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27/03/2026 reseauinternational.net  33min #309117

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Cinquante mille soldats et aucun moyen d'entrer en Iran

par Mohammed Omar

Une invasion de l'Iran nécessiterait entre 500 000 et 1,6 million de soldats. Cinq scénarios d'intervention terrestre ont été évalués en fonction du terrain, de la logistique et des coûts.

RIYAD - Les USA disposent désormais de plus de 50 000 soldats déployés au Moyen-Orient, de deux groupes aéronavals (carrier strike groups) patrouillant en mer d'Arabie, et d'un prince héritier à Riyad qui, selon les rapports, souhaite les voir marcher sur l'Iran. Tout cela ne suffit pas. Envahir la République islamique nécessiterait une force trois à six fois plus importante que celle actuellement présente dans le Golfe, des lignes d'approvisionnement traversant certains des terrains les plus hostiles de la planète, et un engagement politique qu'aucun président usaméricain depuis Franklin Roosevelt n'a été prêt à prendre. La guerre terrestre à laquelle pousse Mohammed ben Salmane n'est pas seulement risquée - elle est, selon toutes les évaluations militaires sérieuses, fonctionnellement impossible avec les forces disponibles.

Vingt-six jours de frappes aériennes ont détruit environ 82 000 structures à travers l'Iran, dégradé ses infrastructures nucléaires et tué au moins trois hauts commandants des Gardiens de la révolution (CGRI, Corps des Gardiens de la Révolution islamique, force idéologique parallèle à l'armée régulière). Pourtant, l'Iran continue de tirer des drones sur les installations pétrolières saoudiennes, de lancer des missiles balistiques sur Riyad et de prendre en otage le détroit d'Ormuz. La campagne aérienne a atteint les limites de ce qu'elle peut accomplir seule. La question qui consume Washington, Riyad et tous les ministères de la défense, de Londres à Tokyo, est de savoir si une invasion terrestre est possible.

Combien de troupes faudrait-il pour envahir l'Iran ?

Une invasion terrestre à grande échelle de l'Iran nécessiterait entre 500 000 et 1,6 million de soldats, selon les estimations des planificateurs militaires et des analystes de la défense qui étudient ce problème depuis des décennies. Le chiffre le plus bas suppose une campagne éclair ciblant les basses terres occidentales et la bande côtière de l'Iran, sans tenter de contrôler l'intérieur des terres. Le chiffre le plus élevé reflète le ratio standard de contre-insurrection (COIN, stratégie visant à combattre une insurrection en combinant actions militaires et mesures politiques) de 20 personnels de sécurité pour 1000 civils - une référence développée à partir des expériences usaméricaines en Irak et en Afghanistan. Appliquée à la population iranienne d'environ 88 millions d'habitants, cette formule donne un besoin de 1 760 000 soldats, ce qui dépasse l'effectif total de l'armée US en service actif, qui est d'environ 1,3 million.

Les forces actuellement déployées au Moyen-Orient sont loin du compte. Selon le Commandement central des USA (CENTCOM), environ 50 000 militaires usaméricains sont actuellement dans la région, y compris deux unités expéditionnaires de Marines (MEU, Marine Expeditionary Unit, unité embarquée prête à intervenir rapidement), des éléments de la 82e Division aéroportée, et d'importants moyens navals et aériens. La 82e Division aéroportée envoie à elle seule environ 1000 parachutistes, selon CNN, tandis que les 31e et 11e unités expéditionnaires de Marines se dirigent vers le golfe Persique à bord des groupes amphibies de l'USS Tripoli et de l'USS Boxer. Au total, ces forces terrestres opérationnelles représentent environ 3600 soldats - une force adaptée à des opérations limitées dans le temps, pas à une campagne terrestre soutenue.

Ruben Stewart, chercheur principal sur la guerre terrestre à l'Institut international d'études stratégiques (IISS, think tank britannique de référence), a déclaré à Al-Jazeera que le déploiement était "conforme à des opérations limitées dans le temps, et non à une campagne terrestre prolongée". Il a noté que l'invasion de l'Irak en 2003 avait nécessité environ 170 000 soldats pour un pays d'un quart de la taille de l'Iran, et que cette comparaison minimise la difficulté car le terrain irakien était principalement un désert plat. L'intérieur de l'Iran est une forteresse de chaînes de montagnes qui a repoussé les envahisseurs depuis trois millénaires.

Même le scénario le plus optimiste - une opération côtière limitée - nécessiterait cinq fois le déploiement actuel. Une invasion à grande échelle exigerait une mobilisation sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Pourquoi l'Iran est la cible d'invasion la plus difficile sur Terre

La géographie de l'Iran est une forteresse naturelle qui a vaincu les envahisseurs depuis que les armées d'Alexandre le Grand ont lutté à travers ses cols de montagne en 330 av. J.-C. Le pays s'étend sur 1 648 195 kilomètres carrés - soit à peu près la superficie combinée de la France, de l'Allemagne, de l'Espagne et du Royaume-Uni. Deux chaînes de montagnes massives, le Zagros et l'Alborz, forment un croissant de hautes terres qui protège le plateau iranien de toutes les directions d'approche.

Carte en relief de l'Iran : Le Zagros s'étend sur 1500 kilomètres le long des frontières ouest et sud, tandis que l'Alborz garde le nord. Les cols sont rares, étroits et faciles à défendre.

