
par Caitlin Johnstone
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, a accusé l'Espagne d'" obsession anti-israélienne" en raison de ses critiques de la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l'Iran et de son refus d'autoriser l'utilisation de son espace aérien dans le cadre de cette offensive. Israël a réagi en excluant Madrid du centre de coordination chargé de superviser le prétendu "cessez-le-feu" dans la bande de Gaza.
Ces derniers temps, Israël et ses défenseurs brandissent fréquemment cet argument de l'"obsession". Un article récent du Jewish News Syndicate, intitulé " Pourquoi les médias sont-ils obsédés par les Israéliens violents ?", tente, de façon surprenante, d'affirmer que la presse occidentale aime "salir les Israéliens" afin de "détourner l'attention du terrorisme palestinien". L'autre jour, la commentatrice de droite Meghan Murphy a eu une conversation étrange avec Jacob Siegel, rédacteur en chef de Tablet Magazine, au sujet de "l'obsession folle et récente de notre société pour Israël", comme si tout le monde s'était mis soudainement à se focaliser sur cet État d'apartheid génocidaire, sans raison valable.
Why have so many people suddenly developed an unhinged obsession with Israel?Listen to @MeghanEMurphy's full conversation with @Jacob__Siegel now on the podcast: t.co pic.twitter.com/KRB4HiMZk4
- The Same Drugs (@thesamedrugs_) April 9, 2026
L'argument, si je comprends bien, est qu'Israël n'est qu'un petit pays comme les autres, et que toute attention particulière lui est portée sous-entend une volonté malveillante de cibler les juifs et de les discriminer.
Mais avez-vous déjà remarqué que ceux qui accusent les détracteurs d'Israël d'"obsession" pour un minuscule pays insignifiant s'empressent de vous dire qu'Israël est un allié indispensable dont les intérêts sont inextricablement liés à ceux de la civilisation occidentale ?
Quand Israël est critiqué, ils tentent de le présenter comme indigne d'une attention particulière ; quand les alliances et l'aide militaire à Israël sont critiquées, ils le présentent comme digne de toutes nos ressources et de toute notre énergie. Quand les actes répréhensibles d'Israël font la une des journaux, ses défenseurs essaient de le présenter comme un tout petit pays de la taille du New Jersey qui essaie de vivre tranquillement, mais qui est victime d'une haine obsessionnelle de la part du monde entier simplement parce que ses habitants sont juifs. Quand on s'interroge sur la nécessité d'allouer nos impôts et nos ressources militaires à ce petit pays d'Asie occidentale, le débat bascule soudainement dans l'autre sens : Israël serait d'une importance capitale et absolument essentiel au bien-être de l'Occident.
On peut affirmer qu'Israël est un allié crucial au Moyen-Orient, OU on peut affirmer qu'il est discriminatoire de se concentrer davantage sur les crimes d'Israël que sur les exactions commises par d'autres pays. On ne peut pas affirmer les deux à la fois, car c'est contradictoire. Israël ne peut pas être (A) immensément important et intimement lié au destin de notre société, et en même temps (B) insignifiant et indigne d'une attention particulière. C'est soit A, soit B. On ne peut pas être simultanément digne ET indigne d'un traitement de faveur.
Israel bars Spanish officials from U.S.-backed Gaza coordination hub, citing 'anti-Israel obsession' t.co- Haaretz.com (@haaretzcom) April 10, 2026
En réalité, chacun dans le monde a le droit de porter son attention sur Israël, surtout en ce moment où ses efforts pour saboter le cessez-le-feu avec l'Iran menacent de provoquer une crise énergétique mondiale. On ne peut pas provoquer une telle crise et ensuite se comporter comme si l'on était une petite personne innocente prise pour cible à cause de sa religion.
Mais en réalité, Israël a toujours mérité l'attention critique de l'Occident, précisément parce qu'il est intimement lié aux structures de pouvoir occidentales. Son génocide à Gaza est notre génocide. Ses exactions sont nos exactions. Ses guerres nous affectent directement. La pression agressive exercée par ses lobbyistes pour étouffer la liberté d'expression dans toute notre société nous prive de nos droits.
Israël nous concerne tous, et cela a toujours été le cas. Nous avons raison de mettre en lumière sa criminalité et la complicité de nos propres gouvernements occidentaux dans ces crimes.
Les partisans d'Israël me diront : "Ah oui ? Mais pourquoi ne critiquez-vous pas les violations des droits de l'homme en Égypte ? Pourquoi ne tweetez-vous pas tous les jours sur les violations des droits de l'homme en Iran ? Y a-t-il quelque chose en particulier dans ce pays du Moyen-Orient qui attire votre attention ? Peut-être que vous détestez tout simplement les juifs ?"
The crank right and woke left have so much in common. They bash Churchill, hate Trump and are feverishly obsessed with Israel. Two cheeks of the same arse, says Brendan O'Neill t.co- spiked (@spikedonline) April 11, 2026
Mais si je critique davantage Israël que l'Égypte ou l'Iran, cela n'a rien à voir avec la religion. Les agressions égyptiennes ne déclenchent pas de guerres aux conséquences majeures qui m'affectent directement. Personne ne cherche à interdire de critiquer l'Iran dans mon pays. Mon gouvernement apporte un soutien matériel et diplomatique aux guerres et aux génocides perpétrés par ce pays en particulier, et restreint ma liberté d'expression afin de protéger ses intérêts informationnels. Cela serait vrai quelle que soit la religion ou l'appartenance ethnique favorisée dans ce pays.
Je ne suis pas "obsédée" par Israël. Ai-je l'air de prendre beaucoup de plaisir à parler de cet horrible État d'apartheid tous les jours ? Est-ce amusant de me faire traiter de nazi en permanence ?
J'aimerais pouvoir ignorer complètement Israël. Si cela ne tenait qu'à moi, je le ferais. Mais comme ma société est si complice de ses exactions, et que ces exactions affectent directement ma société, j'ai l'obligation de dénoncer ses agissements. Et c'est le cas de tous les Occidentaux.
source : Caitlin Johnstone via Marie-Claire Tellier