
Par Nate Bear, le 11 avril 2026
Ne vous laissez pas berner par l'accalmie relative depuis l'entrée en vigueur de la trêve entre l'Iran et les États-Unis.
La crise économique est imminente.
Le détonateur a été actionné. Nous en sommes encore à la phase de combustion. Mais la bombe finira bien par exploser.
Tout d'abord, le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz est toujours au point mort. Hier, seuls deux navires ont réussi à passer. Jeudi, trois. Et seuls les pétroliers y sont autorisés. Pas de gaz, pas d'engrais, pas de plastiques, pas d'aluminium, pas d'hélium. Rien depuis six semaines. Avant la guerre, près de 130 à 150 navires transitaient quotidiennement, transportant toutes sortes de marchandises.
Quatre jours après l'annonce de la trêve, le trafic est toujours complètement paralysé.
Et l'Iran a clairement fait savoir qu'il ne rouvrira pas le détroit tant que ses conditions ne seront pas remplies, comme la fin des bombardements israéliens sur le Liban. Et les États-Unis ne montrent pas vraiment de velléités de maîtriser leur colonie de pillards génocidaires fanatiques.
Le détroit reste donc bouclé.
Donc, à l'heure actuelle, nous puisons dans les carburants liquides, gaz et dérivés pétrochimiques qui ont quitté le détroit et ont rejoint leur destination le 27 février.
Un pétrolier se déplace à peu près à la vitesse d'un vélo. L'économie mondiale tourne donc sur une économie d'abondance d'avant-guerre. Les lubrifiants, au sens figuré comme au sens propre, continuent de circuler dans le système, graissant rouages et pistons.
C'est pourquoi les conséquences de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran ne se sont pas encore manifestées de manière significative dans notre quotidien.
Et je ne suis pas sûr que qui que ce soit réalise vraiment la situation.
Les pays d'Asie les plus proches du détroit ont commencé à en ressentir les effets. En effet, les pétroliers qui ont quitté le détroit le 27 février ont débarqué leur cargaison il y a déjà quelques semaines. Ils sont donc les premiers à se retrouver à court de réserves.
Ils s'adaptent de diverses manières. Les pays asiatiques les plus riches, comme le Japon, la Corée du Sud et la Chine, ont pu constituer des stocks et sont donc plus résilients. Mais tous ont commencé à puiser dans leurs importantes réserves de pétrole (d'environ 200 jours pour le Japon et la Corée du Sud) et leurs réserves stratégiques. Les pays les plus vulnérables de la région dont les réserves sont limitées, comme les Philippines, la Thaïlande, le Pakistan et le Bangladesh, comptent sur des subventions pour le carburant, un gel des prix et des plans de rationnement d'urgence. Certains, comme le Bangladesh et le Sri Lanka, ont instauré des coupures de courant tournantes et une semaine de quatre jours.
L'Orient nous renvoie la vision de notre avenir. Les pénuries de carburant finiront par toucher le monde entier. C'est inévitable. Les lois de la physique l'exigent.
Comme je l'ai déjà souligné, les semaines et les mois prochains nous apprendront que les atomes et les molécules ne seront tout simplement pas là où nous voudrions qu'ils soient, ni en quantité suffisante.
Certaines régions seront mieux loties que d'autres, selon l'état de leurs stocks, la nature de leurs contrats et leur accès aux marchés énergétiques américains, canadiens et russes. Toutefois, le système mondial dans son ensemble aura du mal à s'adapter à ce choc des approvisionnements et à rééquilibrer le marché en douceur.
J'insiste sur ce point, car il serait dangereux de se laisser séduire par un faux sentiment de sécurité ou d'abondance, eu égard aux négociations de cessez-le-feu et à l'absence de bombardements sur l'Iran depuis quelques jours, et de représailles de sa part.
La guerre semble s'essouffler et la vie continue. Ce qui revient à contempler les étoiles. Nous scrutons le passé.