Le Zagros s'étend sur environ 1500 kilomètres de la frontière turque au nord-ouest jusqu'au détroit d'Ormuz au sud-est, avec des pics atteignant 4409 mètres au Zard Kuh. Une force avançant depuis l'Irak ou le Koweït devrait traverser des lignes de crêtes successives, chacune offrant aux défenseurs des zones d'anéantissement naturelles. Les cols qui les séparent, décrits par les Proceedings de l'Institut naval usaméricain comme des goulets d'étranglement "en chas d'aiguille", sont peu nombreux, étroits et faciles à bloquer aux deux extrémités. Pendant la guerre Iran-Irak, les divisions blindées irakiennes ont avancé rapidement dans la plaine plate du Khouzestan mais se sont enlisées dès qu'elles ont atteint les contreforts du Zagros.

Depuis le sud, toute approche amphibie fait face à une étroite bande côtière adossée immédiatement aux montagnes. Le littoral entre le rivage du golfe Persique et la première ligne de crête du Zagros est, à de nombreux endroits, large de moins de 30 kilomètres - à peine assez d'espace pour établir une tête de pont avant de se heurter à des hauteurs défendues. Depuis l'est, le terrain est tout aussi inhospitalier : les déserts de Dasht-e Kavir et Dasht-e Lut présentent 300 000 kilomètres carrés de plaines salines, de dunes de sable et de formations volcaniques qui rendent les déplacements terrestres d'une complexité logistique cauchemardesque.

Foreign Policy magazine, dans une analyse de mars 2026 intitulée "Le plus grand avantage militaire de l'Iran en temps de guerre est sa géographie", a conclu que le terrain du pays "crée des barrières défensives naturelles qui compliqueraient une invasion terrestre à grande échelle à un degré jamais vu dans une campagne militaire usaméricaine depuis la guerre du Pacifique et ses sauts d'îles en îles de la Seconde Guerre mondiale". La différence est que ces îles se mesuraient en hectares. L'Iran se mesure en centaines de milliers de kilomètres carrés.

Le piège de la comparaison avec l'Irak

Les planificateurs du Pentagone et les commentateurs des médias comparent régulièrement une potentielle invasion de l'Iran à la campagne irakienne de 2003. La comparaison est séduisante car l'Irak est le voisin de l'Iran, l'armée usaméricaine s'est déployée depuis les mêmes bases du Golfe, et l'invasion a réussi à renverser Bagdad en 21 jours. Elle est aussi profondément trompeuse.

L'Irak en 2003 avait été vidé de sa substance par une décennie de sanctions, deux guerres précédentes, et une armée largement démoralisée. Des divisions entières de la Garde républicaine se sont rendues sans combattre. Les forces iraniennes font face à un calcul différent : l'engagement idéologique des Gardiens de la révolution, une population qui a montré sa volonté d'absorber d'énormes pertes pendant la guerre Iran-Irak, et un gouvernement qui a passé quatre décennies à préparer son terrain pour exactement ce scénario. Les réseaux de tunnels iraniens, selon le New Lines Institute (centre de réflexion spécialisé), sont "vastes" et conçus spécifiquement pour compenser les faiblesses en matière de défense aérienne et de puissance aérienne - ce qui signifie qu'ils sont construits pour survivre au type de bombardement aérien qui a précédé les opérations terrestres en Irak.

La phase d'occupation présente une comparaison encore plus frappante. Les USA ont atteint un pic d'environ 166 000 soldats en Irak lors de la "surge" (augmentation massive des troupes) de 2007, selon le Council on Foreign Relations (CFR, think tank usaméricain influent), et n'ont toujours pas réussi à pacifier le pays. La population irakienne était de 25 millions. Celle de l'Iran est de 88 millions. Le simple calcul arithmétique de la contre-insurrection suggère qu'occuper l'Iran nécessiterait plus de soldats que l'armée usaméricaine n'en possède.

Qu'a enseigné la guerre Iran-Irak sur les campagnes terrestres ?

La guerre Iran-Irak de 1980-1988 reste l'étude de cas moderne la plus pertinente pour les opérations terrestres en territoire iranien, et ses leçons sont uniformément décourageantes pour tout envahisseur potentiel. L'Irak a lancé son invasion le 22 septembre 1980 avec six divisions avançant sur trois fronts le long d'un arc de 435 miles (700 km). La progression initiale fut rapide à travers la plaine plate du Khouzestan, où les forces irakiennes capturèrent des villes clés, dont Khorramshahr après un siège brutal de 34 jours. Puis le terrain changea.

Sur le front central, les divisions mécanisées irakiennes avancèrent à travers Mehran et poussèrent vers les contreforts du Zagros avant de s'enliser complètement. Sur le front nord, les forces qui avaient envahi la garnison frontalière de Qasr-e Shirin ne parvinrent à pénétrer que sur 25 miles (40 km) avant que les montagnes ne les arrêtent. Comme l'ont documenté Williamson Murray et Kevin Woods dans leur analyse des archives irakiennes capturées, les troupes envahisseuses étaient "mal dirigées et manquaient d'esprit offensif" - mais même des forces bien dirigées auraient eu du mal contre un terrain qui canalisait les blindés dans des zones d'anéantissement et donnait aux défenseurs les hauteurs.

La réponse iranienne offre une deuxième leçon. Malgré le chaos des purges militaires post-révolutionnaires - qui avaient éliminé une grande partie du corps d'officiers iraniens - le pays a mobilisé des millions de volontaires via la milice Basij et a combattu l'Irak jusqu'à l'impasse en deux ans. En 1982, l'Iran avait repris la quasi-totalité de son territoire perdu. Les contreforts du Zagros se sont avérés être l'élément géographique décisif : les forces irakiennes qui sont entrées dans les montagnes ont soit reculé, soit été détruites.

