Les déclarations diplomatiques laissent entrevoir un rôle potentiel de médiateur de Pékin dans ce conflit.
Source : Foreign Policy, James Palmer
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Bienvenue dans le China Brief de Foreign Policy. Les faits marquants de cette semaine : Pékin pourrait être prêt à jouer un rôle de médiateur dans le conflit avec l'Iran si on lui laisse cette marge de manœuvre diplomatique nécessaire ; l'objectif officiel de croissance du PIB annoncé lors des "deux sessions" annuelles est étonnamment modeste ; et un nouveau scandale d'espionnage impliquant la Chine éclate à Londres.
Pékin pourrait-il amener Téhéran à la table des négociations ?
Alors que la guerre en Iran entre dans sa deuxième semaine, le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, met en garde contre une extension du conflit et appelle à la paix. Mais Pékin s'est abstenu de critiquer directement Donald Trump à l'approche de la visite prévue du président américain en Chine début avril.
Cela pourrait laisser entrevoir un rôle diplomatique surprenant pour la Chine dans les négociations menées pendant la guerre, comme l'écrivent Weilin Deng et Bernard Haykel dans Foreign Policy. La Chine a des intérêts en Iran, notamment des investissements à hauteur d'environ 4 milliards de dollars. (Les estimations faisant état de 400 milliards de dollars d'investissements chinois dans le pays ne concernent que le montant que Pékin s'est engagé à investir sur une période de 25 ans en 2021.)
Pour la Chine, c'est le détroit d'Ormuz qui revêt une importance cruciale, puisqu'elle importe environ 45 % de son pétrole via le golfe Persique. Les réserves stratégiques de pétrole de Pékin, qui pourraient durer environ six mois, lui laissent une certaine marge de manœuvre, mais le pays a déjà suspendu ses exportations de gazole et d'essence. La Chine a tenté, sans grand succès, de négocier le passage de ses navires dans le détroit.
Il peut sembler difficile de faire reculer Trump, mais la fermeture du détroit provoque une onde de choc dans l'économie mondiale, avec une flambée des prix du pétrole et une chute des marchés (qui ont ensuite réagi positivement lorsque le président a déclaré que la guerre pourrait bientôt prendre fin). La Maison Blanche pourrait se dégonfler face à une guerre qui est impopulaire, mais les dommages économiques sont peut-être déjà irréversibles.
La Chine pourrait s'avérer être un partenaire étonnamment souhaitable pour aider à conclure un accord avec l'Iran. Trump met tout en œuvre pour s'attirer les faveurs de Pékin avant sa prochaine rencontre avec le président chinois Xi Jinping en avril, il espère conclure un accord commercial qui fera la une des journaux. La Chine dispose d'un important moyen de pression sur Téhéran, notamment parce que, lorsque le détroit sera rouvert, elle achètera probablement la majeure partie du pétrole iranien.
Qu'est-ce que la Chine pourrait bien y gagner ? Outre la nécessité impérieuse de rouvrir le détroit d'Ormuz, Pékin souhaite une continuité de pouvoir à Téhéran, en d'autres termes, un régime autocratique dirigé par des personnalités que les responsables chinois connaissent et avec lesquelles ils ont déjà traité, qu'il soit dirigé par le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, ou par quelqu'un d'autre.
Cela dépend toutefois du fait que ces personnes soient encore en vie. Certaines personnalités qui avaient déjà eu affaire à des responsables chinois, comme Ali Shamkhani qui était le négociateur en chef iranien lors de l'accord conclu entre l'Iran et l'Arabie saoudite sous l'égide de Pékin, ont été tuées au cours de la première semaine des attaques américano-israéliennes.
Les principaux diplomates iraniens chargés des relations avec Pékin ont jusqu'à présent conservé leur poste, notamment le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et son adjoint, Majid Takht-Ravanchi, tout comme d'anciens diplomates ayant des liens avec la Chine, tels que Mohammad Javad Zarif.
Dans un scénario d'après-guerre en Iran, la priorité de la Chine consistera probablement à fournir au régime un soutien financier et des garanties de sécurité et à l'encourager à poursuivre la répression brutale de toute opposition interne. Lors de mes entretiens avec des responsables chinois après le Mouvement vert iranien, ceux-ci considéraient l'opposition iranienne comme étant sous l'influence de la CIA, attribuant le soulèvement à un complot américain.
Mais tout accord de paix dépendrait également de compétences et d'une expérience qui pourraient faire défaut en Chine. Le pays a connu un exode d'universitaires spécialistes du Moyen-Orient vers des universités des pays du Golfe, comme le Qatar, après 2017, car la montée de l'islamophobie et les tensions politiques liées aux atrocités commises au Xinjiang ont rendu l'étude des sociétés islamiques dangereuse et les postes à l'étranger plus attrayants.
Le corps diplomatique de Pékin, quant à lui, est débordé et manque de ressources en raison des purges menées actuellement par Xi. Depuis que le ministre des Affaires étrangères Qin Gang a été écarté il y a plus de deux ans, son poste n'a pas été pourvu ; Yi, qui occupait cette fonction avant d'être nommé au poste plus élevé de directeur des affaires étrangères, cumule désormais les deux fonctions.
