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Port de Haïfa
Une enquête de Middle East Eye révèle des livraisons clandestines de pétrole, de charbon et de matériel militaire vers Israël via des navires dissimulant leurs trajets. Des compagnies grecques et une "flotte fantôme" sont pointées du doigt. Ces flux illustrent un réseau global mêlant intérêts économiques et enjeux géopolitiques en pleine guerre.
Une enquête de Middle East Eye publié le 2 avril révèle l'existence d'un réseau maritime discret ayant permis l'acheminement massif de ressources énergétiques et de matériel militaire vers Israël, malgré les restrictions en vigueur. Selon ce rapport, au moins 57 cargaisons de pétrole brut, représentant près de 47 millions de barils, ont été livrées entre 2024 et 2025 via des itinéraires détournés, notamment depuis la Turquie. Les navires impliqués auraient falsifié leurs destinations et désactivé leurs systèmes de localisation pour dissimuler leurs activités.
Ces pratiques s'apparentent à celles d'une "flotte fantôme", en violation des règles maritimes internationales qui imposent le maintien des systèmes de suivi. Les cargaisons, souvent annoncées à destination de ports égyptiens, étaient en réalité déchargées dans des installations israéliennes, en particulier à Ashkelon. Des images satellites corroborent ces mouvements, confirmant des escales invisibles dans les données officielles.
Des navires grecs approvisionnent Israël
Le rapport met en cause plusieurs compagnies maritimes grecques, liées à de puissantes familles du secteur, qui auraient joué un rôle central dans ce dispositif. Leur implication ne se limite pas au pétrole : du charbon en provenance d'Afrique et des livraisons de matériel militaire, de munitions et de composants d'armes ont également été identifiés. Une partie de ces équipements aurait été destinée à des entreprises israéliennes du secteur de la défense.
Ces flux s'inscrivent dans un contexte de forte mobilisation internationale. Depuis le début de la guerre à Gaza, des syndicats et des collectifs militants tentent de bloquer ces chaînes d'approvisionnement, dénonçant une participation indirecte à la guerre. Des actions ont ainsi empêché certains chargements dans plusieurs ports européens.
Au cœur du dispositif énergétique figure également l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, infrastructure stratégique reliant la mer Caspienne à la Méditerranée. Une part significative du pétrole transporté vers Israël transiterait par cette voie, soulignant l'interdépendance entre acteurs privés, routes énergétiques et enjeux géopolitiques.