La guerre a finalement tué entre 500 000 et 1,5 million de personnes des deux côtés, selon l'Encyclopædia Britannica, et s'est terminée par une impasse après huit ans. L'Irak a utilisé des armes chimiques de manière intensive et n'a toujours pas réussi à percer les défenses montagneuses iraniennes. Un envahisseur moderne ferait face à la même géographie, avec la complication supplémentaire que l'Iran a passé les décennies intermédiaires à construire des tunnels, à fortifier les cols de montagne et à développer des capacités asymétriques spécifiquement conçues pour compenser la supériorité militaire conventionnelle.

Une frappe limitée sur l'île de Kharg est-elle possible ?

Si une invasion à grande échelle est hors de question, l'alternative la plus souvent discutée est une opération amphibie limitée visant à s'emparer de l'île de Kharg - le principal terminal d'exportation pétrolier de l'Iran, par lequel transite historiquement environ 90% du pétrole brut du pays. Capturer Kharg donnerait aux USA un levier économique dévastateur tout en évitant le cauchemar de combattre sur la terre fgerme iranienne.

Le scénario a une réelle logique militaire. L'île de Kharg se trouve à environ 25 kilomètres au large de la côte iranienne, dans le nord du golfe Persique, reliée au continent par un oléoduc sous-marin. Elle est assez petite - environ 20 kilomètres carrés - pour être prise par une unité expéditionnaire de Marines avec un soutien aérien et naval. Defence Security Asia a rapporté en mars 2026 que les planificateurs du Pentagone examinaient activement la saisie de l'île de Kharg dans le cadre d'une stratégie plus large visant à briser le levier économique iranien.

Les problèmes commencent après le débarquement. L'Iran a fortifié les approches de Kharg avec des missiles anti-navires, des mines navales et des vedettes rapides d'attaque. L'île se trouve à portée des missiles lancés de la côte iranienne depuis la province de Bouchehr, à peine à 50 kilomètres de là. Une garnison à Kharg serait soumise à des bombardements continus. Son réapprovisionnement nécessiterait le maintien d'un corridor naval à travers des eaux que l'Iran a déjà démontré pouvoir menacer - les mêmes eaux où les taux d'assurance des pétroliers ont atteint des niveaux records et où le transport maritime commercial a effectivement cessé.

Historiquement, l'Irak a tenté de neutraliser l'île de Kharg pendant la guerre Iran-Irak par des frappes aériennes répétées entre 1984 et 1988. Malgré des centaines de sorties de bombardement, l'Iran a maintenu ses opérations d'exportation en redirigeant le pétrole brut vers des navires- navettes au large de l'île de Larak, plus au sud. Une saisie moderne devrait être permanente et défendable - une proposition bien plus exigeante qu'un simple bombardement aérien.

Une opération à Kharg risquerait également une escalade dramatique de la part de l'Iran. Téhéran a constamment signalé que toute incursion terrestre sur le territoire souverain iranien - même une île au large - franchirait une ligne rouge déclenchant une riposte maximale. Cette riposte viserait presque certainement les infrastructures saoudiennes et du Golfe, rendant l'enthousiasme de Riyad pour les opérations terrestres particulièrement paradoxal.

Matrice de faisabilité de l'invasion

Cinq scénarios distincts d'opérations terrestres ont été discutés dans les cercles de planification du Pentagone et dans les publications de défense depuis le début de la guerre. Chacun comporte des besoins en forces, des calendriers et des profils de risque différents. Les analyser côte à côte révèle pourquoi les planificateurs militaires restent profondément sceptiques quant à toute campagne terrestre.

La matrice révèle une étroite bande de possibilités. Seuls deux scénarios - Kharg et le nettoyage d'Ormuz - se situent dans la fourchette de ce que les déploiements actuels pourraient théoriquement soutenir. Les deux comportent des risques d'escalade sévères pour les États du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui se trouvent à portée des missiles balistiques iraniens et des essaims de drones. Les trois scénarios plus importants nécessiteraient une mobilisation nationale sans précédent depuis 1945, une autorisation législative que le Congrès est peu susceptible d'accorder, et une volonté d'accepter des pertes que le public usaméricain n'a plus manifestée depuis le Vietnam.

La matrice expose également une contradiction structurelle dans la position rapportée de MBS. Chaque scénario qui pourrait réellement mettre fin à la guerre - les opérations plus importantes - exposerait l'Arabie saoudite à la dévastation même que le royaume ne peut pas prévenir militairement. Chaque scénario que les forces actuelles pourraient tenter - les opérations limitées - ne mettrait pas fin à la guerre et pourrait intensifier les frappes iraniennes sur les cibles saoudiennes.

Quel rôle l'Arabie saoudite jouerait-elle dans une guerre terrestre ?

La volonté rapportée du prince héritier Mohammed ben Salmane de pousser à l'envoi de troupes usaméricaines au sol en Iran soulève une question que Riyad a largement évitée : en quoi contribueraient les forces saoudiennes elles-mêmes à une campagne terrestre ? Les forces armées royales saoudiennes comptent environ 227 000 militaires en service actif avec un budget de défense d'environ 75 à 80 milliards de dollars - la cinquième dépense militaire mondiale, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Sur le papier, le royaume aligne une machine militaire imposante. Dans la pratique, l'Arabie saoudite n'a jamais mené avec succès une opération terrestre à grande échelle indépendante.