Il est possible que la Chine parvienne à amener un Iran affaibli mais déterminé à la table des négociations pour conclure un accord de cessez-le-feu, mais elle risque aussi d'avoir trop de fers au feu.
Les points à suivre
Des objectifs de croissance du PIB modestes. Les deux sessions, réunions annuelles du parlement chinois, lequel ne fait que ratifier les décisions du gouvernement, s'achèvent cette semaine à Pékin. Cette dernière session n'a réservé aucune surprise, si ce n'est un objectif de croissance du PIB plus modeste que prévu.
Au lieu du taux de 5 % devenu la norme depuis la fin de la pandémie de COVID-19, l'objectif officiel est fixé entre 4,5 et 5 %. Ce changement semble refléter une économie qui, bien qu'elle soit toujours en croissance, a été ramenée à la réalité par des problèmes tels qu'une grave bulle immobilière, une surproduction et un chômage persistant.
Les chiffres du PIB chinois sont connus pour leur manque de fiabilité, et selon les sources, la croissance annuelle réelle du PIB chinois pourrait se situer entre environ 5 % et seulement 2,5 ou 3 %. Un débat passionné agite les analystes : l'objectif fixé pour cette année est-il trop ambitieux, au risque d'aggraver les problèmes d'endettement, ou trop modeste, au risque de décourager les investissements ?
On assiste à un scandale d'espionnage au Royaume Uni. La classe politique britannique est à nouveau secouée par un scandale d'espionnage impliquant la Chine, après l'étrange abandon des poursuites dans une affaire clé l'année dernière. Cette fois-ci, cela a probablement coûté sa carrière à une députée travailliste : Joani Reid a démissionné de son poste de responsable de la consigne de votes au sein du parti après que son mari, conseiller du Parti travailliste, a été arrêté avec deux autres hommes en vertu de la loi sur la sécurité nationale.
Les détails de l'affaire ne sont pas encore clairs, mais il est difficile d'imaginer que les personnes arrêtées, experts de la politique du Parti travailliste gallois aient pu fournir des renseignements de grande valeur à Pékin, à moins que celui-ci n'ait eu un intérêt particulier concernant l'élection partielle de Caerphilly.
Les services de renseignement chinois ratissent très large, ce qui les amène souvent à payer pour des informations qu'ils pourraient tout aussi bien obtenir lors d'un apéro dans un bar de Westminster ou en s'abonnant à une newsletter politique sur Substack.
Technologie et Business
Enseignements de la guerre au Moyen-Orient. La guerre contre l'Iran constitue pour la Chine une véritable mine d'or d'informations quant aux capacités et limites des États-Unis. La guerre du Golfe a poussé les experts chinois à revoir leur perception de la puissance militaire américaine, en particulier face à une force relativement importante mais mal équipée, ce qui a incité les forces armées chinoises à s'engager sur la voie de la modernisation.
Malgré les succès techniques des opérations américano-israéliennes, il est peu probable que ce conflit ait tout à fait le même impact, compte tenu de l'affaiblissement des défenses iraniennes lors des précédentes campagnes aériennes. Néanmoins, la Chine observe de près non seulement l'utilisation de la technologie par les États-Unis, mais aussi les délais de réapprovisionnement.
J'ai interrogé plusieurs experts en défense et journalistes américains et chinois sur ce que Pékin pourrait rechercher, et la réponse qui est le plus souvent revenue concernait les capacités en matière d'intelligence artificielle et leur intégration dans les processus décisionnels. Cela pourrait inciter la Chine à suivre cette voie, mais cela pourrait aussi susciter une certaine prudence : l'IA pourrait en effet être à l'origine du massacre d'environ 175 personnes dans une école primaire de filles à Minab, en Iran.
Recours à l'extorsion. Depuis 2023, la Chine mène une répression contre les réseaux de cybercriminalité d'Asie du Sud-Est impliqués dans des escroqueries dites de type "pig butchering" [Une arnaque à l'abattage du cochon est une forme d'escroquerie et de fraude basée sur des investissements fictifs, dans laquelle la victime est progressivement amenée à investir des sommes croissantes, généralement sous forme de cryptomonnaies, qui lui sont finalement dérobées, NdT], ce qui modifie la nature du crime organisé dans la région. Avant ces mesures chinoises, ces réseaux s'en prenaient principalement à des citoyens chinois, tant comme victimes d'enlèvements destinées à alimenter des escroqueries en ligne que comme cibles directes de ces escroqueries.
La répression a bouleversé cette dynamique. Le secteur reste largement contrôlé par des groupes criminels chinois, mais les principales victimes d'enlèvements viennent désormais d'Afrique, où les gouvernements n'ont guère pris de mesures pour protéger leurs citoyens. Le "pig butchering" vise désormais majoritairement l'Occident ; les organisations criminelles accordent une grande importance à la maîtrise de l'anglais.
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James Palmer est rédacteur en chef adjoint chez Foreign Policy. Bluesky : @beijingpalmer.bsky.social
Source : Foreign Policy, James Palmer, 10-03-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises