
Par Moon of Alabama - Le 21 mars 2026
L'Iran a tiré deux missiles balistiques sur la base américaine de l'île Diego Garcia dans l'océan Indien. La distance entre l'Iran et Diego Garcia est d'environ 4 000 kilomètres. Officiellement, l'Iran s'était engagé à ne pas posséder de missiles d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres. A-t-il trompé le public mondial sur sa gamme de missiles ?
Non. En octobre 2025, après qu'USrael eut attaqué l'Iran pendant la guerre de 12 jours, le Guide suprême, l'Ayatollah Ali Khamenei, a levé la restriction sur les missiles qu'il avait précédemment imposée. Le missile iranien à la plus longue portée, le Khorramshahr-4, peut voler environ 2 000 kilomètres lorsqu'il est équipé de son ogive régulière de 1,8 tonne métrique. Mais, comme tout missile, il volera plus loin si l'on réduit sa charge utile. Équipé d'une ogive de 500 kg, une portée de 4 000 kilomètres devient possible. Son effet sur une cible deviendra cependant moins sévère, ce qui finira par aller à l'encontre de son objectif.
Des deux missiles tirés par l'Iran contre Diego Garcia, l'un aurait échoué en plein vol tandis qu'un second aurait été arrêté par un missile de défense aérienne SM-3 de la marine américaine. Le fait qu'un navire de la marine américaine près de Diego Garcia était en alerte et prêt à déclencher ses défenses aériennes nous indique que les États-Unis s'attendaient déjà à des tirs à si longue portée.
Avec la démonstration d'un lancement d'une portée de 4.000 Km depuis l'Iran, de nombreuses autres bases américaines et alliées des États-Unis sont maintenant averties qu'elles peuvent devenir des cibles de l'Iran. Le lancement contre Diego Garcia a probablement été fait pour envoyer ce message.
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Le Trésor américain a maintenant en effet, comme indiqué précédemment, levé les sanctions sur le pétrole iranien en stockage flottant. Le Trésor avait affirmé que l'Iran disposait de 140 millions de barils de brut pouvant être libérés pour apaiser les marchés. L'Iran dit cependant qu'il n'a pas de pétrole stocké en mer. La levée des sanctions par le Trésor n'entraînera donc pas la libération de pétrole supplémentaire. Certains futurs traders pourraient bien avoir succombé à la supercherie du Trésor, mais la véritable déplétion du marché se poursuivra.
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L'ancien ambassadeur du Royaume-Uni, Chris Murray, a mis le doigt sur quelque chose lorsqu'il affirme que le plan de Trump est, et a toujours été, de détruire et de vaincre complètement l'Iran :
L'attaque contre l'Iran a toujours été planifiée par Trump. Il n'a pas été "poussé à le faire" par Israël. L'attaque était en gestation depuis des mois. Ce fait avait été maintenu dans un cercle très restreint pour éviter à la fois l'opposition politique et l'opposition institutionnelle de la communauté militaire et du renseignement des États-Unis....
Le blocus naval du pétrole vénézuélien par Trump a permis aux États-Unis d'obtenir le monopole de sa vente et de sa distribution. Comme pour l'Irak, seuls les entrepreneurs agréés par les États-Unis peuvent acheter le pétrole et les paiements sont effectués sur un compte contrôlé par Trump au Qatar, dont les revenus sont reversés au gouvernement vénézuélien entièrement à la discrétion de Trump.
Cette audacieuse saisie impérialiste de la plus grande réserve pétrolière du monde a protégé les États-Unis des effets de la fermeture du détroit d'Hormuz.
Encore une fois, on raconte que Trump n'avait pas prévu la fermeture du détroit par l'Iran. C'est clairement un non-sens. Tous les commentaires sur une guerre potentielle avec l'Iran depuis un demi-siècle se concentraient sur le détroit d'Hormuz. La seule explication possible est que Trump ne craignait pas sa fermeture.
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Les échecs de Trump pour atteindre ses objectifs de guerre en Iran sont du pur spectacle, fait pour couvrir son objectif véritable et inébranlable ; simplement l'anéantissement de l'Iran en tant qu'État fonctionnel, l'infliction du maximum de morts et de dommages aux infrastructures, la réduction de l'Iran à la condition de la Libye.
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La destruction de l'Iran à cette échelle prendra des années de martèlement acharné. Encore une fois, c'est prévu ; vous ne demandez pas au Congrès un versement de 200 milliards de dollars pour une guerre que vous prévoyez de terminer dans un mois. Encore une fois, les railleries de Trump sur le fait qu'il a déjà gagné, que les objectifs sont atteints et qu'il pourrait finir bientôt, ne sont que de la mise en scène. L'ampleur et l'horreur de ce qui est prévu pour l'Iran doivent être obscurcies pour limiter toute répulsion publique qui se répercuterait dans certaines parties de l'appareil d'État.
Netanyahu a révélé hier une partie intéressante de la phase finale ; la construction d'un oléoduc qui acheminerait le pétrole iranien vers un terminal méditerranéen en Israël. C'est un plan audacieux à couper le souffle, mais qui s'aligne absolument sur les actions de Netanyahu et de Trump.
Permettez-moi de vous encourager à lire l'argumentation complète de Murray [dont la traduction sera publiée sur le SF aujourd'hui à 9h00, NdT]. Bien qu'il y ait encore des aspects du monde réel qui peuvent argumenter contre sa théorie, je la trouve convaincante.
La seule défense que l'Iran a contre un tel plan est de saccager complètement les marchés mondiaux en leur retirant autant d'hydrocarbures que possible. Cela conduira, en théorie, le monde à contraindre les États-Unis et Israël à changer de cap.
Mais la pression extérieure, à part celle au niveau nucléaire, peut-elle avoir une réelle influence sur Donald Trump ?
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.