La campagne au Yémen, qui a commencé en 2015, a exposé les faiblesses critiques de la capacité de l'armée saoudienne à projeter sa puissance terrestre. Après plus d'une décennie de combats, les forces de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite n'ont jamais atteint leur objectif principal de déloger les forces houthies de Sanaa. La campagne dépendait fortement d'un soutien technique étranger, d'une logistique sous contrat et de renseignements occidentaux. Les analystes du Center for Strategic and International Studies (CSIS, centre de réflexion usaméricain) ont noté que les forces terrestres saoudiennes ont eu du mal à mener des opérations interarmes de base tout au long du conflit.

L'USS Boxer (LHD-4), navire d'assaut amphibie, se déployant vers le golfe Persique avec la 11e unité expéditionnaire de Marines à son bord. Les groupes amphibies comme celui-ci représentent l'outil principal de l'armée usaméricaine pour les opérations terrestres limitées, mais ils ne transportent que 2000 à 2500 Marines - une fraction de ce qu'exige le terrain iranien.

La contribution la plus probable de l'Arabie saoudite à toute campagne terrestre ne serait pas des troupes de combat, mais plutôt des bases, de la logistique et des droits de survol - exactement ce que Riyad a déjà commencé à fournir en ouvrant la base aérienne du roi Khaled aux forces usaméricaines. La principale valeur militaire de l'Arabie saoudite dans ce conflit ne réside pas dans son armée mais dans sa géographie : le royaume offre des bases avancées, des équipements pré-positionnés, des ports en eau profonde et une infrastructure de ravitaillement en vol dont toute opération usaméricaine dans le Golfe dépendrait.

Cela crée une asymétrie dangereuse. L'Arabie saoudite fournit la base de départ pour les opérations contre l'Iran mais manque de la capacité militaire pour se défendre contre les représailles que ces opérations provoqueraient. Le réseau de défense aérienne du royaume - un mélange de systèmes Patriot, THAAD (Terminal High Altitude Area Defense, système de défense antimissile à haute altitude) et Shahine - a bien performé contre les drones et les missiles balistiques pendant le conflit actuel, interceptant des dizaines de menaces par jour. Mais la défense aérienne est un atout qui s'épuise. Chaque intercepteur tiré coûte entre 3 et 12 millions de dollars, tandis que les drones iraniens qu'ils détruisent coûtent entre 20 000 et 50 000 dollars. Les mathématiques de l'usure favorisent l'attaquant. Une évaluation sur quatre semaines des performances militaires saoudiennes suggère que la capacité défensive a dépassé les attentes, bien que les lacunes offensives restent critiques.

Comment l'Iran mènerait-il une invasion terrestre ?

L'Iran a passé quarante ans à se préparer exactement au scénario actuellement discuté. Les Gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui opèrent parallèlement aux forces armées régulières, ont élaboré une doctrine de guerre asymétrique conçue pour infliger un maximum de pertes à un envahisseur technologiquement supérieur tout en évitant le type de batailles rangées conventionnelles que les forces usaméricaines sont conçues pour gagner.

La stratégie terrestre du CGRI repose sur quatre piliers :

1. Les réseaux de tunnels. L'Iran a commencé à construire des tunnels militaires dans les années 1980 pendant la guerre Iran-Irak et les a développés continuellement depuis. L'évaluation du New Lines Institute des capacités militaires conventionnelles de l'Iran décrit ces réseaux comme "vastes" et spécifiquement conçus pour "compenser quelque peu les faiblesses de l'Iran en matière de défense aérienne et de puissance aérienne". Les forces iraniennes peuvent déplacer des troupes, des munitions et des lanceurs de missiles à travers des couloirs souterrains invisibles à la surveillance aérienne, émerger pour frapper, puis disparaître à nouveau dans les montagnes. Les complexes de tunnels de Natanz et de Fordow, conçus pour protéger les centrifugeuses nucléaires des bombes pénétrantes, donnent un aperçu de l'échelle - Fordow est enterré sous 80 mètres de granit dans les monts Zagros.

2. La milice Basij. Cette force de volontaires, qui fait officiellement partie de la structure du CGRI, peut mobiliser des millions de combattants en temps de guerre. Pendant la guerre Iran-Irak, les volontaires Basij ont été déployés dans des vagues humaines qui, bien que tactiquement rudimentaires, ont absorbé d'énormes quantités de munitions et de capacité de combat irakiennes. Une mobilisation moderne du Basij fonctionnerait différemment - comme un réseau de guérilla et de renseignement plutôt que comme une force conventionnelle - mais son échelle potentielle est stupéfiante. Les responsables iraniens ont affirmé pouvoir mobiliser jusqu'à 20 millions de membres du Basij, bien que les analystes occidentaux considèrent 1 à 3 millions comme un chiffre de combattants efficacesplus réaliste.

3. L'arsenal de missiles anti-navires et de mines navales qui a déjà démontré son efficacité pendant le conflit actuel. Toute approche amphibie de la côte iranienne traverserait des eaux saturées de missiles anti-navires chinois C-802, de vedettes rapides d'attaque dérivées de modèles nord-coréens, et de milliers de mines navales. L'évaluation de la Royal Navy (Marine britannique), selon des informations du Financial Times, est que le nettoyage des mines dans le golfe Persique à lui seul prendrait de 6 à 12 mois - et ce calendrier suppose que l'Iran cesse d'en poser de nouvelles.

