
par Isidore Vantard
Une ballade échevelée convoque La Fontaine pour juger notre temps - et le verdict, rendu avec la plus grande délicatesse oratoire, est sans appel.
Il arrive, rarement, qu'un texte vous attrape par le revers et vous secoue avec la courtoisie d'un soufflet bien appliqué. La Nef des Beaux Parleurs est de ceux-là.
En six chants et une prose d'ouverture, cette ballade convoque la tradition des fables - La Fontaine bien sûr, mais aussi l'esprit de la Nef des Fous de Brant, la verve de la messe des ânes - pour ausculter, avec une précision d'orfèvre et un sourire de bourreau, la rhétorique de notre temps.
"Le lard qui sert d'esprit aux citoyens abêtis
fume doucement dans la cale - sentez-vous ?"
Le bellâtre y est à la proue, l'Éthique a sauté à Gênes, et le Rat prononce son sermon sans voir qu'il s'y désigne lui-même. Rien de nouveau sous le soleil - mais tout est dit avec cette ironie mordante qui fait qu'on rit d'abord, et qu'on se tait ensuite.
Ce qui distingue ce texte du pamphlet ordinaire, c'est son refus de la facilité. Le merle siffle dans le mûrier. La fable résiste. Et le lecteur, armé de ses fables en poche, repart un peu moins dupe - ou du moins, un peu mieux averti.