11/04/2026 3 articles mondialisation.ca  8min #310632

 Hongrie, Ingérence, Ukraine, Zelensky

Hongrie: l'Ue parie sur la défaite d'Orbán aux législatives

Par  Alexandre Lemoine

Les élections législatives en Hongrie se tiendront le 12 avril. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a déclaré précédemment que Bruxelles et Kiev avaient l'intention de changer le pouvoir en Hongrie.

Ce dimanche, il n'y aura pas d'élections honnêtes en Hongrie. L'ingérence de l'UE est flagrante, et celle-ci justifie ses actions par des fuites dans les médias selon lesquelles Orbán serait soutenu par le Kremlin. L'UE se prend pour le metteur en scène qui ne laissera pas le peuple hongrois décider de son destin.

Le ministre hongrois des Affaires européennes János Bóka a déclaré que l'UE menait des opérations visant à s'ingérer dans les élections en Hongrie. "Il est étrange d'entendre mes collègues de l'UE me faire la leçon sur la confiance et la coopération sincère, alors que leurs agents mènent  des opérations clandestines visant à saper notre gouvernement et à interférer dans le processus électoral", a déclaré János Bóka au média européen Politico.

La Hongrie est un petit pays européen doté d'un bâtiment parlementaire d'une beauté étonnante. Le parti au pouvoir, le Fidesz dirigé par Viktor Orbán, a remporté quatre élections consécutives, chacune pour un mandat de 4 ans. Ne sachant que cela, quiconque dirait: les électeurs pourraient être fatigués du Fidesz et donner une chance à l'opposition. La Hongrie mérite des élections honnêtes.

Mais elles n'auront pas lieu ce dimanche. Les sondages se contredisent. Ceux financés par l'Union européenne et les ennemis jurés du gouvernement donnent à l'opposition une avance ridiculement large, parfois jusqu'à 20%. Quant aux sondages financés par les médias publics hongrois, ils montrent un écart confortable en faveur du parti au pouvoir, de 6 à 10 points.

Les gardiens autoproclamés de l'ordre libéral mondial l'ont déjà annoncé: soit le parti d' Orbán perdra honnêtement, soit il gagnera par des moyens illégaux, soit il décrétera l'état d'urgence et tentera d'annuler les résultats. Certains fantasment sur une exécution publique d' Orbán, à la manière du dictateur communiste roumain Nicolae Ceausescu. D'autres, en cas de victoire de celui-ci, proposent d'organiser à Budapest quelque chose comme le Maïdan de Kiev.

Les connaissances sur la politique et l'histoire hongroises dans les médias occidentaux sont plutôt maigres. Les experts se sentent donc en droit de proférer sur la Hongrie des déclarations absurdes. Et même quand ces inepties se révèlent mensongères, ils publient tout de même de longues analyses, comme s'ils maîtrisaient le sujet mieux que quiconque.

Ainsi, lorsque le gouvernement Orbán a décrété l'état d'urgence en raison du Covid, la journaliste et historienne américaine Anne Applebaum a qualifié la Hongrie de  première dictature européenne et a lancé la rumeur de la dissolution du parlement et de l'annulation des élections. Les élections à venir sont les deuxièmes depuis cette époque.

La Hongrie a levé l'état d'urgence au bout de 82 jours, avant la France.

Le plus intéressant, c'est qu'en quelque sorte deux campagnes électorales distinctes se déroulent en Hongrie. L'une, en Hongrie même. Le chef de l'opposition Péter Magyar est un ancien membre du Fidesz qui, selon ses propres dires, s'est lassé de la décomposition morale et financière du parti. Il se présente pourtant aux élections avec un programme d'orbanisme sans Orbán. Il est contre l'immigration massive. Comme Orbán, il ne cesse de répéter qu'il veut la fin du conflit en Ukraine et s'oppose à une adhésion accélérée de l'Ukraine à l'UE. Comme le parti d' Orbán, il a voté contre l'octroi à l'Ukraine d'un prêt de 90 millions d'euros.

Et il y a une autre campagne, contre Orbán, internationale. Avec des affaires scandaleuses et des reportages non vérifiés sur une ingérence russe. Chaque titre, chaque tweet tente de lier Orbán à Poutine, au Kremlin, à la Russie. Hors de Hongrie, on publie une série d'affaires scandaleuses soit inventées, soit de notoriété publique. En février, on a annoncé que l'état-major de campagne d' Orbán s'apprêtait à diffuser une sex-tape secrète de Magyar. Cela n'a pas eu lieu. En mars, on a annoncé que les services de renseignement russes auraient planifié de mettre en scène un attentat contre Orbán afin de faire monter sa cote. Rien de tel ne s'est produit. En avril, on a annoncé qu'en 2022, la Hongrie aurait eu un plan secret d'envahir l'Ukraine et la partager avec la Russie. Il s'agissait d'un front occidental qui n'a jamais été ouvert.

