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Au premier jour de son interrogatoire devant la cour d'appel de Paris, le 7 avril 2026, l'ancien président français Nicolas Sarkozy a fermement rejeté tout soupçon de financement libyen pour sa victoire électorale de 2007.
Nicolas Sarkozy a répondu longuement aux questions de la Cour d'appel de Paris, dans un procès qui pourrait aboutir à un retour en prison ou à une relaxe définitive. Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, une peine qu'il a brièvement purgée, il clame son innocence face à des accusations lourdes.
"La vérité, c'est qu'il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne"
"Je le dirai jusqu'à mon dernier souffle : il n'y a pas eu le moindre pacte entre eux et moi, c'est la vérité". Dès l'ouverture de son interrogatoire, l'ex-chef de l'État a choisi la sobriété et la solennité, mais n'a pas transigé sur sa ligne de défense.
Il a d'abord tenu à s'adresser aux parties civiles, proches des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts, dont 54 Français), dont le "cerveau" présumé, Abdallah Senoussi, est au cœur du dossier. "On ne répond à une souffrance aussi indicible que par la vérité", a-t-il déclaré, tout en reconnaissant l'impossibilité d'une réponse "à la hauteur des souffrances exprimées".
"La vérité, c'est qu'il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne", a-t-il martelé. "La vérité, c'est que jamais, jamais, je n'ai agi en faveur de M. Senoussi."
"Quelques fois des questions désagréables permettent au prévenu de s'expliquer, fait remarquer le président.
- Je n'ai pas demandé à voir Kadhafi. Je n'ai pas demandé à venir en Libye. Je n'ai pas rencontré Senoussi. Il n'y a pas eu le moindre pacte entre eux et moi"- Noémie Schulz (@noemieschulz) April 7, 2026
Une loyauté limitée face à ses anciens proches
Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir laissé ses proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, négocier fin 2005 un financement avec Senoussi, haut dignitaire libyen condamné à perpétuité pour cet attentat. Il a reconnu que ces derniers avaient commis "une erreur" lors de leurs voyages à Tripoli.
Concernant Claude Guéant, il dit ne pas douter de sa parole, tout en s'interrogeant sur un dîner controversé à Tripoli. À propos de Brice Hortefeux, il se montre plus tranchant, évoquant une "imprudence" et une possible "entourloupe".
Cinquième balle de Sarkozy au procès libyen pour Brice Hortefeux : "avant d'être victime d'une entourloupe de Takieddine, il est coupable d'imprudence. D'avoir laissé Takieddine l'approcher et le manipuler..."- Laurent Valdiguié (@Valdiguie) April 7, 2026
L'ancien président a également insisté sur sa rencontre avec Mouammar Kadhafi le 6 octobre 2005 sous une tente à Tripoli : "Je n'ai pas demandé à voir monsieur Kadhafi, c'est lui qui a demandé à me voir. Il n'y a pas eu le moindre pacte entre eux et moi." Il a décrit un monologue du dictateur sur les Américains et ses ambitions africaines, qualifiant ces échanges de "15 minutes" sans grand intérêt.
Interrogé sur une éventuelle rencontre ou conversation avec Senoussi, il s'est agacé : "Est-ce qu'on me prend pour un imbécile ou un fou ? Dois-je vraiment me justifier de cela ?" Et d'ajouter : "Comment prouver ce qui n'a pas eu lieu ?".
L'audience se poursuit jusqu'à la fin mai. Nicolas Sarkozy, accompagné de Carla Bruni-Sarkozy, joue la carte de la fermeté tout en assumant les "imprudences" de ses collaborateurs. Il répète qu'il répond à la "souffrance" des victimes par "la vérité" de son innocence, sans jamais avoir conclu le moindre accord avec Tripoli.