Le journal italien Corriere della Sera a rapporté que le dernier pétrolier transportant du kérosène du golfe Persique vers l'Europe est arrivé hier à Rotterdam. Après quoi l'approvisionnement de l'Europe est terminé et ne reprendra qu'une fois le détroit rouvert. L'Europe pourrait tenter d'en acheter aux États-Unis et au Canada, mais ces deux pays vont probablement se réserver la majeure partie de leurs propres stocks.
La Russie pourrait éventuellement en vendre un peu, mais elle n'est sans doute pas d'humeur à prêter main forte à l'Europe. Les grands aéroports européens ne disposent en effet que de quelques jours de réserves de kérosène dans leurs réservoirs locaux.
Pas plus.
La semaine dernière, un vol sur vingt a été annulé. De plus en plus de vols le seront ces prochaines semaines. Et si le détroit reste bloqué pendant encore quelques temps, le secteur du transport aérien commercial sera sans aucun doute en faillite.
L'approvisionnement en kérosène risque d'être rationné et prioritairement réservé aux produits essentiels, notamment les denrées alimentaires et les fournitures médicales.
Mais si le blocus s'éternise, ces réserves finiront par s'épuiser.
Et aucune autorité au monde n'informe ses citoyens du sort qui les attend. La plupart des gens vivent dans l'ignorance la plus totale. Aucune mesure sérieuse n'a encore été annoncée. Non seulement les autorités ne veulent pas semer la panique, mais la pandémie de Covid a appris aux citoyens à systématiquement se méfier des mesures annoncées par les gouvernements en temps de crise. Les États sont donc plus prudents que jamais.
La réponse à la crise est politisée. C'est un problème.
De plus, on observe un optimisme irrationnel, comme si tout allait s'arranger.
C'est probablement aussi l'attitude adoptée par les places boursières.
Et comme nos gouvernements sont pour la plupart composés de technocrates de second ordre dont les décisions s'inspirent des marchés, l'absence de réaction de ces derniers se traduit par l'absence de mesures politiques.
Que faire alors, à titre individuel ?
Pour la plupart d'entre nous, pas grand-chose. Si vous conduisez, remplissez quelques jerricans d'essence au prix actuel. Et même si l'alimentation est pour l'instant un problème un peu moins aigu, acheter quelques conserves et bocaux non périssables supplémentaires ne pourra pas nuire. Car même si les stocks de blé et de riz atteignent des niveaux records et que le prix des engrais est inférieur au niveau observé pendant la guerre en Ukraine, le prix des principales denrées alimentaires continue d'augmenter. Le sucre a enregistré une hausse de 7 %, suivi par l'huile végétale et le blé avec plus de 4 %. Cette hausse touche également les produits laitiers et la viande. Et plus le détroit reste fermé, plus les prix s'envolent.
Espérons que tout ira pour le mieux malgré un minimum de précautions.
Mais si vous êtes épris de justice, difficile de savoir quel pourrait être "le meilleur" des scenarii.
L'Iran ne cédera pas sur ses exigences, d'autant que les États-Unis et Israël sont à l'origine de cette guerre responsable de l'explosion de l'économie mondiale. Il faut qu'il tienne bon pour parvenir à un accord optimal, soit a minima la fin de l'impunité de la violence impérialiste, la levée des sanctions et un nouvel accord sur le détroit. Certains soutiennent toutefois que faire pression pour satisfaire ces exigences pourrait paradoxalement conduire à une reprise de violences impérialistes incontrôlées. Mais une telle démarche provoquerait une nouvelle vague de tirs de missiles iraniens et aggraverait la situation économique mondiale. Et les Américains, malgré leurs pratiques meurtrières, en sont parfaitement conscients.
Les stratèges américains savent aussi que, malgré tous les discours sur l'autosuffisance énergétique des États-Unis, celle-ci a ses limites. Ils importent massivement du Canada et du Mexique, leurs raffineries dépendent des flux mondiaux et le prix du pétrole national s'aligne sur les marchés internationaux. Les pénuries, où qu'elles se produisent, affectent les tarifs du monde entier, y compris aux États-Unis. De plus, Washington importe toujours plus de 10 % de son pétrole du golfe Persique.
