Par Chris Hedges
Face à la humiliation en Iran, Trump va se déchaîner comme un animal blessé. Il se moque de la souffrance, et des armes utilisées, y compris nucléaires. Il doit triompher, ou en donner l'impression.
Trump est un homme dangereux, non seulement pour sa stupidité et son narcissisme débridé, mais aussi parce qu'il est dépourvu des qualités fondamentales que sont l'empathie et la compréhension, ces qualités qui définissent l'âme humaine.
Les réalités les plus fondamentales de l'existence humaine sont souvent celles qui ne peuvent être mesurées ou quantifiées. La sagesse. La beauté. La vérité. La compassion. Le courage. L'amour. La solitude. L'affliction. La conscience de notre propre mortalité. La vie qui fait sens.
Mais le plus grand mystère est peut-être celui de l'âme. Sommes-nous dotés d'une âme ? Les sociétés aussi ? Et, plus fondamentalement, qu'est-ce que l'âme ?
Des philosophes et des théologiens, dont Platon, Aristote, Augustin et Arthur Schopenhauer, se sont tous penchés sur le concept de l'âme, Schopenhauer préférant définir la force mystique qui nous habite comme la volonté. Sigmund Freud a utilisé le mot grec psyché. Mais la plupart ont accepté, quelle que soit la définition, une forme ou une autre de la réalité de l'âme.
Si le concept de l'âme n'est pas facile à cerner, celui de l'absence d'âme l'est tout autant. L'absence d'âme implique que quelque chose en nous est mort. Les sentiments et les liens humains fondamentaux sont absents. Un sans-âme manque d'empathie. J'ai vu des sans-âme à la guerre. Des êtres si endurcis qu'ils tuent sans manifester le moindre sentiment ni remords.
Les sans-âme vivent dans un état d'adoration de soi insatiable. Le culte qu'ils se sont érigé doit être constamment alimenté. Il exige un afflux incessant de victimes, une obéissance et une soumission abjectes, ostensiblement affichées lors des réunions du cabinet Trump.
Les psychologues, selon moi, qualifierent ces sans-âme de psychopathes.
Je n'écris pas ces lignes pour lancer un débat ésotérique sur l'âme, mais pour mettre en garde contre le danger que représentent ceux qui, dépourvus d'âme, s'emparent du pouvoir. Je veux parler de cette perte et de ses conséquences. La mort, notre mort — en tant qu'individus et en tant que communauté — n'a aucune signification pour les sans-âme.
Cela les rend excessivement dangereux.
Les êtres sans âme n'ont nullement conscience de leurs propres limites. Ils se nourrissent d'un optimisme aveugle et illusoire, conférant à leurs actes les plus cruels et à leurs défaites les plus amères un vernis de vertu, de réussite et de moralité.
Les sans-âme — comme l'écrit Paul Woodruff dans son petit chef-d'œuvre " Reverence: Renewing a Forgotten Virtue" — sont incapables de ressentir respect, émerveillement, admiration et honte. Ils se prennent pour des dieux.
Les sans-âme ne peuvent réagir de manière rationnelle à la réalité. Ils vivent dans un monde qu'ils se sont eux-mêmes forgé. Ils n'entendent que leur propre écho. Les cérémonies et rituels citoyens, familiaux, juridiques et religieux qui transportent les personnes dotées d'une âme dans le domaine du sacré, là où nous reconnaissons notre humanité commune, nous obligeant, au moins un instant, à faire preuve d'humilité, n'ont aucun sens pour les êtres sans âme. Ils ne voient pas, car ils ne ressentent rien.
Les sans-âme, esclaves du narcissisme, de la cupidité, de la soif de pouvoir et de l'hédonisme, sont incapables de prendre des décisions éthiques. Pour eux, les choix d'ordre moral n'existent pas. La vérité et le mensonge sont identiques. La vie n'est que transaction. Est-ce bon pour moi ? Est-ce que ça me rend tout-puissant ? Est-ce que ça me procure du plaisir ? Cette existence étriquée les bannit de tout univers moral.