4. La profondeur stratégique par l'activation de proxies (affidés). Le réseau de milices alliées à l'Iran - en Irak, au Liban, au Yémen, en Syrie et à Bahreïn - serait pleinement mobilisé en cas d'invasion terrestre, ouvrant simultanément de multiples fronts. Les milices chiites irakiennes ont déjà frappé des bases usaméricaines 21 fois en une seule période de 24 heures pendant la seule campagne aérienne. Une invasion terrestre transformerait le paysage des milices irakiennes d'une menace de harcèlement en une insurrection totale ciblant les mêmes lignes d'approvisionnement dont dépendrait toute campagne en Iran.

Prises ensemble, ces capacités suggèrent qu'une force d'invasion ne ferait pas face à une seule armée défendant des positions définies, mais à une résistance distribuée et multiniveaux opérant depuis les montagnes, les tunnels, les villes et à travers plusieurs pays simultanément. L'avantage écrasant de l'armée usaméricaine en matière de munitions de précision, d'avions furtifs et de renseignement satellitaire serait partiellement annulé par un ennemi qui combat sous terre, se déplace à travers les populations civiles et utilise la profondeur géographique pour absorber les punitions et contre-attaquer.

L'USAmérique peut-elle combattre l'Iran et dissuader la Chine en même temps ?

La contrainte la plus conséquente pour une campagne terrestre en Iran n'est pas le terrain, la logistique, ni même la politique intérieure - c'est le Pacifique. Chaque bataillon déployé dans le golfe Persique est un bataillon indisponible pour un éventuel conflit à Taïwan, et le Pentagone a passé deux décennies à concevoir une structure de forces autour de l'hypothèse que la région Indo-Pacifique est le théâtre prioritaire.

Le redéploiement de la 31e unité expéditionnaire de Marines de Sasebo, au Japon, vers le Golfe est une étude de cas de ce compromis. La 31e MEU est l'une des deux seules unités de Marines déployées en permanence dans le Pacifique. Son départ, ainsi que celui du groupe amphibie de l'USS Tripoli, a créé ce que les analystes de la défense décrivent comme un vide dans la capacité de l'armée usaméricaine à réagir rapidement à une crise dans le détroit de Taïwan ou dans la péninsule coréenne. La course aux armements mondiale déclenchée par le conflit iranien a encore tendu la capacité militaire usaméricaine, des alliés du Japon à l'Australie exprimant des préoccupations privées concernant la posture des forces dans l'Indo-Pacifique.

Une campagne terrestre prolongée en Iran - même limitée - nécessiterait le type d'engagement qui a enfermé l'armée usaméricaine en Irak pendant huit ans et en Afghanistan pendant vingt. Lors de la "surge" irakienne de 2007, 166 000 soldats usaméricains au Moyen-Orient signifiaient moins de ressources disponibles pour tous les autres théâtres. Une guerre terrestre en Iran exigerait des multiples de ce niveau de forces pendant que Beijing observe, calcule et pourrait potentiellement conclure que la fenêtre d'action à Taïwan s'est élargie.

Michael O'Hanlon de la Brookings Institution (think tank usaméricain) a soutenu que la guerre en Iran représente déjà la diversion la plus importante de l'attention militaire usaméricaine du Pacifique depuis 2003. Une campagne terrestre transformerait cette diversion en un vide stratégique. L'armée usaméricaine est conçue pour mener une guerre majeure tout en dissuadant sur un autre théâtre. Elle n'est pas conçue pour mener deux guerres majeures simultanément - et l'Iran, à tous égards, constituerait une guerre majeure.

Qui rejoindrait une coalition pour envahir l'Iran ?

L'invasion de l'Irak en 2003 a été menée par une "coalition des volontaires" qui comprenait 49 pays, bien que l'écrasante majorité des forces de combat provinssent des USA et du Royaume-Uni. Construire une coalition comparable pour une campagne terrestre en Iran serait nettement plus difficile, et les bases diplomatiques ont à peine été posées.

Le Royaume-Uni, le partenaire militaire le plus fiable des USA, a déployé des missiles de défense aérienne en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn et a proposé de diriger une coalition de déminage dans le détroit d'Ormuz. Mais les forces terrestres britanniques sont surchargées après des années de coupes budgétaires. L'effectif total de l'armée britannique est tombé en dessous de 73 000 hommes - son plus bas niveau depuis les guerres napoléoniennes. Engager un contingent terrestre significatif en Iran nécessiterait de mobiliser des réservistes et, presque certainement, de réintroduire la conscription, ce qu'aucun gouvernement britannique n'a envisagé depuis 1960.

La France a approfondi sa coopération en matière de défense avec l'Arabie saoudite pendant la crise, la ministre des Armées Catherine Vautrin ayant rencontré le prince Khaled ben Salmane à Riyad en mars 2026. Mais la doctrine militaire française depuis la guerre d'Algérie se méfie des engagements terrestres à grande échelle au Moyen-Orient. La position affichée du président Macron met l'accent sur l'autonomie stratégique européenne plutôt que sur la subordination aux campagnes menées par les USA.