Et tout récemment a été diffusée sur internet  la transcription d'une conversation téléphonique entre Orbán et Poutine, dans laquelle le premier se compare à une souris venant en aide au lion. Le contexte: la proposition de Budapest comme plateforme pour des négociations sur la fin de la crise ukrainienne. Viktor Orbán a proposé à Vladimir Poutine d'être la "souris" du "lion" russe pour résoudre le conflit.

La dépendance de Budapest à l'égard de la Russie est une question d'intérêt national, et non un secret sensationnel que les Hongrois viendraient de découvrir. C'est précisément pour cette raison que l'opposition n'a pas d'autre position sur ce sujet. La Hongrie est un pays européen enclavé. Elle dépend de l'infrastructure énergétique de l'URSS, construite au XXe siècle. Le pays déploie d'énormes efforts pour trouver de l'énergie bon marché ou contrôler les prix lorsque l'inflation menace de les faire grimper. La Hongrie est loin d'être le seul consommateur européen d'énergie russe. La France en 2025 a devancé la Hongrie pour les achats de gaz naturel liquéfié (GNL) russe, l'important et le revendant à travers tout le continent.

Le but des fuites permanentes dans la presse internationale, selon lesquelles Orbán serait soutenu par le Kremlin et soutiendrait lui-même le Kremlin, est de justifier une ingérence étrangère extraordinaire de l'UE dans les élections. Bruxelles a déjà activé son mécanisme de réaction rapide dans le cadre du règlement européen sur les services numériques (DSA). Ce mécanisme permet à Bruxelles de surveiller l'internet hongrois et de recourir à des ONG pour signaler les contenus à supprimer des réseaux sociaux.

L'UE s'est déjà ingérée dans les élections hongroises en retenant les transferts de fonds sur la base de sa propre interprétation de la clause relative à l'État de droit dans les traités européens. Elle a procédé de la même manière avec un autre parti nationaliste populiste, le parti polonais Droit et Justice, qui remportait honnêtement les élections et reconnaissait tout aussi honnêtement ses défaites. Dès qu'en Pologne un nouveau gouvernement plus agréable à l'UE est arrivé au pouvoir, Bruxelles a débloqué des milliards d'euros.

Le véritable enjeu des élections hongroises est le suivant: l'UE parviendra-t-elle, à l'aide de relais locaux et d'autres alliés internationaux, à refaire ce qu'elle a déjà fait en Roumanie ? En 2024, le premier tour de l'élection roumaine a été annulé par la justice sur fond d'accusations d'influence russe sur les réseaux sociaux. Pourquoi ? Parce qu'au premier tour, c'est le candidat dont la politique étrangère n'était pas la plus hostile possible envers la Russie qui avait gagné. Il a été interdit de se présenter au nouveau scrutin. Les enquêtes menées ensuite par les Européens et les Américains n'ont pas trouvé de preuves d'une ingérence russe, mais en revanche de nombreux éléments attestant d'une conspiration du parti libéral visant à ternir l'élection.

Ce scénario avait déjà été employé aux États-Unis en 2016: on a tenté de discréditer le premier mandat de Trump par une ingérence russe qui, en réalité, s'est réduite à quelques mèmes sur Facebook que presque personne n'a vus.

Les élections en Hongrie devraient porter sur la Hongrie elle-même. Le programme économique d'Orbán, consistant à diriger les transferts de l'UE vers la croissance des entreprises hongroises, parfois confier des biens publics à une élite loyale et bâtir en outre un réseau conservateur-nationaliste dans tous les secteurs de la vie publique, mérite d'être soumis au jugement des électeurs.

Au final, en Hongrie, à la place des débats sur l'avenir du pays et sur les décisions qui naissent dans les murs du parlement, c'est la souveraineté elle-même qui est en jeu. La question essentielle pour la Hongrie aujourd'hui est la suivante: à l'ère des structures globales (UE, Otan), les peuples démocratiques ont-ils le droit de choisir un pouvoir qui ne plaît pas à l'ordre mondial, lequel s'est pris pour le metteur en scène principal?

Auparavant, le vice-président américain J. D. Vance, lors de sa visite à Budapest, avait critiqué la politique de l'Union européenne. Il avait déclaré que les bureaucrates bruxellois, selon lui, étaient prêts à nuire à l'économie hongroise en raison de leur animosité personnelle envers Orbán. "Nous considérons l'ingérence de la bureaucratie bruxelloise comme véritablement honteuse", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán à l'issue de leurs pourparlers, ajoutant que Washington n'avait nullement l'intention de dicter au peuple hongrois à qui donner ses voix.

Alexandre Lemoine

La source originale de cet article est  Observateur continental

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