
Les États-Unis et leurs alliés, dont les forces de l'OTAN, l'Australie, le Canada, le Japon et l'Arabie saoudite, n'ont pas réussi à sécuriser le détroit de Bab el-Mandeb malgré un important déploiement militaire.
Ce conflit a démontré que, même avec une supériorité militaire, les points de passage stratégiques tels que le détroit d'Ormuz et Bab el-Mandeb ne peuvent être contrôlés indéfiniment sans un coût considérable.
Et même si les États-Unis parvenaient à bloquer le détroit d'Ormuz, le même sort connu déjà au Yémen marqué par un conflit prolongé et peu d'avantages stratégiques, pourrait les attendre également dans cette zone sous contrôle de la RII.
Il est vrai que la stratégie américaine se heurte à des obstacles supplémentaires dus à la complexité du contexte géopolitique régional. Contrairement aux petits pays isolés, l'Iran partage de vastes frontières terrestres avec des voisins comme l'Irak, le Pakistan et la Turquie, et bénéficie d'un accès à la mer Caspienne.
Les relations de l'Iran avec des acteurs mondiaux clés tels que la Chine, qui recherchent de plus en plus des routes commerciales alternatives via l'Asie centrale et la Russie, compliquent davantage toute tentative d'isolement du pays.
Ce vaste réseau de partenaires commerciaux permet à l'Iran d'atténuer l'impact de toute perturbation de ses exportations d'énergie.
Même en cas de blocus, l'Iran pourrait modifier ses routes commerciales pour contourner le détroit d'Ormuz. Si les États-Unis persistent dans leur politique de pression maximale, ils risquent de renforcer involontairement la position de l'Iran dans la région.
En réalité, l'histoire montre que de telles confrontations ont peu d'effet sur la capacité de l'Iran à poursuivre ses activités, notamment son accès à des routes commerciales alternatives.
Même lors des sanctions précédentes, l'Iran a su s'adapter et trouver des solutions pour maintenir ses échanges commerciaux avec ses partenaires. Il est à noter que, malgré des réductions éphémères des exportations énergétiques iraniennes depuis le golfe Persique, celles-ci n'ont jamais été totalement interrompues.
De même, le pays a investi massivement dans des projets d'infrastructure tels que l'oléoduc Goreh-Jask, qui lui permet de contourner le détroit d'Ormuz pour ses exportations de pétrole.
En cas de nécessité, l'Iran pourrait continuer à exporter du pétrole par cette voie.
Cela générerait des revenus substantiels pour le pays, d'autant plus que les prix mondiaux du pétrole devraient augmenter en raison des perturbations actuelles.
Par ailleurs, toute tentative de blocus maritime de l'Iran pourrait engendrer une instabilité régionale. L'Iran dispose d'un arsenal de mesures de riposte efficaces contre toute agression étrangère.
L'utilisation de drones, de petites embarcations et d'autres moyens militaires peu coûteux contre les forces hostiles dans le détroit aurait un impact psychologique immédiat sur les compagnies maritimes, les contraignant à modifier leurs itinéraires et entraînant une hausse des coûts d'assurance.
Le coût des opérations dans la région augmenterait et les compagnies maritimes internationales seraient probablement forcées de réacheminer leurs navires, ce qui accentuerait la pression sur une chaîne d'approvisionnement mondiale déjà saturée.
L'augmentation du coût du transport maritime, conjuguée à la hausse des prix de l'énergie, alimenterait davantage les pressions liées à la hausse des prix du gaz et du pétrole à travers le monde.
Il y a aussi le détroit de Bab-el-Mandeb, qui représente un autre levier d'influence pour l'Iran.
Situé entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, ce détroit constitue un point de passage maritime stratégique, reliant la mer Rouge au golfe d'Aden et, par extension, à la mer d'Oman.
Au moment où les États-Unis et leurs alliés n'arrivent à sécuriser ces voies navigables, les forces armées yéménites ont bel et bien démontré leur capacité à influencer le trafic maritime dans la région.
Le détroit de Bab el-Mandeb revêt également une importance stratégique qui dépasse le cadre des exportations d'énergie. Cette région abrite des câbles de communication sous-marins essentiels qui acheminent d'énormes quantités de données entre l'Est et l'Ouest.
Ces câbles sont indispensables aux communications mondiales, notamment au trafic internet, aux transactions financières et aux transferts de données. Une seule attaque quelconque contre ces câbles serait catastrophique pour l'économie mondiale, paralysant tout, des systèmes bancaires aux opérations militaires.
Même dans l'hypothèse peu probable où les États-Unis parviendraient à bloquer le détroit d'Ormuz, l'Iran subirait une baisse de ses exportations de pétrole du golfe Persique, mais certes à des prix plus élevés. Par contre, l'économie mondiale, y compris celle des alliés des États-Unis, en subirait les conséquences les plus graves.
Quoi qu'il en soit, le cœur de l'économie mondiale bat dans le golfe Persique tandis que la survie des États-Unis est intimement liée au pétrole et aux détroits de cette région. Si l'Iran et la péninsule arabique échappaient au contrôle des États-Unis, l'empire américain s'effondrerait.
Cette situation témoigne du désespoir stratégique et de l'échec politique des États-Unis, ainsi que de leur incapacité à affronter l'Iran ; tout ce qui a contraint Washington d'opter pour une politique de pression maximale et une guerre psychologique dans le but de compenser ses revers passés.