Une nouvelle escalade des tensions avec l'Iran serait donc préjudiciable pour l'ensemble du monde, y compris pour les États-Unis. C'est pourquoi il est peu probable qu'ils optent pour une reprise des hostilités.
Bien sûr, je peux me tromper.
Mais une reprise de la guerre avec les conséquences destructrices de ces dernières semaines n'apporterait strictement rien aux États-Unis et ne ferait qu'aggraver une situation déjà désastreuse. Une quantité considérable des infrastructures a déjà été détruite. Lors de la dernière salve précédant la trêve, l'Iran a notamment frappé l'oléoduc Est-Ouest qui permet au pétrole saoudien de contourner le détroit d'Ormuz pour rejoindre directement la mer Rouge et être exporté. Cette attaque a réduit d'environ 10 % l'approvisionnement par cette artère. L'Iran a attendu le dernier jour, une décision stratégique destinée à montrer qu'il connaît l'emplacement des principaux itinéraires pétroliers et qu'il les frappera encore s'il n'obtient pas un accord conforme à ses conditions ou s'en rapprochant.
La seule escalade militaire susceptible de changer la donne serait une invasion terrestre totale provoquant un changement de gouvernement, à l'instar de l'Irak. Mais ce ne sera pas le cas. Les États-Unis ne disposent pas des effectifs nécessaires et sont dans l'incapacité de rassembler une "coalition des volontaires" de 30 pays, comme ils l'ont fait en Irak. De plus, l'Iran n'est pas l'Irak, ni sur le plan géographique, ni au regard de la propension des Iraniens à autoriser les troupes américaines à entrer dans leur capitale.
Une invasion limitée des îles, que certains estiment probable, pourrait certes réussir sur le plan militaire, mais serait sans intérêt sur le plan stratégique. L'occupation d'une ou deux îles proches du détroit d'Ormuz ne forcerait pas sa réouverture et transformerait le détroit en zone de guerre. S'emparer de l'île de Kharg, plaque tournante de la production et de l'exportation pétrolières iraniennes, serait également sans intérêt. Que feraient-ils de l'île ? Ils ont besoin de pétroliers pour exporter les hydrocarbures et éviter une récession mondiale. On ne va pas s'emparer de Kharg pour faire tourner l'économie. Et l'Iran ne suivra pas l'exemple du Venezuela en cédant ses droits pétroliers si Kharg devait être occupée. En cas d'invasion de Kharg, la guerre reprendra de plus belle et un krach mondial sera inévitable.
De nombreuses analyses indiquent que cette trêve sert uniquement à gagner du temps et donner aux États-Unis et à Israël l'occasion de se réorganiser pour soit reprendre les bombardements sur l'Iran, soit lancer une invasion terrestre. C'est tout à fait logique de se poser ce genre de questions. Mais quelle que soit le scénario, la reprise des hostilités serait tellement désastreuse pour le monde, n'offrant aux États-Unis que si peu de chances de parvenir à leurs fins que la plupart des nations ont tout intérêt à s'y opposer.
Mettre fin aux massacres que commet Israël au Liban sera le challenge le plus difficile à relever. Mais je vais aller à contre-courant et prendre un peu d'avance : j'estime que le cessez-le-feu va tenir.
Trump, guidé par son ego et son narcissisme, a ruiné l'empire et, contre toute attente, a contribué à une véritable victoire anti-impérialiste. Une victoire historique. Une victoire qui pourrait tout chambouler. Je reviendrai sur le sujet en détail la semaine prochaine.
Donc, à moins que les États-Unis ne reviennent sur leur intention de pousser le monde dans un marasme économique historique, c'est l'Iran qui est clairement aux commandes.
Ce qui se passera ensuite, y compris la durée de la fermeture du détroit, ne dépend que d'eux.
Quant aux conséquences directes pour nous tous, on peut s'attendre à une hausse significative des prix et à la multiplication des pénuries.
Traduit par Spirit of Free Speech