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Siège de TotalEnergies
TotalEnergies aurait profité de la crise au Moyen-Orient via son activité de trading. Des achats massifs et des paris financiers auraient généré près d'un milliard de dollars. Ces gains relancent le débat sur les profits réalisés en période de guerre.
La guerre au Moyen-Orient met en lumière une activité habituellement opaque chez TotalEnergies : son pôle de trading basé à Genève. Profitant de la désorganisation des marchés liée au blocage du détroit d'Ormuz, les négociants du groupe auraient réalisé une opération extrêmement rentable, estimée à près d'un milliard de dollars. Une performance rendue possible par une anticipation précoce de la crise et une stratégie agressive sur les achats de brut.
Dès le début du mois de mars, au moment où les premières attaques faisaient vaciller les flux énergétiques, les équipes de trading auraient acquis massivement du pétrole en provenance du Golfe. En quelques semaines, plus de 70 cargaisons, soit environ 38 millions de barils, auraient été sécurisées, permettant au groupe de s'imposer sur un marché devenu particulièrement tendu. La raréfaction de l'offre a ensuite fait flamber les prix, renforçant mécaniquement la valeur de ces actifs.
Une logique spéculative
Mais l'essentiel des gains ne viendrait pas seulement du pétrole physique. Les traders auraient également multiplié les opérations financières, misant sur la hausse des cours tout en se couvrant contre les risques. Ce double levier, combinant actifs réels et "barils de papier", aurait amplifié les profits dans un contexte de forte volatilité, où chaque variation de prix peut générer des marges considérables.
TotalEnergies défend toutefois une logique industrielle plutôt que spéculative. Le groupe affirme agir avant tout pour sécuriser ses approvisionnements et ceux de ses clients, rappelant que ces activités peuvent aussi entraîner des pertes importantes. Il souligne que ses performances doivent être évaluées sur le long terme, et non à l'aune d'un seul épisode exceptionnel.
Reste que cette opération illustre le rôle central du trading dans les grandes compagnies énergétiques. En période de crise, ces acteurs bénéficient d'un avantage stratégique grâce à leurs infrastructures et leur accès direct aux ressources. Une position qui leur permet de tirer parti des déséquilibres du marché, au risque d'alimenter les critiques sur d'éventuels "profits de guerre".
Alors que les résultats détaillés ne seront pas publiés, cette séquence confirme une tendance déjà observée lors de précédentes crises : plus les marchés sont instables, plus les opportunités de gains sont importantes. Une réalité qui place les géants de l'énergie au cœur des débats sur l'éthique et la régulation en temps de conflit.