Que ce soit les commentateurs politiques bavant à l'idée d'une frappe contre l'Iran ou la liesse populaire face à la "victoire totale" promise sur les ennemis d'Israël, le pays semble avoir la mémoire très courte, hébété par cette succession de guerre après guerre.
Source : Haaretz, Gideon Levy
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

L'heure de la guerre a de nouveau sonné, et une fois encore, c'est elle qui viendra résoudre une fois pour toutes les problèmes existentiels d'Israël.
Au début, cela sera à nouveau présenté comme une victoire éclatante, tout le monde applaudira, Yair Lapid écrira que nous sommes une nation forte et unie, et les analystes rivaliseront pour savoir qui sera le plus laudateur quant aux courageux exploits d'Israël, tout cela jusqu'à la prochaine entreprise gratifiante.
Une fois encore, presque tous les Israéliens sont convaincus qu'il n'y a pas de guerre plus justifiée ou plus réussie que celle-ci, et "quel autre choix avions-nous ?" et "que proposez-vous ?", comme dans toutes les guerres que mène Israël. On pouvait déjà entendre les acclamations vendredi soir dans les émissions télévisées, alors que les participants attendaient avec impatience ce moment comme s'ils attendaient le Messie. Le communiqué a été publié samedi, mais cette joie durera jusqu'à la prochaine vague de réjouissances, qui arrivera plus tôt que prévu.

S'il est vrai qu'à différents moments Israël a connu quelques années de calme entre les guerres, huit entre la guerre de 1948 et la campagne du Sinaï, onze entre celle-ci et la guerre des Six Jours, six jusqu'à la guerre du Kippour, neuf jusqu'à la première guerre du Liban et vingt-quatre jusqu'à la seconde, aujourd'hui, il ne s'écoule plus que quelques mois entre deux conflits. Autrefois, les promesses faites après chaque guerre atteignaient des sommets, les sommets illusoires des instigateurs et des partisans de la guerre, qui ne comptent pratiquement que des Israéliens. "Plus aucun obus, plus aucune roquette Katyusha ne tombera sur nos communautés", promettait Menahem Begin à la fin de la première guerre du Liban. "Le sang n'aura pas été versé en vain", promettait Ehud Olmert après la deuxième.
En juin dernier, il y a tout juste huit mois, la victoire totale sur l'Iran a été déclarée. Benjamin Netanyahou a assuré que cette première salve resterait dans les annales de l'histoire militaire israélienne et serait étudiée par les armées du monde entier. "Au moment décisif, une nation s'est levée comme un lion (le nom hébreu de la guerre est"Lion rugissant"), et notre rugissement a fait trembler Téhéran et a résonné dans le monde entier." Le rugissement du lion s'est rapidement révélé être le couinement d'une souris.

La "victoire historique" qui a éliminé "deux menaces existentielles pour Israël, celles du nucléaire et celle des missiles balistiques", a duré le temps de la vie d'un papillon. Nous ne sommes qu'à peine quelques mois après cette victoire historique et déjà nous en avons besoin d'une nouvelle. Nous ne nous sommes pas encore remis du nom grandiloquent "Opération Réveil du Lion" qu'une nouvelle opération, "Opération Lion rugissant", nous frappe, avec un nom encore plus infantile. Parfois, on dirait que ces noms ronflants donnés aux guerres suffisent à prédire leur échec inévitable.
Aucune guerre dans l'histoire d'Israël, à l'exception de la première, ne lui a apporté de résultats durables. Néant. Zéro. La plupart étaient des guerres choisies, et le choix de s'y engager a toujours été la pire chose. Samedi, le début de la guerre actuelle a été présenté comme une "frappe préventive", mais une attaque préventive est lancée contre quelqu'un qui s'apprête à vous attaquer. L'Iran n'était pas sur le point de le faire. Même s'il est vrai que ce pays a un régime horrible et qu'il représente depuis des années une menace pour la sécurité d'Israël et de la région.

Mais il n'a jamais représenté un danger existentiel tel que présenté en Israël. Il faut évidemment espérer que cette fois-ci sera différente, comme nous l'avons cru pour toutes les autres guerres à leur début, mais l'expérience passée laisse peu de place à cette éventualité. Même si le régime de Téhéran était renversé, que l'Iran devenait la Suisse et qu'un traité de paix éternel était signé entre ce pays et Israël, Israël trouverait une autre poupée vaudou pour nous effrayer.
Le "une fois pour toutes" qui nous est promis ne sera jamais atteint par les armes, ni même grâce à des avions F-35. Il est peut-être trop tard pour le dire, mais tant que l'occupation se poursuivra, tant qu'elle restera ici le "une fois pour toutes" absolu, il n'y aura pas d'autre "une fois pour toutes".
Après deux ans et demi sans aucun résultat à Gaza, après autant de temps avec des résultats insignifiants contre le Hezbollah au Liban, après huit mois depuis la dernière attaque contre l'Iran sans aucun résultat, il est temps de nous dégriser de l'ivresse des guerres et de leurs promesses futiles.
Le sang coulera désormais comme de l'eau, l'Amérique n'oubliera jamais que nous l'avons poussée dans cette guerre, et à la fin de celle-ci nous nous réveillerons pour une nouvelle aube tout aussi banale que les autres.
Source : Haaretz, Gideon Levy, 01-03-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