Les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) - les pays ayant le plus d'intérêts directs dans cette affaire - présentent un tableau mitigé. Bahreïn a été le plus belliciste, poussant à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant l'usage de la force pour rouvrir Ormuz. Les Émirats arabes unis ont pris des mesures préparatoires, notamment la fermeture d'institutions iraniennes à Dubaï et le gel d'actifs iraniens. Mais ni Bahreïn ni les Émirats arabes unis ne possèdent des forces terrestres capables de contribuer de manière significative à l'invasion d'un pays de la taille de l'Iran. Le Koweït, qui a subi des attaques directes de l'Iran, se concentre sur la défense de son propre territoire. Oman et le Qatar ont maintenu leur neutralité traditionnelle, Oman servant de canal diplomatique officieux.

Le partenaire de coalition potentiel le plus significatif est celui dont on parle peu en public : Israël. Les Forces de défense israéliennes (Tsahal) mènent la campagne aérienne contre l'Iran conjointement avec les USA depuis le 28 février. Israël possède l'une des armées les plus capables du Moyen-Orient, avec une vaste expérience des opérations interarmes et de la guerre urbaine. Cependant, des forces terrestres israéliennes entrant sur le territoire iranien transformeraient le conflit d'une campagne aérienne en une confrontation civilisationnelle aux yeux d'une grande partie du monde musulman. L'alliance de sécurité émergente entre l'Arabie saoudite et Israël a été menée dans une ambiguïté délibérée ; une participation israélienne ouverte à une invasion terrestre briserait cette ambiguïté et pourrait déstabiliser tous les gouvernements arabes qui ont maintenu une coopération discrète.

L'arithmétique de la coalition, en résumé, produit une force bien inférieure à ce qui est nécessaire. Les USA fourniraient la grande majorité de la puissance de combat terrestre, avec des contributions symboliques de nations alliées et un soutien logistique des États du Golfe. Ce n'est pas la recette d'une campagne nécessitant un demi-million à un million de soldats. C'est la recette pour un autre Irak : des forces usaméricaines menant le combat, des contribuables usaméricains payant la facture et des vétérans usaméricains supportant les conséquences pendant des décennies (État de Stress Post-Traumatique, opiacés, clochardisation, suicides, meurtres de masse etc., NdT).

La facture de trois mille milliards de dollars

Le coût financier de l'invasion de l'Iran dépasserait celui de toute opération militaire de l'histoire usaméricaine. Le projet Costs of War de l'Université Brown a calculé le coût total des guerres d'Irak et d'Afghanistan à environ 8000 milliards de dollars, y compris les soins à long terme pour les anciens combattants et les intérêts sur les emprunts de guerre. L'Iran, avec une population 3,5 fois plus grande que celle de l'Irak et un terrain plusieurs ordres de grandeur plus difficile, générerait des coûts d'une ampleur comparable ou supérieure.

Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a estimé dans une analyse d'avant-guerre qu'une campagne terrestre à grande échelle contre l'Iran pourrait coûter entre 3000 et 5000 milliards de dollars au cours des cinq premières années, selon l'ampleur des opérations et la durée de toute occupation subséquente. Ces chiffres n'incluent pas les dommages économiques liés à la perturbation soutenue des flux pétroliers du Golfe - une perturbation qu'une invasion terrestre intensifierait, au lieu de la résoudre, du moins à court terme.

Pour l'Arabie saoudite, le calcul financier est tout aussi préoccupant. Les réserves de change du royaume, gérées par l'Autorité monétaire saoudienne (SAMA), s'élevaient à environ 440 milliards de dollars avant le début de la guerre. Les coûts mensuels liés à la guerre - y compris le remplacement des intercepteurs de défense aérienne, la réparation des infrastructures, la perte de revenus pétroliers due à la fermeture d'Ormuz et les dépenses d'urgence - sont estimés entre 15 et 25 milliards de dollars par mois, selon des estimations d'économistes du Golfe citées par Bloomberg. Une guerre terrestre prolongée qui intensifierait les frappes iraniennes sur les infrastructures saoudiennes pourrait épuiser ces réserves en deux à trois ans.

Le coût d'opportunité est tout aussi significatif. Chaque dollar dépensé pour la guerre est un dollar non dépensé pour Vision 2030 (le plan de réforme économique saoudien). Le Fonds d'investissement public (PIF) a déjà réduit la voilure pour NEOM (projet de mégapole futuriste) et s'est orienté vers des achats de céréales et de sécurité alimentaire. Une campagne terrestre de plusieurs années en Iran gèlerait effectivement la transformation économique de l'Arabie saoudite pour une génération.

Pourquoi MBS veut des troupes au sol même si l'invasion est impossible

La question la plus importante concernant la volonté rapportée du prince héritier Mohammed ben Salmane de pousser à l'envoi de troupes au sol pourrait ne pas être de savoir s'il croit réellement que l'invasion est faisable. Elle pourrait être de savoir ce qu'il cherche réellement à accomplir par cette pression.

Trois objectifs stratégiques émergent du comportement diplomatique saoudien depuis le début de la guerre :

1. MBS veut s'assurer que les USA ne négocient pas un cessez-le-feu qui laisserait intactes les capacités militaires de l'Iran. Le plan en 15 points que Washington a envoyé à Téhéran par l'intermédiaire du Pakistan répond à certaines préoccupations saoudiennes - démantèlement nucléaire, limitation des missiles, fin du soutien aux proxies - mais Riyad n'a aucune garantie que ces conditions survivront à la négociation. Pousser pour des troupes au sol rehausse le plafond de l'ambition usaméricaine, rendant plus difficile pour Trump de se contenter d'un accord qui laisserait l'Iran capable de menacer l'Arabie saoudite dans cinq ans.