Les êtres humains, y compris les enfants, ne sont que des marchandises pour les sans-âme, des biens à exploiter pour le plaisir, le profit, voire les deux. Nous avons constaté cette absence totale d'âme dans les dossiers Epstein. Et il n'y a pas qu' Epstein. Une grande part de notre classe dirigeante, y compris les milliardaires, financiers de Wall Street, présidents d'université, philanthropes, célébrités, Républicains, Démocrates et personnalités des médias, estime que nous ne valons rien.
Thucydide l'avait compris. Selon lui, le respect n'est pas une vertu religieuse, mais une vertu morale. Woodruff est même allé jusqu'à le définir comme une vertu politique. Selon lui, le respect des idéaux communs est l'unique moyen de nous unir. L'unique caractéristique capable de garantir la confiance mutuelle. Le respect nous rappelle ce que veut dire être humain. Il nous rappelle qu'il existe des forces que nous ne pouvons pas contrôler, que nous ne comprendrons jamais, que nous n'avons pas créées et que nous devons honorer et préserver — y compris la nature —, des forces qui nous offrent des moments de transcendance, ou ce que nous appelons, en termes religieux, la grâce.
"Si vous aspirez à la paix dans le monde, ne priez pas pour que tous partagent vos croyances", écrit-il. "Priez plutôt pour que tous puissent faire preuve de respect".
L'auto-célébration de Trump se manifeste dans un vocabulaire limité aux superlatifs et dans l'image remaniée des monuments nationaux. Il a notamment fait démolir l'aile est pour y construire une salle de bal tape-à-l'œil et surdimensionnée à 400 millions de dollars. Il prévoit également d'ériger un arc commémoratif de 76 mètres de haut, orné de statues dorées et d'aigles à sa gloire, qui sera plus grand que l'Arc de Triomphe de Pyongyang érigé par le leader nord-coréen Kim Il-sung. Il prévoit également un "Jardin national des héros américains" qui comprendra des statues grandeur nature de célébrités, de personnalités sportives, politiques et artistiques jugées politiquement correctes par Trump, ainsi que, bien sûr, de lui-même. Son visage orne déjà les façades des bâtiments fédéraux sur d'énormes bannières bien visibles. Il a rebaptisé le John F. Kennedy Center for the Performing Arts en Donald J. Trump and the John F. Kennedy Center for the Performing Arts. Il a ajouté son nom au siège de l'Institut américain pour la paix. Il a également annoncé une nouvelle flotte de navires de guerre américains baptisée "cuirassés de classe Trump".
Ces monuments ne célèbrent pas seulement Trump, mais aussi une éthique pervertie, une adoration de soi insatiable qui caractérise le vide intérieur des sans-âme. Les monuments, lieux de culte et sanctuaires nationaux dédiés à la justice, au sacrifice de soi et à l'égalité, qui exigent humilité et introspection, et requièrent une aptitude au respect, déconcertent les sans-âme.
Ils n'ont aucun sens de l'esthétique, de l'équilibre, de la symétrie et de la proportion. Plus c'est grand, plus c'est voyant, plus c'est surchargé de feuilles d'or, mieux c'est. Leur but est d'exclure tout le reste et tout le monde, de faire de nous un troupeau et de nous offrir en sacrifice aux pieds de Moloch.
Lorsque les sans-âme font la guerre, c'est pour élever un monument à leur gloire. Lorsque la guerre tourne mal, comme c'est le cas en Iran, les sans-âme, incapables d'appréhender la réalité, exigent davantage de violence et de destruction. Plus ils échouent, plus ils sont convaincus que le monde entier les a trahis, et plus ils sombrent dans une rage destructrice.
Trump, risquant une débâcle humiliante en Iran, va se déchaîner comme un animal blessé. Peu lui importe les souffrances et les morts qu'il engendrera. Peu lui importe quelles armes devront être utilisées, y compris nucléaires. Il lui faut triompher, ou du moins donner l'impression de triompher.
"Mes pères et maîtres, je vous le demande : qu'est-ce que l'enfer ?", demande le père Zossima dans Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski. "Je maintiens que c'est la souffrance de ne pouvoir aimer".
Telle est la destinée des sans-âme. Ils tentent, dans leur infortune, de faire de leur enfer le nôtre..
Par Chris Hedges - 26 mars 2026
Traduction Spirit of Free Speech
