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Mobilisation pour la sauvegarde du magazine "60 Millions de consommateurs". [Photo d'illustration]
Un décret publié le 30 mars entérine la suppression de l'Institut national de la consommation. La disparition de cet organisme public et de son magazine "60 Millions de consommateurs" met en péril une soixantaine d'emplois et prive les Français d'une information indépendante sur la consommation.
Alors que la France traverse une période de rigueur budgétaire, mais aussi de consommation morose, qui risque de s'accroître avec l'explosion en cours du prix du pétrole, l'exécutif met fin à près de soixante ans d'existence d'un établissement public chargé d'informer et de protéger les consommateurs.
Le décret tant redouté est tombé. Après des mois de mobilisation des salariés et des associations, le gouvernement a officiellement acté la liquidation de l'Institut national de la consommation (INC), créé en 1967, et de son magazine emblématique 60 Millions de consommateurs.
L'article 187 du projet de loi de finances pour 2026, définitivement adopté début février, prévoyait cette dissolution au plus tard le 31 mars. Elle est désormais effective.
J'ai le regret de vous annoncer que le gouvernement a acté la liquidation de l'Institut national de la consommation et de son magazine 60 Millions de consommateurs.Après des mois de mobilisation, le décret a été publié au Journal officiel. pic.twitter.com/24gH2URQuu
- Léa Balage El Mariky (@LeaBalage) March 30, 2026
Une capitulation face aux lobbies ou l'enterrement d'un journal en déclin ?
La mesure intervient en pleine crise économique, alors que Bercy cherche à réduire les dépenses publiques. La Cour des comptes avait qualifié la situation financière de l'INC de "catastrophique", pointant une chute de 67 % des ventes en kiosque entre 2016 et 2023 et des pertes cumulées de près de 10 millions d'euros depuis 2018. La subvention annuelle de 1,84 million d'euros était jugée injustifiée pour une activité de presse sans perspective de rentabilité.
Pour les défenseurs de l'institution, il s'agit pourtant d'un choix politique lourd de conséquences. "Les consom'Mags sont là pour rendre service aux consommateurs, pour apporter un petit contre-pouvoir face aux entreprises", rappelait Jean-Pierre Béquet, président de l'association CNAFAL, lors de la manifestation du 2 février. Un journaliste de l'INC ajoutait : "Les problèmes d'information sur la consommation seront aujourd'hui livrés aux influenceurs et à l'intelligence artificielle. Personne ne veut ça."
La députée écologiste Léa Balage El Mariky dénonce, elle, un choix politique : "Une capitulation face aux lobbies agroalimentaires, au prix de notre santé publique."
Ma question au Gouvernement.
Des mois de travail avec les équipes, un combat acharné pour sauver l'INC...
Et au bout du compte, ce Gouvernement sacrifie encore notre santé.Je resterai mobilisée aux côtés des équipes jusqu'au bout. t.co pic.twitter.com/KyuPaqIpCn
- Léa Balage El Mariky (@LeaBalage) March 30, 2026
Une soixantaine de salariés sont désormais menacés de licenciement. Un liquidateur est chargé de trouver un repreneur privé. Mais Bertrand Loiseaux, secrétaire du CSE, s'inquiète : "Je vois mal comment on pourrait avoir cette indépendance complète dans le privé" pour un titre sans publicité.
L'INC avait, par exemple, alerté récemment sur les aliments ultra-transformés chez les enfants, les plastifiants dans les huiles d'olive ou les pratiques douteuses des assureurs. Autant d'enquêtes que les consommateurs ne retrouveront pas ailleurs.