2. Le prince héritier veut lier plus étroitement l'USAmérique à la sécurité du Golfe. Plus les forces usaméricaines s'engagent profondément - plus elles utilisent de bases, plus elles déploient de troupes, plus elles s'intègrent aux systèmes militaires saoudiens - plus il devient difficile pour un futur président de se désengager. La poussée en faveur des troupes au sol est, dans cette lecture, moins une question d'envahir réellement l'Iran que de rendre la relation militaire usaméricano-saoudienne irréversible.

3. MBS pourrait signaler à Téhéran que la retenue saoudienne a des limites. Le royaume a absorbé des centaines d'attaques de drones et de missiles sans riposter directement. Cette retenue a été interprétée par certains stratèges iraniens comme une faiblesse. En plaidant publiquement pour l'option militaire la plus extrême, MBS change le calcul : si l'Iran continue de frapper des cibles saoudiennes, le prince héritier s'est déjà positionné comme le leader prêt à autoriser une escalade qui serait catastrophique pour les deux parties.

Cette interprétation suggère que le débat sur les troupes au sol ne concerne pas vraiment la planification militaire. Il s'agit de levier - diplomatique, stratégique et psychologique. La menace d'invasion est plus utile qu'une invasion réelle, ce qui est pratique car une invasion réelle dépasse les capacités des forces disponibles.

"La force déployée est conforme à des opérations limitées dans le temps, et non à une campagne terrestre prolongée". ~ Ruben Stewart, Institut international d'études stratégiques (IISS), mars 2026

À quoi ressemblerait même la victoire en Iran ?

L'aspect le plus préoccupant du débat sur l'invasion terrestre est l'absence d'une définition cohérente de la victoire. La campagne aérienne a des objectifs clairs : détruire les installations nucléaires, dégrader les infrastructures militaires, contraindre à la réouverture d'Ormuz. Les objectifs d'une campagne terrestre sont bien plus flous.

Le changement de régime - l'objectif explicite dont le New York Times a rapporté que MBS le préconisait - évoque le spectre de l'Irak en 2003. Le renversement de Saddam Hussein a pris trois semaines ; les conséquences ont duré deux décennies. Le gouvernement iranien est plus profondément ancré dans sa société que ne l'était celui de Hussein. Les Gardiens de la révolution contrôlent environ 25 à 30% de l'économie iranienne, selon des recherches de la Foundation for Defense of Democracies (FDD, think tank néofasciste washingtonien, NdT). Renverser le régime nécessiterait de démanteler un appareil économique et sécuritaire qui emploie des millions de personnes, créant précisément les conditions qui ont alimenté l'insurrection dans l'Irak d'après-guerre.

Un objectif plus limité - s'emparer de la côte et des infrastructures pétrolières iraniennes pour priver le régime de revenus - se heurte au même problème de soutenabilité que le scénario de l'île de Kharg en plus grand. Tenir une bande de territoire face à une population hostile de 88 millions d'habitants, avec des chaînes de montagnes offrant un couvert pour les opérations de guérilla, consommerait d'énormes ressources indéfiniment. L'Union soviétique a appris cette leçon en Afghanistan avec une population de 15 millions d'habitants. Les USA l'ont réapprise dans le même pays avec une population de 38 millions.

La population de l'Iran est plus grande que les deux réunies. Et contrairement à la société tribale fragmentée de l'Afghanistan, l'Iran possède une forte identité nationale, un appareil d'État fonctionnel et une histoire de résistance unifiée à l'invasion étrangère qui remonte à des millénaires. Le coup d'État de 1953, que la CIA a orchestré contre Mohammad Mossadegh, n'a nécessité aucune troupe mais a quand même produit des répercussions qui ont façonné les soixante-dix années suivantes des relations usaméricano-iraniennes. Une invasion à grande échelle générerait des conséquences mesurées non pas en décennies mais en générations.

Le cauchemar logistique dont personne ne parle

Même si les effectifs pouvaient être réunis et la volonté politique convoquée, la logistique nécessaire pour déplacer une force terrestre en Iran depuis les bases du Golfe présente des défis qui surpassent tout ce qui a été tenté depuis la Seconde Guerre mondiale. L'invasion de l'Irak en 2003 a bénéficié du Koweït - un pays plat, ami, directement adjacent à l'Irak, avec des dépôts d'équipements pré-positionnés, des ports en eau profonde et un gouvernement qui avait passé une décennie à se préparer à accueillir exactement cette opération.

Une campagne en Iran manquerait de tous ces avantages. La route terrestre la plus directe de l'Arabie saoudite ou du Koweït vers l'Iran traverse le sud de l'Irak - un pays dont le gouvernement a déclaré la force majeure (circonstance imprévisible rendant impossible l'exécution d'un contrat) sur les opérations pétrolières étrangères et dont les milices chiites ont attaqué des bases usaméricaines 21 fois en une seule période de 24 heures pendant le conflit actuel. Faire passer des convois d'approvisionnement à travers le territoire irakien nécessiterait soit la coopération du gouvernement irakien (peu probable étant donné la position équivoque de Bagdad), soit une campagne parallèle pour sécuriser la route d'approvisionnement (ce qui exigerait encore plus de troupes).

L'alternative - un assaut amphibie depuis le golfe Persique - se heurte au problème du goulot d'étranglement. Les eaux étroites du Golfe, déjà encombrées de mines et patrouillées par des vedettes rapides iraniennes et des missiles anti-navires, devraient être nettoyées avant que les transports de troupes puissent approcher la côte iranienne. La coalition de déminage proposée par la Royal Navy n'a pas encore été déployée, et même les calendriers les plus optimistes suggèrent des mois d'opérations de déminage avant que des débarquements amphibies puissent être tentés en toute sécurité.

Les chaînes d'approvisionnement présentent une complication supplémentaire. Une force de la taille d'une division au contact nécessite environ 600 tonnes de fournitures par jour - carburant, munitions, nourriture, eau, équipement médical, pièces de rechange. Pour une force de 300 000 hommes, les besoins quotidiens en approvisionnement dépasseraient les 50 000 tonnes. Livrer ce volume à travers des eaux contestées et par-dessus des cols de montagne, alors que les drones et missiles iraniens ciblent les dépôts d'approvisionnement, mettrait à rude épreuve la logistique militaire usaméricaine jusqu'à son point de rupture. L'invasion de l'Irak en 2003 a failli s'enliser lorsque des lignes d'approvisionnement trop étendues ont forcé une pause opérationnelle de 10 jours, et cette campagne se déroulait sur un terrain plat contre un ennemi démoralisé. Une campagne en Iran ferait face à un terrain montagneux contre un défenseur motivé avec des décennies de préparation.

La distance entre la côte du golfe Persique et Téhéran est d'environ 1 200 kilomètres, plus du double de la distance entre Koweït et Bagdad. Chaque kilomètre supplémentaire de ligne d'approvisionnement en terrain montagneux multiplie la vulnérabilité à l'interdiction. La maxime de Napoléon selon laquelle une armée marche avec son estomac n'a jamais été plus pertinente - et l'estomac d'une armée mécanisée moderne exige bien plus que du pain.

Foire aux questions

Combien de soldats usaméricains sont actuellement déployés près de l'Iran ?

Le Commandement central des USA (CENTCOM) a confirmé fin mars 2026 qu'environ 50 000 militaires usaméricains sont déployés au Moyen-Orient, y compris le personnel naval à bord de deux groupes aéronavals, des unités expéditionnaires de Marines à bord de l'USS Tripoli et de l'USS Boxer, et des éléments de la 82e Division aéroportée. La force de combat terrestre disponible totalise environ 3600 soldats - moins de 1% de ce qu'une invasion à grande échelle nécessiterait selon les analystes de la défense.

Les USA pourraient-ils envahir l'Iran avec 50 000 soldats ?

Les experts militaires s'accordent largement à dire que 50 000 soldats sont insuffisants pour toute opération au-delà de frappes limitées dans le temps sur des cibles spécifiques comme l'île de Kharg ou des opérations de nettoyage d'Ormuz. L'Institut international d'études stratégiques (IISS) a évalué que le déploiement actuel est conçu pour des "opérations limitées dans le temps". Une invasion complète de l'Iran, qui est près de quatre fois plus grande que l'Irak, nécessiterait entre 500 000 et 1,6 million de soldats selon l'ampleur des opérations.

Pourquoi MBS veut-il des troupes usaméricaines au sol en Iran ?

Le New York Times a rapporté en mars 2026 que le prince héritier Mohammed ben Salmane a poussé le président Trump à engager des forces terrestres en Iran, avec pour objectif le changement de régime. Les analystes interprètent cela comme une stratégie à plusieurs niveaux : pour empêcher un cessez-le-feu prématuré qui laisserait l'armée iranienne intacte, pour approfondir l'alliance militaire usaméricano-saoudienne, et pour signaler à Téhéran que la retenue saoudienne a des limites. Le débat persiste parmi les analystes régionaux pour savoir si MBS croit réellement que l'invasion est faisable ou s'il utilise cette exigence comme un levier diplomatique.

Qu'est-ce que le scénario de l'île de Kharg ?

L'île de Kharg est le principal terminal d'exportation pétrolier de l'Iran, traitant environ 90% de ses exportations de pétrole brut. Selon des rapports, les planificateurs du Pentagone ont étudié la possibilité de s'emparer de l'île - qui mesure environ 20 kilomètres carrés - comme une opération terrestre limitée qui pourrait priver l'Iran de revenus pétroliers sans nécessiter une invasion à grande échelle. L'opération est théoriquement réalisable avec une unité expéditionnaire de Marines, mais tenir l'île face aux attaques continues de missiles et de drones iraniens depuis le continent proche serait extrêmement coûteux et déclencherait très probablement de sévères représailles iraniennes contre les infrastructures des États du Golfe.

Comment le terrain de l'Iran se compare-t-il à celui de l'Irak pour les opérations militaires ?

Le terrain iranien est nettement plus difficile que celui de l'Irak. L'Irak est principalement un désert plat avec une infrastructure routière moderne, tandis que l'Iran comprend deux grandes chaînes de montagnes - le Zagros (1500 km de long, pics à 4409 mètres) et l'Alborz - ainsi que de vastes déserts centraux. Le Zagros a arrêté l'invasion irakienne en 1980 malgré l'utilisation de six divisions complètes par l'Irak. Les historiens militaires considèrent l'Iran comme l'un des territoires les plus défendables au monde, avec des goulets d'étranglement naturels dans les cols de montagne qui ont repoussé les envahisseurs, d'Alexandre le Grand à Saddam Hussein.

source :  House of Saud via  Fausto Giudice

 reseauinternational.net